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Allemagne : quand le plagiat devient une faute politique

En Allemagne, la question du plagiat est prise au sérieux : deux ministres en ont déjà fait les frais.

En Allemagne, la question du plagiat est prise au sérieux : deux ministres en ont déjà fait les frais. - -

Accusée d'avoir plagié sa thèse, la ministre allemande de l'Education a été forcée à démissionner la semaine dernière. Tricher sur son titre de docteur, en Allemagne, est une faute très grave. Explications.

Il y a à peine une semaine, la ministre allemande de l’Education et de la Recherche Annette Schavan a été contrainte à la démission. Motif : devant des accusations répétées de plagiat, l’université de Düsseldorf lui a retiré son titre de docteur. Un déshonneur qui l’a donc poussée, tout comme son collègue ministre de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg en 2011, à quitter son poste.

Une décision qui peut surprendre vue de France. A l’époque où Annette Schavan rédigeait sa thèse, elle était étudiante et pas encore lancée en politique. Elle n'a donc commis aucune erreur en tant que ministre.

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On est docteur toute sa vie

Mais en Allemagne, la question est prise très au sérieux. Quiconque soutient une thèse devient docteur. Le titre n’est pas seulement universitaire : il est déclaré à l’Etat civil, et accompagne la personne toute sa vie. Chaque nouveau docteur est appelé officiellement "Madame le docteur XX" ou "Monsieur le docteur YY", et ce quelle que soit la discipline.

Ce titre n'apporte pas d'avantage concret. Mais en réalité, "c'est comme un titre de noblesse. Il accorde une réputation, une reconnaissance de la part de la société, explique Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l'institut franco-allemand.

Il montre aussi le respect qu'on porte à la science". Un argument de poids dans un pays fier de sa tradition universitaire.

Mais être docteur en Allemagne permet aussi d'accélérer une carrière. "C’est pour cela que de plus en plus de gens courent après, même lorsqu’ils sont déjà lancés dans leur vie professionnelle", selon Henrik Uterwedde. Ce fut le cas notamment de Karl-Theodor zu Guttenberg, qui a rédigé sa thèse alors qu’il était déjà entré en politique. Le plagiat lui a encore moins été pardonné.

"La réputation peut être vite entachée"

"On attend des politiques qu'ils aient un 'dossier vierge', explique Henrik Uterwedde. Et avoir triché, c’est une faille. La réputation peut être très vite entachée à cause de ce genre de découvertes, même si cela peut paraître parfois exagéré."

Une exigence qui n'est pas liée au hasard : "Après 1945, on a mis en place en Allemagne des règles très strictes sur la façon dont sont financés les partis politiques, afin que chacun soit exemplaire. D’où une certaine obsession à ne tolérer aucune tricherie".

Erreur de jeunesse ou pas, la tricherie ne passe pas. Et alors que les élections fédérales approchent en Allemagne, les candidats feraient bien de montrer patte blanche.