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Conflit entre les Etats-Unis et l'Iran: jusqu'où peuvent-aller les affrontements?

L'Iran a tiré, dans la nuit de mardi à mercredi, des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak, en représailles à l'assassinat par Washington de son puissant général Qassem Soleimani. Cette riposte marque une "nouvelle phase" mais n'a pour le moment pas entraîné la déflagration redoutée.

A l'heure exacte à laquelle le puissant général iranien Qassem Soleimani était tué vendredi dernier par les Américains, l'Iran a lancé ce mardi son opération "Martyr Soleimani". En une demi-heure, 22 missiles sol-sol se sont abattus sur les bases irakiennes d'Aïn al-Assad et d'Erbil, où sont stationnés certains des 5200 soldats américains déployés en Irak. Dans la foulée, l'ayatollah Ali Khamenei s'est targué d'avoir infligé une "gifle en pleine face" aux Etats-Unis. Avec cette action, les Iraniens ont-ils obtenu leur vengeance ou ont-ils amorcé un enchaînement de ripostes sur long terme?

Le guide suprême a estimé que "les actions militaires du genre n'étaient pas suffisantes pour cette affaire", ajoutant qu'il était nécessaire que "la présence corrompue des Etats-Unis dans la région prenne fin". Un discours toutefois tempéré par le chef de la diplomatie, Mohammad Javad Zarif, qui a affirmé que la république islamique ne cherchait pas "l'escalade ou la guerre" et que les représailles "proportionnées" de la nuit étaient "terminées".

"Réponse proportionnée"

"L'Iran a envoyé des missiles balistiques qui sont très précis. S'ils ont touché les installations américaines sans faire de victimes, c'est très certainement un choix réfléchi de la part des gardiens de la révolution", analyse notre éditorialiste politique étrangère, Patrick Sauce.

"L'Iran devait riposter pour maintenir sa crédibilité en interne et dans la région, mais il l'a fait de façon modérée, sans intention de tuer des soldats américains", avance sur notre antenne Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l’Iran. "On assiste à des manœuvres malveillantes et symboliques qui ne mettent pas de vies en jeu", ajoute à BFMTV.com Amélie Myriam Chelly, sociologue et spécialiste de l'Iran. "L'Iran essaye de rester dans la légalité avec des réponses proportionnées."

Mais pour le spécialiste des groupes chiites armés Phillip Smyth, il s'agit d'une "réponse publique et d'ampleur pour envoyer un signal qui marque une nouvelle phase". Selon ses observations confiées à l'AFP, "la suite pourrait être confiée aux agents de l'Iran": les nombreuses factions armées pro-Téhéran en Irak, au Liban, en Syrie ou ailleurs. Déjà, les paramilitaires pro-Iran en Irak ont annoncé avoir formé un front commun pour coordonner avec l'Iran et le Hezbollah libanais - allié de Téhéran - "une réponse sévère et étudiée aux forces américaines terroristes".

"Les Marines américains doivent rentrer dans leurs repaires immédiatement pour préparer leurs cercueils parce que 'les bataillons de la résistance internationale' ont été formés", menacent ces puissants groupes armés, qui promettent une "riposte irakienne" aussi forte que l'"iranienne".

Trump, un président au comportement imprévisible

Cette prise de parti de l'Irak pour l'Iran était attendue, selon la docteure en sociologie Amélie Myriam Chelly, au vu des intérêts économiques, sécuritaires et géographiques de Bagdad, "pris en étau entre l'Iran et les États-Unis".

Du côté de Washington, ces raids qui n'ont pas fait de victimes dans ses rangs selon l'armée irakienne, n'ont pas suscité de riposte immédiate. "L'évaluation des dégâts et des victimes est en cours. Jusqu'ici, tout va bien!", a réagi Donald Trump d'un ton étonnamment détaché sur Twitter. Le locataire de la Maison-Blanche semble même vouloir désamorcer le conflit en revenant sur sa menace de frapper des sites culturels iraniens.

"Mais aujourd'hui, nous sommes dans une situation où l'imprévisibilité ne vient plus du Moyen-Orient – l'Iran se montre au contraire pragmatique – mais des Etats-Unis", note Amélie Myriam Chelly. "Avec une personnalité comme celle de Trump, rien n'est joué."

Ambre Lepoivre avec AFP