BFMTV

Coronavirus: pourquoi certaines personnes présentant des symptômes ne sont pas testées

Un laboratoire à Nutley, aux Etats-Unis, le 28 février 2020.

Un laboratoire à Nutley, aux Etats-Unis, le 28 février 2020. - CRÉDITKENA BETANCUR / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP POIDS

L'institut Pasteur a mis au point un test de dépistage du Covid-19 fin janvier mais toutes les personnes présentant des symptômes n'y sont pas soumises. Le gouvernement préconise l'examen biologique "uniquement en cas de suspicion de la maladie infectieuse".

Fièvres, toux, maux de tête, courbatures… Ces symptômes habituellement assimilés à la grippe peuvent désormais être synonymes de Covid-19. Depuis quelques semaines, les cas se multiplient en France, avec plus de 1000 personnes atteintes, selon le dernier recensement du ministère de la Santé, dimanche soir. Pour faire la différence entre la grippe et le coronavirus, un test a été mis au point par l’institut Pasteur le 27 janvier. Mais tout le monde n’est pas éligible à le passer.

"Plusieurs milliers [de tests] peuvent être effectués chaque jour, précise le gouvernement sur une page Internet dévolue à l’information sur cette maladie infectieuse. Le test est réalisé uniquement en cas de suspicion de la maladie, validée par le Samu et par un infectiologue référent."

Tester les "cas possibles"

Il faut donc être considéré comme un cas "possible" pour être soumis au dépistage.

Les suspicions portent sur les personnes revenant "de régions endémiques (Chine, Singapour, Italie), les "cas contacts" qui ont partagé un même lieu de vie ou eu un contact étroit à moins d’un mètre avec une personne détectée positive. Et enfin les cas de détresse respiratoire aiguë (DRA)", indique à Checknews le chercheur Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence (CNR) des virus respiratoires de l’institut Pasteur.

Les personnes suspectées d’être porteuses du coronavirus sont alors placées en isolement dans un "établissement de santé de référence" - un hôpital qui dispose d’un service d’urgences ou d’un service de maladies infectieuses doté de chambres d’isolement - pour enfin être soumises à ce test de biologie.

Contrairement à d’autres pays, la France effectue les tests de dépistage avec parcimonie, sur des personnes ciblées. Une stratégie qui, selon certains, permettrait à la France de minimiser la gravité de l’épidémie sur son territoire avec un taux de cas confirmés plus faible que chez ses voisins. C'est notamment ce qu'insinue une série de graphiques publiée sur Twitter par GHoeberX.

"Ça ne servirait à rien de dépister tout le monde" 

Certes, le Royaume-Uni et l’Italie effectuent plus de tests mais ce choix s’explique par une approche différente de la crise sanitaire. En Corée du Sud par exemple, l’Etat a mis en place un système de dépistage à la chaîne qui s’adresse à tous, rappelle France info: les automobilistes se présentent devant une sorte de "drive", comme pour les fast-food, et sont testés directement dans leur voiture. En France, au contraire, les tests sont moins fréquents, mais sont effectués sur les personnes identifiées comme potentiellement porteuses du virus.

"Ce serait un contresens et ça ne servirait à rien d’imposer un test à tout le monde car nous réduirions nos ressources et les laboratoires ne seraient pas équipés", estime Vincent Enouf.

Par ailleurs, le dépistage généralisé pourrait même "se révéler dangereux", avertit dans les colonnes du Journal du dimanche le professeur Renaud Verdon, infectiologue au CHU de Caen. "Si vous êtes diagnostiqué négatif, vous sortez des radars. Alors que le lendemain, et jusqu'à la fin de la période d'incubation, vous pouvez déclarer l'infection." Reste à savoir si le dépistage pourrait être intensifié en cas de passage au stade 3 de l'épidémie.

Ambre Lepoivre