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Grèce

Alexis Tsipras, opposant chevronné à l'austérité au pouvoir en Grèce

Alexis Tsipras, opposant chevronné aux portes du pouvoir en Grèce.

Alexis Tsipras, opposant chevronné aux portes du pouvoir en Grèce. - Louisa Gouliamaki - FP

Son parti de la gauche radicale, Syriza, s'est adjugé ce dimanche les élections législatives en Grèce. Tout juste âgé de 40 ans, Alexis Tsipras pourrait très prochainement devenir le plus jeune Premier ministre grec depuis 150 ans. Portrait d'un passionné de Che Guevara, allergique aux cravates.

Il pourrait devenir le plus jeune Premier ministre grec depuis 150 ans. Et le premier chef de gouvernement européen à faire bloc contre l'austérité: Alexis Tsipras, patron du parti Syriza vainqueur des législatives ce dimanche en Grèce, a fait du chemin depuis ses jeunes années communistes. Même s'il en garde un dédain pour les cravates et une tendresse pour Che Guevara. Portrait.

"Une tâche difficile"

A 40 ans, Alexis Tsipras, était déjà persuadé de sa victoire depuis un petit moment. Au point même qu'il se projetait déjà, lors de son dernier meeting athénien jeudi dernier, dans la peau d'un chef de gouvernement disant avoir "pleinement conscience qu'à partir de lundi, nous entreprendrons une tâche difficile".

S'il n'est pas issu d'une dynastie politique, à la différence de nombreuses personnalités grecques, il a pris tôt le goût du militantisme. La Grèce l'a découvert représentant un mouvement lycéen sur un plateau de télévision en 1990, lançant du haut de ses 17 ans: "On veut avoir le droit de choisir quand on va en cours".

Une admiration pour Che Guevara

Il a conservé son visage juvénile, son admiration pour Che Guevara lui a fait prénommer un de ses fils Orphée-Ernesto, mais il a aplati la houppette de Tintin qui l'a accompagné longtemps après la fin de ses études à l'Ecole polytechnique d'Athènes où il a obtenu un diplôme d'ingénieur civil.

Foyer traditionnel de contestation étudiante, cette école fut le théâtre d'une répression sanglante de la dictature des colonels (1967-74). Tsipras est né à Athènes en juillet 1974, quelques jours après la chute de la junte .

Après son engagement initial dans les Jeunesses communistes grecques (KNE), il rejoint le Synaspismos, petit parti eurocommuniste et altermondialiste. A 33 ans, il est élu président de cette formation qui devient la même année, en 2008, une coalition de plusieurs organisations et partis de gauche, sous le nom de Syriza.

Son baptême du feu politique intervient quelques mois plus tard lors d'émeutes urbaines inédites déclenchées après le meurtre d'un adolescent par un policier à Athènes, traduisant le malaise de la jeunesse grecque. Accusé d'avoir soutenu ce mouvement, Syriza ne dépasse pas 4,6% des voix aux législatives de 2009.

"Nous étions la seule force à défendre le droit au soulèvement des jeunes et nous en avons payé le prix", reconnaîtra Tsipras.

Une "crise humanitaire"

L'éclosion de la crise de la dette en 2010 et les années de marasme économique qui l'ont accompagnée ont donné une nouvelle audience à la gauche radicale et son leader qui dénonce la "crise humanitaire" née des mesures d'austérité drastiques imposées par les créanciers du pays, l'UE et le FMI. En trois ans, le score électoral de Syriza est multiplié par cinq. Deuxième aux législatives de 2012, derrière la Nouvelle Démocratie d'Antonis Samaras (droite), le parti arrive en tête des élections européennes du printemps dernier.

Une stature internationale...

Depuis ces élections où il fut tête de liste de la gauche européenne, Tsipras peaufine son image internationale: fort de sensibles progrès en anglais, il multiplie les visites à l'étranger, au chef de la Banque centrale européenne Mario Draghi, au ministre allemand des Finances Wolfgang Schaeuble, défenseur de la discipline budgétaire qu'il abjure, mais aussi au pape François.

Sa priorité est la renégociation avec l'UE et le FMI d'une grande partie de la dette publique (175% du PIB) pour promouvoir la reprise et mettre un terme à l'austérité, ce qui inquiète les créanciers et les marchés.

... mais pas de cravate

Il a lissé son discours mais semble rétif au compromis au moins sur un point: "Si vous ne m'avez jamais vu porter une cravate jusqu'ici, il y a peu de chance que ça arrive", a-t-il confié récemment. Ou alors, "quand on aura obtenu une baisse de la dette", souriait-il samedi devant des journalistes. 
Discret sur sa vie privée, il vit en concubinage, dans un pays aux moeurs conservatrices, et est père de deux enfants.

Dans la nuit de dimanche à lundi, comme pour célébrer sa victoire, le nouvel homme fort de la Grèce a répondu, sur Twitter, aux félicitations adressées par l'acteur Hugh Laurie à Syriza. "Thank you Dr.", a-t-il ainsi sobrement tweeté au célèbre héros de la série Dr House

Jé. M. avec AFP