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Allemagne: un vote crucial pour sortir de l'impasse politique

Angela Merkel à la chancellerie à Berlin, le 23 juillet 2016.

Angela Merkel à la chancellerie à Berlin, le 23 juillet 2016. - Tobias Schwarz - AFP

Les militants du parti social-démocrate ont voté sur l'hypothèse d'une grande coalition. Le résultat peut mettre fin à cinq mois d'immobilisme, ou précipiter Angela Merkel dans une crise politique sans précédent.

Après cinq mois d'imbroglio politique, l'Allemagne retient son souffle. Depuis le 20 février, les 463.723 militants du SPD votent par courrier pour répondre à une question: faut-il accepter ou refuser la participation du parti à une grande coalition avec le parti d'Angela Merkel? Le dépouillement aura lieu ce samedi, et les résultats seront annoncés dimanche matin.

Attirées par la possibilité de participer à la grande consultation, 24.000 personnes ont adhéré au SPD depuis le début de cette année. Un rebond inespéré pour un parti habitué à voir les militants quitter le navire. Le sujet électrise particulièrement le débat politique allemand.

Les intérêts de Merkel

Les grandes coalitions n'ont rien de nouveau pour le SPD: il y a déjà participé deux fois dans le passé et en est sorti très affaibli, au contraire de la chancelière qui a, à chaque fois, réussi à tirer son épingle du jeu, malgré une popularité qui s'érode. Résultat: aux dernières législatives, le SPD n'a totalisé que 20,5% des voix, soit son pire score de l'histoire d'Après-guerre. Pire, un récent sondage annonce même le parti social-démocrate à 15,5%, derrière le parti d'extrême droite AfD à 16%.

Si la tentation d'une grande coalition rebute certains militants du SPD, c'est aussi parce qu'elle sert les intérêts d'Angela Merkel. Dans cette affaire, la chancelière a une énorme pression sur les épaules. Elle met en jeu son quatrième mandat: si elle parvient à former un gouvernement, elle redeviendra officiellement chancelière pour la quatrième fois, probablement au courant du mois de mars. Si au contraire elle n'y parvient pas, elle devra affronter la plus importante crise politique de sa carrière qui pourrait conduire à la convocation de nouvelles élections, et risquer une cuisante défaite voire une montée de l'extrême droite.

C'est dans l'optique de convaincre un SPD très hésitant qu'Angela Merkel a ainsi fait de larges concessions, comme l'offre de six ministères aux sociaux-démocrates. Parmi eux, le très symbolique ministère des Finances, perçu comme garant de la rigueur budgétaire en Allemagne et en Europe par le camp conservateur.

"Le baiser de la mort"

Ces compromis suffiront-ils? Après avoir proclamé pendant des semaines qu'ils refusaient de gouverner une nouvelle fois avec Angela Merkel, les dirigeants du SPD, dont Martin Schulz qui a depuis démissionné, ont rétropédalé en raison de la situation politique bloquée. Un revirement mal vécu par les militants.

Au sein du parti, les jeunes du SPD, emmenés par Kevin Kühnert, ont décidé de militer bruyamment contre la "GroKo" en fustigeant "ceux d'en haut". Les délégués du parti, eux, se sont exprimés pour la participation. "Je pars du principe que nous obtiendrons un "oui" avec une nette majorité", a lancé le secrétaire général du parti, Lars Klingbeil, vendredi sur la radio berlinoise RBB. Selon un dernier sondage Yougov, le "oui" l'emporterait à 56%.

L'affaire est en tout cas observée de près, et pas seulement en Allemagne. Car sans gouvernement stable outre-Rhin, les projets européens d'Emmanuel Macron peuvent difficilement avancer. Les personnalités de la gauche européenne regardent elles aussi avec intérêt une situation politique inédite: plusieurs socialistes de différents Etats ont signé une tribune pour demander aux militants de refuser la grande coalition: "il s'agit du baiser de la mort pour la social-démocratie allemande", écrivent-ils.

Ariane Kujawski