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Kiev: la police lance l'assaut contre les manifestants

Des manifestants font face à la police, mardi soir, à Kiev, sur la place de l'Indépendance en flammes.

Des manifestants font face à la police, mardi soir, à Kiev, sur la place de l'Indépendance en flammes. - -

De nouvelles violences meurtrières ont éclaté à Kiev, mardi, entre manifestants pro-UE et forces de police, après plusieurs semaines d'accalmie. Plusieurs morts, parmi les civils et les policiers, sont à déplorer.

Kiev à nouveau secouée par des violences meurtrières. Mardi soir, les policiers antiémeutes ont lancé plusieurs assauts contre les manifestants hostiles au président Viktor Ianoukovitch rassemblés par milliers sur la fameuse place de l'Indépendance de Kiev, au terme d'une journée d'affrontements entre opposants et forces de l'ordre, qui ont fait quatorze morts dont six policiers, selon un bilan provisoire donné par l'agence Reuters dans la soirée.

>> Revivez les événements de la journée de mardi

> Blindés et canons à eau

Précédés de trois véhicules blindés équipés de canons à eau, plusieurs centaines de Berkout, les membres redoutés des forces antiémeute, ont commencé à progresser vers la place de l'Indépendance -Maïdan-, dès le début de soirée mardi, franchissant plusieurs barricades dressées en vain par les manifestants pour les arrêter.

Les policiers, qui avaient auparavant demandé aux femmes et aux enfants de quitter les lieux, ont utilisé des grenades lacrymogènes et assourdissantes, ainsi que des canons à eau, pour faire reculer les manifestants en première ligne. Ces derniers ont riposté à l'aide de pavés et de cocktails Molotov, incendiant partiellement un véhicule blindé. Des policiers équipés de fusils d'assaut kalachnikov étaient déployés en seconde ligne.

> Flammes et assauts répétés

Parmi les dizaines de tentes parsemant le Maïdan, plusieurs ont été incendiées, atteintes par des cocktails molotov ou des grenades. Ce rideau de flammes a été entretenu par les manifestants tout au long de la soirée sur la place pour maintenir les policiers à distance. Ces derniers ont mené plusieurs assauts entrecoupés de pauses tout au long de la soirée.

"On ne partira pas d'ici, c'est un îlot de liberté", a promis à la foule l'un des leaders de l'opposition, l'ancien champion du monde de boxe Vitali Klitschko, qui s'est rendu au siège de la présidence afin de rencontrer Viktor Ianoukovitch, tard mardi soir. De son côté, un autre opposant, Arseni Iatseniouk, a appelé le président à conclure une "trêve" jusqu'à mercredi matin.

> Journée de violences meurtrières

Cet assaut survient après une journée d'affrontements, les plus meurtriers depuis le début de la contestation, qui ont fait au moins quatorze morts mardi, dont six policiers. Ce mouvement de protestation, né en novembre de la volte-face du pouvoir qui a préféré un rapprochement avec la Russie plutôt qu'un accord avec l'UE, s'est rapidement transformé en un rejet pur et simple du régime.

L'un des civils tués est un employé du Parti des régions du président Ianoukovitch, dont le corps a été retrouvé au siège de cette formation politique, pris d'assaut et brièvement contrôlé par les contestataires, qui l'ont partiellement incendié.

Les corps de deux autres personnes ont été découverts dans la zone des affrontements, mais la police a affirmé que leur mort n'était pas liée aux violences. De son côté, le ministère de l'Intérieur a indiqué que les six policiers morts dans les heurts ont été tués "par balles". Par ailleurs, au moins 150 manifestants ont été blessés durant la seule journée de mardi, dont 30 grièvement.

> Des "peines sévères" pour les instigateurs des violences

Le procureur général Viktor Pchonka a promis mardi soir "les peines les plus sévères" pour les responsables des violences "et ceux qui en sont les instigateurs". Le métro de Kiev a été fermé et les autorités ont fait savoir que le trafic routier en direction de la capitale serait "limité" à partir de minuit, afin d'éviter "l'escalade des violences et de nouvelles victimes", des manifestants de villes de province ayant annoncé leur intention de s'y rendre. Des violences ont d'ailleurs éclaté dans d'autres villes du pays, comme à Lviv, dans l'ouest, où des manifestants ont pris d'assaut le siège de l'administration générale et celui de la police.

Les affrontements sont survenus après plusieurs semaines d'accalmie, à l'occasion d'un défilé en direction du Parlement, qui a dégénéré en affrontement avec les forces de l'ordre postées devant les accès au quartier gouvernemental. Il s'agit des premières violences à Kiev depuis celles de la fin janvier qui avaient fait quatre morts, dont deux personnes tuées par des tirs à balles réelles, et plus de 500 blessés et avaient entraîné la démission du gouvernement.

La Russie a aussitôt condamné ce regain de violences, qu'elle a attribué à la politique des Occidentaux, qui" ferment les yeux sur les actes agressifs des forces radicales en Ukraine".

> Inquiétudes de l'Occident

De son côté, Washington s'est dit "consterné" et a appelé le président Ianoukovitch à "mettre fin aux affrontements" et à renouer le dialogue avec l'opposition, tout comme le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, "extrêmement inquiet".

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a brandi la menace de "sanctions" de l'Union européenne contre des dirigeants ukrainiens. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk a à nouveau proposé son aide pour trouver un compromis, afin d'éviter "une guerre civile à petite ou grande échelle".

Côté français, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a dénoncé un "usage indiscriminé de la force" à Kiev. Le dossier ukrainien devrait sans nul doute être abordé lors du conseil des ministres franco-allemand qui doit se tenir mercredi à l'Elysée.

L'opposition à Kiev accuse le pouvoir ukrainien de céder aux pressions de la Russie, qui a octroyé en décembre à l'Ukraine un crédit de 15 milliards de dollars, dont trois milliards ont déjà été versés, et un important rabais sur le prix du gaz fourni à ce pays, en manque de liquidités et au bord d'un défaut de paiement. Mais l'opposition s'impatiente, les négociations avec le pouvoir étant au point mort, qu'il s'agisse d'une réforme constitutionnelle réduisant les pouvoirs du président ou de la formation d'un nouveau gouvernement.

Adrienne Sigel et avec AFP