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Coronavirus: les méthodes de la Corée du Sud pour endiguer rapidement l'épidémie

Une personnes désinfectant les alentours de l'Eglise Grace River lundi, après que 46 nouveaux cas y ait été détectés.

Une personnes désinfectant les alentours de l'Eglise Grace River lundi, après que 46 nouveaux cas y ait été détectés. - Jung Yeon-je / AFP

Parmi les premiers pays à être touchés, la Corée du Sud enregistre depuis quelques jours de moins en moins de personnes contaminées sur son territoire, alors que les chiffres en Europe continuent de gonfler.

La Corée du Sud a fait état lundi de 74 nouveaux cas de Covid-19 à travers le pays. Ce nombre est inférieur à 100 pour la deuxième journée consécutive, et également inférieur à celui des patients guéris et autorisés à sortir de l'hôpital. Aucun nouveau décès lié au nouveau coronavirus n'a été enregistré, et le nombre de morts demeure à 75. Avec la Chine, c'est le deuxième pays dans lequel la courbe épidémique commence à s'inverser.

La France a de son côté enregistré 127 morts selon le dernier bilan dimanche, l'Italie près de 2000, ce alors que le nombre de personnes contaminées continue d'augmenter chaque jour dans ces deux pays - plus de 5000 cas en France, dont 900 dans les dernières 24 heures.

Pourtant la Corée du Sud, a été le plus grand foyer de l'épidémie de Covid-19 après la Chine, où le virus est apparu, avec, au dernier décompte, plus de 8000 personnes contaminées. Alors comment ce pays a-t-il réussi à endiguer l'épidémie en même temps que la Chine, alors que l'Europe bataille pour arrêter la propagation du nouveau coronavirus?

Des dépistages massifs

La première grande différence que l'on peut observer en Corée du Sud, c'est le nombre de personnes testées. Le pays a en effet choisi d'opter pour une campagne massive de dépistage de la maladie et a déjà réalisé plus de 250.000 tests, selon les chiffres de ce dimanche. La France a de son côté choisi d'utiliser les tests de dépistage avec parcimonie, sur les personnes présentant les symptômes les plus graves.

"Ce serait un contresens et ne servirait à rien d’imposer un test à tout le monde. Car nous réduirions nos ressources et les laboratoires ne seraient pas équipés", explique à Checknews le chercheur Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence (CNR) des virus respiratoires de l’Institut Pasteur.

Mais en Corée du Sud, "les kits de test ne manquent pas. Quatre entreprises ont été autorisées à les réaliser. Cela signifie que le pays a la capacité de tester 140.000 échantillons par semaine", explique la BBC.

Le parcours du malade très détaillé

De plus, chaque personne testée positive est soumise à une remontée très précise, et intime de sa vie les jours précédents sa contamination. Ce afin d'identifier les personnes avec lesquelles elle a été en contact. 

"En Corée du Sud, ils ont fait des centaines de milliers de tests et ensuite ils ont été recherchés pour chaque contaminé quels avaient été les contacts, avec les caméras qui sont dans les rues. Donc on a pisté la vie privée des gens, on a remonté comme ça et ensuite on a isolé tout le monde, c'est extrêmement efficace", explique sur BFMTV le professeur Gilbert Deray, médecin-chef à l'hôpital parisien la Pitié-Salpêtrière.

Selon lui, si l'Europe n'utilise pas ces méthodes, il s'agit d'un problème de moyens, mais aussi d'une conception de la liberté publique différente. Pour retracer le parcours des malades, le gouvernement sud-coréen utilise des méthodes très intrusives, remontant le fil des dépenses par cartes bancaires, mais utilisant aussi le bornage téléphonique. Comme le note le journal britannique The Guardian, des SMS sont également envoyés aux citoyens quand un nouveau cas est détecté près de chez eux.

Or ces méthodes ont conduit à des abus. Si les identités des personnes signalées ne sont pas dévoilées, les internautes peuvent tout de même retracer leur chemin. Ainsi, les rumeurs se multiplient. Un homme d'une cinquantaine d'années a par exemple été accusé d'adultère sur internet après qu'il est revenu de Wuhan en Chine, le berceau de l'épidémie, avec sa secrétaire de 30 ans, et les restaurateurs ont par exemple peur de voir afficher sur ces cartes de localisation, le nom de leur enseigne.

  • Les autorités préparées depuis le MERS-COV
"Je pense qu'une détection précoce des patients avec des tests précis suivis de l'isolement peut réduire le taux de mortalité et empêcher la propagation du virus", déclare à la BBC le professeur coréen Gye Cheol Kwon. Mais il ajoute qu'avoir "tiré des leçons du passé et préparé les systèmes à l'avance... Cela pourrait être le véritable pouvoir pour surmonter ce nouveau type de catastrophe."

Le chercheur fait référence à une précédente épidémie de coronavirus en 2015: le MERS-COV (syndrome respiratoire du Moyen-Orient). La propagation de ce coronavirus avait été particulièrement forte en Corée du Sud, une situation en partie due à des défaillances au niveau du traitement des malades. Trente-six personnes étaient mortes de cette maladie dans le pays.

Certaines défaillances subsistent toutefois. Ainsi un nouveau foyer de contamination au coronavirus est apparu en Corée du Sud, ont annoncé lundi les autorités. Elles ont fait état de 46 cas au sein de l'Eglise de Grace River Church de Seongnam, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Séoul. Cette congrégation a fermé ses portes dimanche, elle avait continué à célébrer des messes en dépit des appels du gouvernement à éviter tout rassemblement public et notamment religieux.

Salomé Vincendon