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Grèce: les chantiers qui attendent Syriza

Le leader du parti grec Syriza, Alexis Tsipras, dimanche 25 janvier, après sa victoire, à Athènes.

Le leader du parti grec Syriza, Alexis Tsipras, dimanche 25 janvier, après sa victoire, à Athènes. - Aris Messinis - AFP

Les Grecs ont donné dimanche une victoire historique au parti de gauche radicale Syriza, en espérant "laisser l'austérité derrière", selon les mots du nouvel homme fort du pays, Alexis Tsipras. Quelle peut être sa marge de manoeuvre? BFMTV.com fait le point.

La victoire est large, et historique. Le parti de gauche radicale Syriza a remporté à une large majorité les élections législatives de dimanche, en Grèce, loin devant le parti conservateur au pouvoir. "La Grèce tourne une page. La Grèce laisse l'austérité catastophique", a salué Alexis Tsipras, le leader du parti, devant la foule venue l'acclamer à Athènes, dimanche soir. Tout juste âgé de 40 ans, le nouvel homme fort du pays devrait toutefois composer des alliances, Syriza n'ayant pas, selon les projections en sièges au Parlement, obtenu la majorité absolue.

> Vers une coalition?

Malgré son très bon score, qui le place largement en tête, loin devant le parti Nouvelle Démocratie, du Premier ministre conservateur Antonis Samaras, Syriza pourrait manquer de très peu la majorité absolue (151 sièges au Parlement grec, NDLR). Aussi, si le peuple grec a d'ores et déjà "écrit l'Histoire", selon les mots d'Alexis Tsipras, le leader de Syriza, la situation, si elle se confirme avec les résultats définitifs, va obliger le parti anti-austérité à trouver des soutiens pour construire des alliances, ou une coalition. Cette dernière semble en passe d'avoir été trouvée lundi matin alors que l'on s'achemine vers une coalition entre Syriza et la droite souverainiste du parti Grecs Indépendants.

Alexis Tsipras doit rencontrer le président de la République Carolos Papoulias pour en discuter, dès ce lundi. Selon un responsable de Syriza, le leader du parti sera officiellement investi Premier ministre ce lundi à 14 heures, et constituera un nouveau gouvernement d'ici mercredi.

Quel que soit le visage du nouveau gouvernement, il représente un pas vers l'inconnu pour le pays, qui a été dirigé par le centre gauche et la droite pendant quarante ans. "Le pays va être gouverné par un parti qui est une coalition (Syriza est lui-même issu d'une alliance de mouvements, NDLR), qui n'a pas encore une forme claire", a estimé, sur BFMTV, Georges Prévélakis, spécialiste franco-grec de géopolitique. "Ceci va prendre forme pendant l'exercice du pouvoir, ce qui est à la fois une chance, et un grand danger", a-t-il ajouté. 

> Ouverture à la négociation

Si Alexis Tsipras devient le premier dirigeant européen élu sur le rejet explicite des politiques d'austérité imposées par l'Union européenne à ses membres, en réponse à la crise économique, le nouvel homme fort de la Grèce a soufflé dès dimanche soir, pendant son discours de victoire, le chaud et le froid. "Le verdict du peuple grec signifie la fin de la troïka", a ainsi lancé Alexis Tsipras, évoquant les experts de la BCE, de l'Union européenne et du FMI, qui ont dicté à la Grèce une politique d'austérité depuis 2010.

Mais il a ensuite annoncé devant ses partisans que le nouveau gouvernement grec sera prêt à "coopérer et négocier pour la première fois avec ses partenaires une solution juste, viable et qui bénéficie à tous".

> Réunion ce lundi à Bruxelles

De son côté, l'Union européenne semble décidée à discuter rapidement avec Alexis Tsipras, notamment de la ferme intention affichée par Syriza de renégocier l'énorme dette grecque et de défier de manière inédite les programmes d'austérité imposée par Bruxelles. Les premiers signaux devaient ainsi être envoyés dès ce lundi, lors de la réunion des ministres des Finances de la zone euro sur l'avenir du programme d'aide accordée à Athènes. 

"On ne va pas échapper à une renégociation (sur la dette), la question est 'sur quoi va-t-elle porter' : les échéances, les montants, ou les deux", a confié dimanche une source européenne à Bruxelles. Avant d'ajouter: "Pour les montants, ce sera plus difficile".

Adrienne Sigel, avec AFP