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Coronavirus: en Corée du sud, controverse autour de SMS des autorités dévoilant la vie privée des malades

Vue de Séoul

Vue de Séoul - Ed JONES / AFP

La Corée du sud a enregistré plus de 6500 cas de coronavirus, pour 42 morts, à la date de ce vendredi. Un dispositif organisé par les autorités pour informer au mieux la population confrontée à l'épidémie suscite la controverse: des messages envoyés sur les téléphones menacent la vie privée des personnes contaminées.

La Corée du sud compte ce vendredi 6593 cas de coronavirus avérés et 42 morts. Pouvoir et administration prennent donc des mesures draconiennes pour essayer de juguler l'épidémie. L'une d'entre elles consiste à envoyer toute la journée, via les autorités sanitaires et les commissariats, des "messages de prévention" sur les portables des Coréens. Ceux-ci comportent bien entendu des rappels de bon sens, comme la nécessité de se laver les mains par exemple, mais aussi des données dont la circulation a gravement nui à la préservation de la vie privée de certains patients, a noté ici le Guardian

Rumeurs

En effet, on trouve sur ces messages des informations quant aux différents cas. Le nom du malade concerné n'est jamais divulgué mais on signale son sexe, son âge et on lui assigne un numéro de dossier. Un lien permet ensuite de rejoindre un site mis en place par le commissariat où l'on peut consulter la liste des lieux où s'est rendu l'individu avant de découvrir sa maladie. 

Evidemment, ce dispositif n'a pas tardé à engendrer quelques désagréments et a suscité des spéculations douteuses au sein de l'opinion publique. Ainsi, un homme d'une cinquantaine d'années a été accusé d'adultère sur internet après qu'il est revenu de Wuhan en Chine, le berceau de l'épidémie, avec sa secrétaire de 30 ans.

Un message a par ailleurs dévoilé qu'un homme avait reçu le virus de la part de son formateur dans le cadre d'un séminaire contre le harcèlement sexuel. Un texto a aussi raconté l'histoire d'une sexagénaire qui était allée au travail, à un mariage ainsi qu'à un dîner entre amis. Or, il était aussi indiqué que cette femme venait d'être hospitalisée pour des blessures qu'elle disait avoir reçues dans un accident de voiture. Des internautes ont alors avancé la piste d'une fraude à l'assurance. La femme, retrouvée par la presse, a dû nier à la télévision. 

Menaces

Enfin, le public s'est amusé à prêter à un homme mentionné dans un autre SMS une fréquentation de prostitués car le message se bornait à dire qu'il était arrivé à la gare de Séoul avant d'être diagnostiqué mais qu'une fois sur place il était impossible de retracer ses faits et gestes. Certains y ont vu une pudeur des autorités car le quartier s'étalant autour de cette gare est notoirement connu pour la prostitution. Plus tard, les autorités sanitaires ont pris la peine de préciser que l'individu avait simplement mangé dans un restaurant et qu'un bug avait initié ce faux mystère. 

Les restaurateurs redoutent d'ailleurs de découvrir le nom de leur enseigne dans les listes dressées sur les sites des commissariats. Malgré les fumigations d'usage après qu'on leur a notifié le séjour entre leurs murs d'un malade, une telle opprobre les met de fait en danger économique. Pire, ils rencontrent un problème plus dérangeant encore: un homme déclarant être infecté a appelé des établissements d'un quartier de Séoul en les menaçant de dire être allé manger chez eux, à moins de percevoir une certaine somme. Ses allées et venues échappent quant à elles aux investigations de la police. 

Robin Verner