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Macron voit dans la crise iranienne "l'expression libre du peuple"

Lors de ses vœux diplomatiques, le chef de l'Etat a livré jeudi après-midi son sentiment sur les contestations actuelles en Iran. L'occasion pour lui de rejeter le principe d'ingérence.

Emmanuel Macron a évoqué jeudi la situation de l'Iran, où la République islamique est agitée actuellement par des vagues de protestations sociales et politiques, au détour de ses vœux au corps diplomatique. "Je me suis entretenu avec le président Rohani il y a deux jours. Je lui ai fait part évidemment de nos inquiétudes et de notre attachement aux libertés fondamentales. Nous continuerons à veiller à ce que ces droits soient respectés", a-t-il assuré ses interlocuteurs. 

"Le changement viendra du peuple iranien"

Le chef de l'Etat a apporté un soutien discret aux manifestants: "Une crise se joue en Iran, elle est l’expression libre du peuple iranien". Avec moins d'ambiguïté, il s'est ensuite opposé à toute ingérence internationale éventuelle dans les affaires iraniennes: "Cette crise montre, si besoin était, que nous avions raison de penser que le changement ne viendrait pas de l’extérieur pour ce qui concerne l’Iran, et ne viendra que du peuple iranien lui-même."

Développant ce même thème, Emmanuel Macron a signifié que ce refus de l'ingérence à l'étranger ne devait pas être synonyme d'inertie:

"Je ne pense pas qu’une situation durable stable ne peut être pensée depuis un bureau à Paris, Bruxelles ou Washington. Elle se joue dans le pays, au cœur de sa société civile. Notre travail est d’en construire les conditions, de faire émerger ces voix libres et donc par le travail culturel, linguistique, par l’émergence de ces sociétés civiles et le dialogue constant que nous devons nouer avec elles, de permettre que cela advienne."

"Nous nous sommes fait plaisir"

Contrevenir à cette loi d'airain d'une distante vigilance s'avère, selon lui, nocif pour les pays frappés par les troubles politiques. "Mais regardez l’histoire contemporaine, à chaque fois que nous avons voulu l’accélérer ou nous substituer à des peuples, nous avons nous-mêmes produit des crises plus graves encore", a noté le président de la République, qui avait plus tôt lors de son discours affirmé que "le peuple libyen souffrait aussi des décisions prises à ce moment-là pour lui". Il faisait référence à l'intervention militaire internationale, en bonne partie à l'initiative de Nicolas Sarkozy, qui s'était abattue sur ce pays en 2011 pour renverser le régime de Kadhafi. 

Emmanuel Macron a noté que ces déploiements sur des théâtres extérieurs suscitaient avant tout des bénéfices domestiques: "Ah, nous avons eu des victoires politiques dans nos pays, nous nous sommes fait plaisir, nous avons satisfait les jusqu’au-boutistes de nos camps, nous avons parfois même pensé défendre notre sécurité collective". "Mais enfin regardons les choses avec lucidité. Jamais nous n’avons réussi à construire la paix dans un pays-tiers, en substitution d’un peuple contre un peuple", a-t-il martelé. 

Robin Verner