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Puissance de feu, efficacité... Ce que les chars Leopard 2 peuvent changer pour l'Ukraine

C'est ce mercredi que l'Allemagne doit lever les derniers blocages autour de la livraison de chars Leopard 2, de sa fabrication, à destination de l'Ukraine. Ces blindés, attendus de pied ferme par les Ukrainiens, ne manquent pas d'atouts mais le nombre fourni pourrait ne pas suffire à emporter la décision.

Les Ukrainiens entrevoient enfin les contingents de Leopard 2 qu'ils réclament à cor et à cri depuis des semaines. Ce mercredi, se rendant aux arguments (et à la pression) de ses partenaires, l'Allemagne - qui en tant que pays producteur conserve un droit de regard sur la cession des tanks - doit lever les dernières entraves empêchant les alliés de l'Ukraine de lui offrir ces chars lourds.

La puissance de feu, les capacités, la mobilité des Leopard 2 promettent beaucoup au parc décimé des Ukrainiens, démunis dans ce secteur face à l'armada russe. Encore faudra-t-il les livrer en nombre suffisant et accompagner l'expédition des efforts nécessaires en termes de préparation, soulignent les observateurs. BFMTV.com examine ce mercredi les vertus et les limites de l'influence militaire à espérer de ces blindés.

Impressionnante fiche technique

Construit en série à partir de la décennie 1970, le Leopard 2 n'est pas l'arme ultime mais il demeure un engin aux propriétés impressionnantes. Il peut rouler et tirer ses obus depuis son canon de 120mm en même temps. Et la bête est mobile: fort de ses 450 km d'autonomie et surtout de ses 1500 chevaux, le Leopard 2 est capable de pousser sa vitesse de pointe jusqu'à 70 km/h.

Pourtant, l'engin correspond parfaitement à son statut de char lourd. Comme l'a précisé dimanche en plateau le colonel Michel Goya, consultant de BFMTV pour les questions militaires, ses 64 tonnes au garrot - 20 tonnes de plus que les machines actuellement employées par les soldats ukrainiens - lui confèrent un avantage d'une quinzaine de tonnes sur les T90M russes.

Son blindage particulièrement lourd est un excellent rempart face aux roquettes et aux mines - élément non-négligeable maintenant que les Russes ont transformé l'est du pays en champ de mines à ciel ouvert, de l'aveu même des autorités locales.

Combler les désirs ukrainiens

Le premier mérite des Leopard 2 est de répondre aux besoins ukrainiens. En décembre, le chef d'état-major des armées Valéri Zaloujny lançait déjà: "Je sais comment battre l’ennemi, mais j’ai besoin de ressources, j’ai besoin de 300 tanks". Mardi soir, son président Volodymyr Zelensky n'a pas chiffré si clairement mais a rappelé que "les besoins (ukrainiens) sont plus importants" que "cinq, dix ou quinze chars".

En principe, il doit être servi. Selon les échos glanés mardi par ABC News auprès d'un cadre de l'administration ukrainienne, les alliés occidentaux se sont accordés - lors d'un sommet tenu vendredi dernier dans la base américaine de Ramstein en Allemagne - sur la livraison d'une centaine de chars Leopard 2.

Un quorum qui sera atteint grâce aux dons combinés de 12 pays dont la Pologne, les Pays-Bas, l'Espagne, l'Allemagne (qui affrètera finalement 14 chars) et sans doute la Grèce. Si les États-Unis de Joe Biden vont au bout de leur engagement, une trentaine de tanks Abrams devraient encore suivre d'ici quelques semaines.

100 chars? Peut mieux faire

Assez pour changer le cours du conflit? Sur BFMTV ce mercredi matin, Xavier Tytelman, ancien pilote et désormais rédacteur en chef de la rédaction numérique d'Air et Cosmos, pense que oui.

"On va atteindre 100, 150 200 chars et là on va avoir une masse critique qui aura une influence sur le terrain", estime-t-il.

Ce point est cependant âprement débattu parmi les spécialistes. le général Michel Yakovleff, tankiste de formation et ancien vice-chef d'état-major du Shape (le secteur opérationnel de l'Otan) a estimé sèchement sur LCI mardi soir: "C'est pas assez".

"Avec 100 chars, ils vont constituer une brigade blindée qui pourra manoeuvrer. Avec 200 charges, ils feraient deux brigades, ça multiplie par quatre les options", a-t-il expliqué.

Bientôt en rade

Il s'agit toutefois de parer au plus pressé. Car des options, les Ukrainiens en manquent cruellement. C'est l'enseignement que Michel Goya a tiré dans les studios de BFMTV, recensant leurs pertes dans ce domaine depuis le début du conflit: "Ils ont perdu 600 chars de bataille".

"Les Polonais leur ont déjà fourni 280 chars mais des chars ex-soviétiques", a en revanche admis le colonel.

Mais c'est bien là l'un des pans du problème. En-dehors même de l'âge du matériel, celui-ci impose une contrainte logistique de plus en plus prégnante. "Les munitions s'épuisent", a mis en lumière le responsable ukrainien interrogé par ABC News. Or, les usines d'armement ukrainiennes ne produisent plus les obus idoines pour ces tanks légués par l'URSS.

"Donc ça nous oblige à trouver une solution alternative", a repris la même source.

La technologie contre la muraille et la mobilisation russes

Solution alternative qui doit permettre d'ouvrir de nouvelles brèches dans le dispositif russe. Car il s'agit bien de ça: percer la muraille bétonnée édifiée par un Kremlin sur le reculoir... mais dont les forces sont toujours capables de nuire comme le montre la bataille de Soledar.

"Avec la mobilisation, les Russes se sont barricadés il faut des moyens supplémentaires pour pouvoir reprendre les offensives", analyse Xavier Tytelman.

"Il fallait contrebalancer ça par la seule arme qui reste côté occidental, c'est-à-dire la technologie", a ajouté l'amiral Michel Olhagaray auprès de LCI.

Encore faut-il s'entendre sur la technologie en question. Si l'on reconnaît le léopard à ses taches, on reconnaît le Leopard 2 à son matricule. Et il peut être A4, A5, A6, ou A7. Or, à chaque type son poids et ses facultés, ce qui ne simplifie pas l'affaire pour les Ukrainiens.

"Ils vont avoir sept fois douze chars dont les modèles se ressemblent mais ne sont pas tout à fait les mêmes. Quand arrêtera-t-on de leur compliquer la vie?" peste le général Michel Yakovleff toujours auprès de LCI.

Les alliés en soutien

Ceci étant dit, l'officier note lui-même que l'obstacle n'a rien d'insurmontable: "En un mois ou deux, on arrive à s'adapter à l'utilisation d'un char quand on en a la culture." "Pour les maintenanciers, les mécanos, c'est plus compliqué. Et ça ne sert à rien d'avoir des chars s'ils sont en panne", poursuit-il en revanche.

Xavier Tytelman - qui remarque que "la formation des servants de chars ukrainiens a déjà commencé", et leur permettra d'être "opérationnels dès la livraison" - se montre plus optimiste sur BFMTV.

"Tout ce qui est maintenance lourde continuera à être fait en Allemagne", explique-t-il.

"Ce qu'on va fournir aux Ukrainiens c'est les moyens de faire la maintenance sur le terrain pour faire un système opérationnel mais on ne va pas recréer toute une chaîne logistique en Ukraine. Il y aura toujours des allers-retours avec le retour, ce qui permettra d'être beaucoup plus efficace et d'aller plus rapidement", a-t-il salué. Une rapidité qui ne sera pas du luxe après des semaines d'atermoiements.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV