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Daesh: la nouvelle dynamique de la marque "Etat islamique"

Abou Bakr al-Baghdadi, le "calife" autoproclamé de l'Etat islamique.

Abou Bakr al-Baghdadi, le "calife" autoproclamé de l'Etat islamique. - AFP

L'Etat islamique autoproclamé se distingue d'al-Qaïda dans son mode de recrutement et son organisation.

Deux aspects distincts surgissent depuis le supplice d'Hervé Gourdel. Tout d'abord, les groupes djihadistes s'affilient désormais à l'Etat islamique (EI), et non à al-Qaïda, ce qui implique que ces groupes aient une autonomie une liberté de disposition de leur destin.

Ensuite, un aspect qui explique sans doute le précédent: le recrutement des jeunes est devenu la spécialité de la nébuleuse État islamique.

Les ralliements des cellules djihadistes au groupe "Etat islamique"

Des cellules éparses aux noms pseudo-coraniques se multiplient, comme naguère pour le groupe al-Qaïda. C'est ainsi qu'en Algérie, les bourreaux d'Hervé Gourdel se nomment le Jund-al-Khilafah, mais un grand nombre de leurs membres sont passés par des groupes aujourd'hui fractionnés ou même éteints. Le Jund-al-Khilafah veut dire approximativement "l'armée du Califat".

Voici donc un groupe installé en Algérie qui a une subtilité: il est l'héritier des groupes antérieurement actifs, les GIA (Groupes islamiques armés, algériens) des années 90 devenus le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), puis AQMI (al-Qaïda au Maghreb islamique), qui ensuite s'est scindé pour former les Signataires du Sang, lequel groupe se mue ou se scinde en ce que l'on sait.

Depuis sa très récente apparition, ce Jund-al-Khilafah se revendique de l'Etat islamique en Irak. Or, sur le plan opérationnel, EI ne peut avoir d'influence sur son petit émule à 3.700 km de là. Ce qui compte, c'est que les groupes jihadistes auront tous à faire ce genre de choix: rester autonomes, ou s'affilier à al-Qaïda ou à l'Etat islamique? Est-ce la grande brèche entre les deux jihadismes, brèche que les services secrets vont certainement exploiter, à commencer par les services algériens et syriens? Sans doute que non, c'est seulement en Irak et en Syrie que les deux mouvances sont rivales.

Le carnage en "produit d'appel" pour de jeunes recrues occidentales

Qu'est-ce qui singularise EI? Son mode d'attraction des recrues en Occident. Al-Qaïda endoctrine, puis forme au combat, et incite au suicide-jihad. L'Etat islamique, lui, utilise peu l'arme du kamikaze, et pratique peu l'endoctrinement. Or c'est cela qui plaît. Le moyen de joindre la recrue est Internet, sans même passer par les mosquées. Le départ vers Istanbul est simple, sur un sinistre site Web de réservation de voyage vers le front.

Encadrée sur place par des transfuges aguerris d'al-Qaïda, la recrue est vite opérationnelles: ses premières victimes sont les chiites en Irak et en Syrie, puis toutes les autres religions hors du sunnisme. Avec le groupe Etat islamique, le jeune est donc rapidement en mesure de tuer. Mieux, il tue avec plaisir, et sans forcément chercher de rançon, même si ses chefs, issus d' al-Qaïda , doivent quand même rançonner pour remplir les caisses.

Tout ce qui a trait à l'Etat islamique est fait pour le jeune: une musiquette de voix adolescentes en chœur, des vidéos aux graphismes tirés des jeux vidéos de guerre, et des allures de citadins branchés. Le manque total d'éthique - qu'est-ce que l'éthique diraient-ils - est remplacé par une doctrine ultra-facile. Et des selfies souriants. De citoyens de "seconde classe", comme ils se sont sans doute perçus, ces euro-musulmans-là sont devenus des porte-glaives romantiques, sanguinolents, et manipulés. La clé de leur romantisme est la déshumanisation: l'ennemi est l'objet de l'assouvissement du fantasme du meurtre juste. Le tout en T-shirt moulant, avec Iphone, Kalachnikov et coutelas.

Harold Hyman