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Ukraine: jeudi sanglant à Kiev, l'Europe attendue sur des sanctions

Des opposants évacuent un blessé de la place Maïdan, jeudi 20 février, à Kiev.

Des opposants évacuent un blessé de la place Maïdan, jeudi 20 février, à Kiev. - -

La journée de jeudi s'est soldée par un bain de sang, dans les rues de Kiev, avec au moins 100 morts selon les équipes médicales. Les ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais présents à Kiev ont négocié pendant de longues heures avec la présidence et l'opposition, sans être parvenus à un accord en fin de journée.

La violence s'est déchaînée ce jeudi en Ukraine. Les affrontements entre opposition et forces de l'ordre, qui ont redoublé d'intensité depuis mardi, ont fait au moins 100 morts à Kiev au cours de la journée, selon les équipes médicales de l'opposition, qui n'ont cessé d'évacuer victimes et blessés de la fameuse place Maïdan, épicentre de la révolte. Comme l'ont prouvé de nombreuses photos, les forces de l'ordre ont ouvert le feu à balles réelles sur les manifestants, malgré la présence de ministres européens dans la capitale, qui tentent d'imposer un compromis.

>> Revivez les événements de la journée de jeudi, à Kiev

> Au moins 100 morts jeudi

Malgré la trêve prononcée mercredi soir par le président Viktor Ianoukovitch, et alors que les affrontements avaient déjà fait 28 morts en deux jours, des scènes de guérilla urbaine ont éclaté dès jeudi matin au coeur de la capitale ukrainienne, principalement autour du Maïdan, la fameuse place de l'Indépendance, épicentre des affrontements depuis la naissance de la contestation, en novembre dernier.

Ce jeudi, les violences ont atteint un niveau inédit depuis vingt ans aux portes de l'Union europénne. Ainsi, plus de 100 manifestants ont été tués, selon les chiffres des équipes médicales de l'opposition. Un bilan qui semble tout à fait plausible compte-tenu des tirs à balles réelles dans le centre de Kiev. Les alentours de la place de l'Indépendance étaient à de nombreux endroits couverts de flaques de sang et un hôpital de fortune a été dressé dans le hall d'un hôtel situé près de Maïdan. De son côté, le ministère de la Santé ukrainien a indiqué que le bilan s'élève à 75 morts depuis mardi.

> Snipers et tirs à balles réelles

La police tire sur les manifestants avec des armes automatiques, capture d’une vidéo d’un journaliste de l’AFP.
La police tire sur les manifestants avec des armes automatiques, capture d’une vidéo d’un journaliste de l’AFP. © -

Des policiers tirant avec de vraies balles ainsi que des snipers perchés dans un hôtel situé sur la place de l'Indépendance ont en effet été repérés sur les images des affrontements (voir photo ci-contre). "Les manifestants ont été tués de manière très professionnelle par des snipers qui ont visé au coeur, au cerveau ou à la carotide", a affirmé un médecin, Olga Bogomolets, interrogée sur la chaîne privée Kanal 5.

Le ministère ukrainien de l'Intérieur a confirmé, dans un communiqué, avoir "décidé conformément à la législation le recours aux armes", mais a affirmé qu'il s'agissait d'assurer la "légitime défense" des policiers, affirmant à son tour que les tirs d'un sniper avaient blessé 20 de ses hommes jeudi matin. La présidence américaine s'est dite "scandalisée" par les images de policiers tirant sur des manifestants.

> Fabius à Kiev pour "obtenir la fin des massacres"

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et ses homologues allemand et polonais, Frank-Walter Steinmeier et Radoslaw Sikorski, ont tenté, toute la journée de jeudi, d'imposer une "feuille de route" pour une sortie de crise pacifique aux protagonistes du conflit, et ce en effectuant de nombreux allers-retours entre la présidence et les leaders de l'opposition pour négocier ce document.

Les points de compromis devraient notamment comprendre une révision de la Constitution et des élections anticipées. Jeudi soir, aucun accord n'avait encore été trouvé entre les deux parties, selon Laurent Fabius et le leader de l'opposition Vitali Klitschko. "Nous avons décidé de venir ici pour essayer de faire le maximum pour aider à une solution", a déclaré le ministre des Affaires étrangères français à la presse, à sa sortie des discussions avec l'opposition. "Nous avons cherché tous les moyens (...) mais à l'instant où je vous parle, il n'y a pas encore de solution. Nous faisons le maximum au nom de l'Europe pour avancer et pour aider à une issue pacifique", a ajouté Laurent Fabius, qui a quitté Kiev tard dans la soirée pour Pékin, laissant ses homologues allemand et polonais poursuivre seuls les négociations.

Par ailleurs, le Kremlin a dépêché son représentant, Vladimir Loukine, à la demande de la présidence ukrainienne, pour participer à une médiation avec l'opposition.

> Quelles sanctions contre le régime?

Convoqués à Bruxelles pour une réunion de crise, les ministres européens des Affaires étrangères sont tombés d'accord, comme annoncé depuis mercredi, sur un certain nombre de sanctions à l'égard de responsables ukrainiens, parmi lesquelles la privation de visas et le gel des avoirs.

Des discussions téléphoniques se sont également tenues entre la chancelière allemande Angela Merkel, le président américain Barack Obama et le président russe Vladimir Poutine, qui ont convenu ensemble qu'il faut "trouver une solution politique à la crise en Ukraine". Washington a par ailleurs indiqué examiner des possibilités de sanctions après les violences meurtrières de la journée.

> Des élections anticipées?

Malgré les déclarations des ministres européens présents à Kiev, le Premier ministre polonais Donald Tusk a indiqué jeudi soir que le président Viktor Ianoukovitch a donné son accord à des élections anticipées en 2014. "Il a été convenu avec Ianoukovitch qu'il est prêt à tenir des élections présidentielles et parlementaires, prêt à créer un gouvernement d'unité nationale dans les dix prochains jours et à changer la constitution d'ici l'été", a ainsi déclaré le chef du gouvernement polonais, sans toutefois cacher son scepticisme. "Nos expériences nous disent que les engagements entrepris par l'administration ukrainienne sont rarement tenus", a-t-il en effet souligné.

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Adrienne Sigel et avec AFP