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"La Chine ne cache rien": la réponse de l'ambassadeur chinois en France à Emmanuel Macron

La Chine juge être la cible de soupçons infondés quant à l'origine du coronavirus, et sa diplomatie use désormais d'une rhétorique offensive. Son ambassadeur en France a répondu ce lundi sur BFMTV aux propos du chef de l'Etat au sujet de la gestion chinoise de la crise.

Le laboratoire P4 de Wuhan soupçonné d'être la véritable origine du coronavirus, la réponse offensive de Pékin et de sa diplomatie, une communauté internationale de plus en plus soudée dans sa vision du dossier face à une Chine de plus en plus isolée. Alors que la crise sanitaire mondiale se poursuit, les termes du débat entre le géant d'Asie, berceau de la pandémie, et le reste du monde se corsent. 

Jeudi dernier, Emmanuel Macron lâchait notamment au Financial Times: "A l'évidence, il s'est passé des choses là-bas dont nous n'avons pas connaissance". La réévaluation soudaine du bilan humain du virus dans la province du Hubei et les révélations du Washington Post quant à des doutes antérieurs sur le respect des normes de sécurité dans le laboratoire P4 de Wuhan, auquel s'accole l'évocation d'un possible accident au sein de celui-ci ouvrant sur l'extension de la maladie à toute la planète, contribuent en effet à un durcissement des positions.

"La Chine ne cache rien"

Ce lundi matin sur BFMTV, Lu Shaye, ambassadeur de Chine en France, a répondu aux propos du chef de l'Etat: "La Chine ne cache rien". Il a poursuivi: "Je comprends que le discours du président de la République a été déformé par les médias parce que j’ai lu tout le texte de son intervention. Je ne crois pas qu’il a l’intention d’accuser la Chine. Il veut seulement dire que les systèmes français et chinois sont différents et qu’il n’est pas possible de faire la comparaison".

"Il n’y a aucun problème au niveau du laboratoire P4 de Wuhan. Ceux qui diffusent ces rumeurs ce sont tous des journalistes ou des politiciens mais pas des scientifiques", a aussi tancé l'émissaire qui a toutefois avancé: "Il n’y a pas de crise entre la Chine et la France. Les relations bilatérales sont au beau fixe. Les dirigeants de nos deux pays restent en contact permanent". 

Une charge qui ne passe pas

Le diplomate chinois a cependant lui-même prêté le flanc à la colère de l'exécutif. La parution, il y a huit jours, d'un texte intitulé Rétablir des faits distordus - Observations d'un diplomate chinois en poste à Paris sur le site de l'ambassade dont il a la charge a allumé l'irritation du gouvernement. La tribune portait notamment le passage suivant: 

"En Occident, nous avons vu des politiciens s'entre-déchirer pour récupérer des voix ; préconiser l'immunisation de groupe, abandonnant ainsi leurs citoyens seuls face à l'hécatombe virale; s'entre-dérober des fournitures médicales ; revendre à des structures privées les équipements achetés avec l'argent public pour s'enrichir personnellement ; on a fait signer aux pensionnaires des maisons de retraite des attestations de 'renonciation aux soins d'urgence' ; les personnels soignants des Ehpad ont abandonné leurs postes du jour au lendemain, ont déserté collectivement, laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie". Une note de bas de page a depuis fait valoir que "l'expression 'Ehpad' dans notre texte ne (visait) pas la France". "C'est un terme général qui signifie les maisons de retraite médicalisées au monde", prétend-on encore. 

Jean-Yves Le Drian irrité

Il faut dire que l'attaque contre le personnel des Ehpad a particulièrement agacé le sommet de l'Etat. Dans un entretien accordé au Monde et publié ce lundi matin, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a ainsi confirmé avoir convoqué Lu Shaye dans son bureau mardi dernier. "Je ne peux pas accepter que le personnel de nos Ehpad se trouve calomnié par qui que ce soit, y compris par l’ambassade de Chine. Je l’ai fait savoir", a-t-il introduit. Une initiative à l'image des relations entretenues avec Pékin d'après la description qu'en a donnée le locataire du Quai d'Orsay:

"Depuis le début de la crise pandémique, je me suis entretenu quatre fois avec mon collègue chinois. Nous avons des relations de dialogue et de coopération, qui nous amènent à dire ce qu’on pense. Nous avons des principes." 

Jean-Yves Le Drian s'est ensuite réjoui de l'issue de la controverse: "Dans les heures qui ont suivi, une déclaration du porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères a permis de lever tout malentendu, en insistant sur la nécessité de travailler ensemble dans un nouveau multilatéralisme." "Nous entendons être respectés comme la Chine, elle, souhaite l’être", a-t-il résumé.

Des "questions difficiles" à venir

Le ministre s'est inquiété à haute voix de l'aggravation possible de discussions internationales déjà altérées: "Il me semble que nous assistons à une amplification des fractures qui minent l’ordre international depuis des années. La pandémie est la continuation, par d’autres moyens, de la lutte entre puissances." 

Dénonçant la montée en puissance des rivalités, le regain des tensions, des concurrences, voire des affrontements plus ou moins feutrés, il a pointé: "Cela se poursuit, dans cette crise, sur le terrain de l’information. Je pense à ce qu’on appelle les 'infodémies' et au terrain politique où l’on essaie de comparer les modèles de gestion de crise."

Jeudi dernier, Dominic Raab, ministre britannique des Affaires étrangères, observait que la Chine devrait répondre à des "questions difficiles" après le marasme. Les points d'interrogation sont déjà là. 

Robin Verner