BFMTV

Centrafrique : la France a posé "maladroitement" la question d'un fonds européen

Déjà en 2009, la france était présente en Centrafrique. Mais elle agissait alors dans le cadre de la Force de l'Union européenne (Eufor).

Déjà en 2009, la france était présente en Centrafrique. Mais elle agissait alors dans le cadre de la Force de l'Union européenne (Eufor). - -

C'est indéniable, la France est isolée en Centrafrique. Un fonds européen permanent d'aide aux opérations extérieures, tel que l'a évoqué François Hollande, serait d'une aide précieuse. Mais notre diplomatie a-t-elle mis toutes les chances de son côté?

La France agit-elle en Centrafrique au nom de l'Europe? C'est la question sous-jacente à l'évocation par François Hollande de la constitution d'un fonds pour les interventions extérieures de l'Union européenne. Jeudi, en visite au Brésil, François Hollande avait plaidé pour "un fonds européen permanent, pas un fonds par opération".

Cette idée va dans le sens d'une Europe de la Défense, mais l'intervention française en Centrafrique relève-t-elle de l'Union?

La charrue avant les bœufs?

"La déclaration de François Hollande est un peu maladroite", explique Jean-Dominique Giuliani, président de la fondation Robert Schuman (du nom d'un des pères de l'Europe). Pour le spécialiste des questions européennes, il est certain qu'en l'état, la réponse des partenaires européens à la création d'un tel fonds serait négative. D'autant qu'aucun travail n'est, à sa connaissance, en cours pour fixer des critères de constitution, de déblocage et de participations à ce fonds.

Cela ne veut pas dire, nuance Jean-Dominique Giuliani, que l'idée ne fasse pas son chemin. Déjà l'UE et l'ONU ont annoncé qu'ils débloquaient "50 millions d'euros chacun" pour le succès de l'opération Sangaris. A ce détail près que l'"objectif officiel est de renforcer la force centrafricaine". L'aide à la France est donc indirecte.

Quant à l'idée de déduire les dépenses françaises de guerre des exigences de réduction du déficit français (en-dessous des 3%), notre spécialiste n'y croit pas. "Ce serait la porte ouverte à bien d'autres demandes, également légitimes, en matière de recherche, d'éducation. L'Europe n'accèdera sans doute pas à cette requête".

"Trouver un consensus en amont"

Si l'on peut reprocher à la France de ne pas avoir assez consulté ses partenaires européens, une consultation en bonne et due forme aurait pu avoir un effet pervers. Le président de la fondation Schuman souligne en effet "qu'on aurait attendu très longtemps" le feu vert de l'Europe. "La France était la mieux placée pour intervenir et l'ONU voulait cette intervention", explique-t-il. Le caractère d'urgence de la situation de guerre civile paraît difficilement contestable.

Pour autant, la France agit-elle sans arrière-pensées? "Les autres Etats pourraient formuler quantité d'objections, à commencer par rappeler la France à son passé colonial. Ou encore, que la voie diplomatique était peut-être une meilleure option".

Un isolement français que le député UDI et ancien ministre de la Défense Hervé Morin n'avait pas manqué de souligner: "L’idée d’un fonds européen est bonne. Mais la seule question est de connaître la réelle volonté des autres pays européens de s’engager dans cette zone. Il s’agit de trouver un consensus en amont comme nous l’avons fait en 2008 (au Tchad et, déjà, dans le nord de la Centrafrique) avant d’y aller seul, comme l’a fait François Hollande".

Des mécanismes existent déjà

Absence de commandement unifié, difficulté à prendre des décisions et à parler d'une seule voix, les reproches habituels formulés à l'encontre de l'Europe restent d'actualité. Car, explique Jean-Dominique Giuliani, des forces militaires européennes mobilisables existent: les Groupements tactiques ou "Battlegroups". Ce mécanisme reste cependant "très bien sur le papier, mais n'a jamais fonctionné", résume-t-il. Pourquoi? "Parce que ces 60.000 hommes qui pourraient potentiellement être déployés sont occupés ailleurs".

Un constat d'impuissance que le ministre de la Défense français avait évoqué mercredi: "S'il y a une réflexion à avoir d'urgence, c'est sur le concept de groupement tactique. Comment l'utiliser à bon escient dans le cadre d'une relation entre l'Europe et l'Afrique? C'est ce qu'il faut remettre à l'ordre du jour". Paris ne manquera pas d'évoquer la question au Conseil européen des 19 et 20 décembre prochains. Le premier du genre consacré aux questions de Défense, même si, souligne Jean-Dominique Giuliani, "d'autres sujets devraient s'y inviter".

D. N.