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Ukraine: l'UE envisage des sanctions sur fond de trêve fragile

Un manifestant alimente les barricades enflammées en pneus, le 19 février, place de l'Indépendance, à Kiev.

Un manifestant alimente les barricades enflammées en pneus, le 19 février, place de l'Indépendance, à Kiev. - -

Malgré une accalmie dans les affrontements, manifestants et forces de l'ordre ont continué à se faire face mercredi, à Kiev, en Ukraine après de longues heures d'assauts. L'Union européenne a fait entendre sa voix, brandissant la menace de sanctions.

Une trêve, mais jusqu'à quand? Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a annoncé, tard mercredi soir, une trêve et la reprise des pourparlers avec l'opposition, au lendemain d'affrontements très violents entre manifestants et forces de l'ordre, qui ont fait au moins 26 morts.

Malgré cette annonce, policiers antiémeute et manifestants se faisaient encore face mercredi soir, sur la place Maïdan de Kiev, alors que la nuit de mardi à mercredi a été marquée par un nouvel assaut violent des forces de l'ordre. Les opposants au président Viktor Ianoukovitch réclament toujours son départ, lui reprochant sa volte-face quant au rapprochement de l'Ukraine avec l'Union européenne, pour se tourner vers Moscou.

La trêve intervient alors que les Occidentaux, ont agité, mercredi la menace de sanctions si les violences ne cessent pas, et que des ministres européens doivent se rendre à Kiev jeudi. Une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères européens doit se tenir jeudi à Bruxelles, au moment où l'Ukraine marquera une journée de deuil national, décrétée par Ianoukovitch lui-même.

>> Revivez, heure par heure, les événements de la journée de mercredi

> "Opération antiterroriste"

Quelques heures avant l'annonce de la trêve -qui n'est pas la première dans ce conflit- le pouvoir ukrainien avait pourtant durci le ton, mercredi, en annonçant le lancement d'une "opération antiterroriste" pour neutraliser les "extrémistes" présents parmi les manifestants, arguant qu'ils "menacent par leurs actions la vie de millions d'Ukrainiens". Le pouvoir a déjà imposé à Kiev un état d'urgence qui ne dit pas son nom: le métro de Kiev a été fermé et les entrées de la ville sont désormais filtrées.

Le président Viktor Ianoukovitch a par ailleurs remplacé le chef de l'Etat-major des armées qui avait déclaré en février que "personne n'avait le droit d'utiliser les forces armées pour limiter les droits des citoyens". Dans ce cadre de mesures d'exception, l'armée peut donc désormais faire usage de ses armes et limiter la circulation.

> La communauté internationale hausse le ton

Face à la crise, l'une des pires que traverse l'Ukraine, et à la suite des affrontements meurtriers de ces dernières heures, des pays de l'Union européenne ont appelé à des sanctions à l'égard des responsables de la répression.

Ainsi, Paris et Berlin ont condamné à l'unisson mercredi, des "actes inqualifiables, inadmissibles intolérables" en Ukraine, assurant que leurs auteurs seraient "sanctionnés". Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a dit espérer que les Etats membres se mettent d'accord "dans l'urgence sur des mesures ciblées contre les responsables de la violence".

Les ministres des affaires étrangères européens doivent d'ailleurs se réunir à Bruxelles, jeudi, pour évoquer le dossier ukrainien et ces possibles sanctions. Avant ce rendez-vous, la capitale ukrainienne sera, jeudi matin, le théâtre d'une intense activité diplomatique, avec le venue simultanée des chefs de la diplomatie française, allemande et polonaise et d'un haut responsable russe. Les trois ministres doivent notamment rencontrer le président Viktor Ianoukovitch, avant de partir pour Bruxelles rendre compte à leurs homologues européens.

Outre-Atlantique, le président américain Barack Obama a également haussé le ton, avertissant des "conséquences" de la violence en Ukraine. Je veux être très clair, nous allons observer de près les développements des prochains jours en Ukraine et nous attendons du gouvernement ukrainien qu'il fasse montre de retenue, qu'il n'ait pas recours à la violence face à des manifestants pacifiques", a ainsi lancé Barack Obama lors d'une visite au Mexique.

> Calme précaire à Kiev

Dans le centre de la capitale ukrainienne envahi de fumée noire, un calme tendu régnait mercredi, un répit après les affrontements de la veille, qui ont fait au moins 26 morts. Au moins dix policiers figurent parmi les tués, selon le ministère de l'Intérieur. Un journaliste ukrainien a aussi été abattu.

Les manifestants continuaient de brûler des pneus sur le Maïdan, la place centrale de Kiev, haut lieu de la contestation depuis la volte-face pro-russe du pouvoir fin novembre qui s'est transformé en un rejet total du régime de Ianoukovitch. D'autres continuaient à transporter provisions, vêtements et médicaments destinés aux opposants tenant les barricades, alors que les échanges de projectiles avec les forces de l'ordre se poursuivaient.

L'un des chefs de l'opposition, l'ancien champion du monde de boxe Vitali Klitschko, a estimé que seule la démission du président pouvait apaiser les tensions après que "le sang a coulé dans les rues de Kiev". Mardi, les violences avaient commencé par des affrontements aux environs du Parlement, et ont été suivies dans la soirée par l'assaut de la police contre le Maïdan, duquel s'élevaient de nombreuses flammes, provoquées par l'incendie des tentes des manifestants mais aussi des pneus empilés sur les barricades.

Adrienne Sigel et avec AFP