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Afghanistan: les talibans toujours considérés comme des dirigeants "illégitimes" aux yeux des militantes

De jeunes femmes en train de faire sécher leur linge près de ruines dans le district de Bermal le 23 juin 2022.

De jeunes femmes en train de faire sécher leur linge près de ruines dans le district de Bermal le 23 juin 2022. - Ahmad SAHEL ARMAN

Samedi, plus de 3000 chefs religieux afghans ont prêté allégence au régime taliban, qui a pris le pouvoir de force en août 2021. Des militantes afghanes, elles, continuent de considérer que le pouvoir taliban est "illégitime".

Des militantes afghanes ont estimé dimanche que les talibans restaient des dirigeants "illégitimes", en dépit de l'approbation de leur régime islamiste fondamentaliste par des milliers de chefs religieux.

Quelque 3500 dignitaires religieux, venus de toutes les régions de l'Afghanistan, ont prêté allégeance samedi aux talibans et à leur chef Hibatullah Akhundzada, après trois jours de réunions dans la capitale Kaboul.

Les adolescentes privées d'école

Lors de ce rassemblement, convoqué par les talibans, jamais n'ont été abordées des questions épineuses telles que le droit des adolescentes d'aller à l'école.

Les talibans ont depuis voulu présenter l'évènement comme un vote de confiance dans leur conception d'un Etat totalement soumis à la charia - la loi islamique.

Interrogés sur l'absence de femmes lors des réunions, les talibans avaient expliqué que leur présence n'était pas nécessaire, car elles seraient représentées par des parents masculins.

"Les déclarations publiées, ou prêtant allégeance aux talibans, lors d'un rassemblement ou d'un événement sans la présence de la moitié de la population du pays - les femmes -, ne sont pas acceptables", a déclaré à l'AFP Hoda Khamosh, une militante des droits de l'homme en exil en Norvège.

"Ce rassemblement n'a pas reçu l'approbation du peuple"

"Ce rassemblement (...) n'a pas de légitimité, pas de valeur, n'a pas reçu l'approbation du peuple", a-t-elle ajouté.

Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans sont largement revenus à l'interprétation ultra-rigoriste de l'islam qui avait marqué leur premier passage au pouvoir (1996-2001), restreignant très fortement les droits des femmes.

Ils les ont presque complètement exclues des emplois publics, ont limité leur droit à se déplacer et ont interdit l'accès des filles aux écoles secondaires. Les femmes se sont vu imposer le port du voile intégral, couvrant le visage, pour toute sortie en public.

Ils ont aussi interdit la musique non-religieuse, la représentation de visages humains sur des publicités, la diffusion à la télévision de films ou séries montrant des femmes non voilées, et ont demandé aux hommes de porter le vêtement traditionnel et de se laisser pousser la barbe.

"Les chefs religieux ne sont pas toute la société"

À Kaboul, un collectif de groupes de femmes a aussi contesté le représentativité des dignitaires religieux.

"Les chefs religieux ne représentent qu'une partie de la société, ils ne sont pas toute la société", a commenté à l'AFP Ainoor Uzbik, membre de ce collectif. "Les décisions qu'ils ont prises ne servent que leurs propres intérêts, ce n'était pas dans l'intérêt du pays et de son peuple. Il n'y avait rien pour les femmes dans le programme, ni dans le communiqué (final)", a-t-elle ajouté, après avoir tenu une conférence de presse.

Dans un communiqué, le collectif a déclaré que des hommes comme les talibans ont détenu le pouvoir absolu auparavant dans l'histoire, mais seulement pendant une courte période, avant d'être rejetés.

Pour Ainoor Uzbik, "la seule chose que les Afghans puissent faire est d'élever la voix et d'exiger que la communauté internationale fasse pression sur les talibans".

Jeanne Bulant avec AFP Journaliste BFMTV