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L'offensive turque en Syrie "remet en cause cinq ans de combat contre Daesh", condamne Le Drian

Jean-Yves Le Drian.

Jean-Yves Le Drian. - LUDOVIC MARIN / AFP

Le ministre des Affaires étrangères a accordé dimanche un entretien au Figaro. Il y souligne la gravité de l'opération des Turcs contre les Kurdes en Syrie et de ses conséquences éventuelles dans la guerre contre Daesh.

L'offensive turque contre les Kurdes bouleverse tout un équilibre géopolitique et surtout le cours de la guerre entreprise contre Daesh, selon le Quai d'Orsay. Dans un entretien publié lundi soir par le Figaro, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, l'énonce clairement: "C’est une affaire très grave. D’abord parce que cette opération turque dans le nord-est syrien remet en cause cinq ans de combat contre Daesh."

"L’État islamique n’est pas mort. Ses combattants n’ont pas disparu, ils sont dans des camps et des prisons ou bien entrés en clandestinité et n’attendent qu’une faute d’attention pour reprendre la lutte", explique-t-il encore avant de reprendre: "L’offensive turque risque de remettre en cause tout ce qui a déjà été acquis. Elle va en outre gonfler le nombre de déplacés et de réfugiés, provoquer davantage de souffrances et de morts parmi les 700.000 civils qui vivent dans cette zone."

"Les forces démocratiques syriennes sont déstabilisées" 

L'initiative turque a entraîné un renversement d'alliance, les unités de protection du peuple (YPG) kurdes décidant de faire cause commune avec les forces de Bachar al-Assad pour repousser les troupes du président Recep Tayyip Erdogan du nord-est syrien, déroutant profondément l'équation sur place, à commencer par celle des rebelles au gouvernement de Damas. 

"Les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui ont été nos partenaires dans le combat contre Daesh, sont aujourd’hui déstabilisées par l’action d’un pays, la Turquie, qui appartient pourtant à la coalition contre le groupe État islamique. Et par la non-action d’un autre pays, les États-Unis, qui avaient pourtant été, jusqu’à dimanche et la décision américaine de retrait, le fer de lance de la coalition en Syrie aux côtés des FDS", analyse Jean-Yves Le Drian. 

Une réplique diplomatique française 

Le ministre a également fait le point sur la réplique française:

"La France a pris des décisions nationales de suspension de ses projets d’exportations d’armes et s’est étroitement coordonnée avec ses partenaires européens au Conseil des ministres de l’Union européenne, lundi, pour exiger que l’offensive turque cesse. Elle demande une réunion d’urgence de la coalition internationale contre Daesh."

Et la rétorsion pourrait aussi être d'ordre diplomatique. "Il faut aussi mettre sur la table l’ensemble de nos relations avec la Turquie. Au vu des menaces que cette opération fait peser sur la sécurité de l’Europe, il faut tout faire pour convaincre les Turcs de mettre fin à leur offensive", avance le membre du gouvernement. 

La France et la Turquie ont par ailleurs un partenariat en commun: l'Otan. La Turquie a-t-elle vocation a y rester après cette opération considérée comme une agression? "C’est à elle de le dire", se borne à répondre Jean-Yves Le Drian. 

Robin Verner