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Meurtre de Sophie Lionnet: les aveux d'Ouissem Medouni

Sophie Lionnet a été retrouvée morte le 20 septembre.

Sophie Lionnet a été retrouvée morte le 20 septembre. - Capture BFMTV

Ouissem Medouni, qui a décrit devant le tribunal les scènes de torture infligées à la jeune fille au pair, a reconnu avoir été "vraiment horrible" avec son employée. Un comportement qu'il justifie par les craintes qu'il avait pour la sécurité de sa famille.

Il dit avoir agi pour protéger sa famille. Les débats au cours du procès des deux meurtriers présumés de Sophie Lionnet, une jeune Française dont le corps a été retrouvé carbonisé dans le jardin d'une propriété londonienne, laissent peu à peu imaginer ce qu'a pu endurer la jeune fille alors qu'elle était employée par un couple de Français pour s'occuper de leurs enfants.

Pendant des mois, elle a subi des interrogatoires pour faire avouer Sophie Lionnet qu'elle complotait avec l'ex-compagnon de Sabrina Kouider, Mark Walton, père de l'un des deux enfants de cette dernière. Le couple était persuadé que l'ex-chanteur du groupe Boyzone s'était introduit à leur domicile, grâce à l'aide de la jeune fille au pair, pour les droguer et abuser d'eux sexuellement.

"J'étais parfois insistant", a reconnu Ouissem Medouni, le nouveau compagnon de Kouider, dont l'audition a commencé il y a plus d'une semaine. "Je voulais savoir la vérité". 

"J'aurais pu l'arrêter"

Ouissem Medouni et Sabrina Kouider se sont rencontrés il y a une quinzaine d'années. L'analyse financier se dit éperdument amoureux de sa compagne qu'il a voulu protéger, dans un premier temps, en assumant le meurtre de Sophie Lionnet. Il s'était ensuite rétracté, reconnaissant avoir mis feu au corps dans leur jardin. Vendredi dernier, après une semaine d'audition, il a d'ailleurs accusé Sabrina Kouider d'avoir tué la jeune fille en plongeant sa tête dans l'eau. "C’est toi qui l’as fait ! Tu as mis sa tête dans l’eau !", avait lancé le Français de 40 ans.

"Je suis responsable de ce qui s’est passé parce que j’aurais pu l’arrêter. […] C’était la plus grosse erreur de ma vie", a-t-il aussi déploré.

Car lui aussi a participé à ces interrogatoires enregistrés et filmés. Poussé par le procureur Richard Horwell, Ouissem Medouni a fini par reconnaître du bout des lèvres avoir menacé Sophie Lionnet en la questionnant, lui faisant croire qu'elle ne pourrait pas retourner en France tant qu'elle n'avouerait pas ou qu'elle passerait le restant de sa vie en prison, où elle serait violée. "Parfois les mots que j'ai utilisés étaient horribles et je le regrette. J'étais vraiment en colère", a-t-il justifié, affirmant que c'était simplement un moyen de la faire parler. "Ce n'était pas une menace violente" mais "Sophie a pu le ressentir comme une menace", a-t-il concédé. 

Mais "vous devez garder à l'esprit ce qui se passait dans cette maison", s'est-il défendu. "J'avais à l'esprit l'histoire selon laquelle elle emmenait (l'un des fils de Sabrina Kouider, NDLR) auprès d'un pédophile". 

"Je n'étais l'homme dans la maison"

Amaigrie et affaiblie, sous intense pression, Sophie Lionnet avait fini par "avouer" peu avant sa mort, fournissant même "des détails", a raconté Ouissem Medouni. "Je ne sais pas pourquoi elle aurait menti à ce propos. Ce n'est pas quelque chose sur quoi on ment", a dit l'accusé. Toujours selon son témoignage, la jeune Française est décédée dans la nuit du 18 au 19 septembre lors d'un interrogatoire que Sabrina Kouider avait poursuivi seule après qu'il était allé se coucher. Son corps carbonisé avait été retrouvé le 20 septembre dans le jardin du couple.

A la question de l'accusation de savoir si Sabrina Kouider manquait de respect à Sophie Lionnet quand elle était au service du couple, l'accusé s'est montré hésitant à répondre. "Non, je ne peux pas dire ça. Jusqu'à ces accusations, elle la respectait", même s'il lui arrivait de "crier" sur elle. Pourquoi ne pas avoir acheté un billet de retour pour la France à Sophie Lionnet, que ses employeurs avaient arrêté de payer durant l'été 2017, quand il la croyait encore innocente? Sabrina ne le voulait pas, a-t-il expliqué.

"J'aurais dû lui dire de partir mais je ne l'ai pas fait. Je ne peux pas dire que j'étais l'homme dans la maison. Je ne l'étais pas", a-t-il regretté, expliquant avoir pensé emmener Sophie Lionnet à un week-end familial "pour qu'elle ait un dernier souvenir positif du Royaume-Uni".
Justine Chevalier avec AFP