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Naufrage du ferry en Corée: "le capitaine n'était pas à la barre"

Plongeurs et garde-côtes s'activent autour de l'épave du navire à la recherche de survivants, le 17 avril.

Plongeurs et garde-côtes s'activent autour de l'épave du navire à la recherche de survivants, le 17 avril. - -

Alors que 271 personnes sont toujours portées disparues après le naufrage d'un ferry qui transportait 475 passagers, mercredi au large de la Corée du Sud, l'enquête a révélé que le capitaine ne tenait pas la barre du navire au moment du drame.

Un élément accablant pour le capitaine du bateau naufragé. Le ferry qui a sombré mercredi au large de la Corée du Sud, avec des centaines de personnes à bord, était dirigé par un officier subalterne et non par le capitaine au moment de l'accident, a indiqué la justice, ce vendredi.

"C'était le 3e lieutenant qui était à la barre lorsque l'accident s'est produit", a déclaré le procureur général, Park Jae-Eok, lors d'une conférence de presse. "Le capitaine n'était pas à la barre", a-t-il ajouté. Le capitaine Lee Joon-Seok, 69 ans et de nombreuses années de navigation au compteur, violemment critiqué par les proches des disparus pour avoir quitté le navire alors que des centaines de passagers se sont retrouvés piégés, était "à l'arrière", a ajouté le procureur, sans donner d'autres détails.

Les raisons de l'accident encore inconnues

Les causes de l'accident ne sont, pour l'heure, pas connues. De nombreux passagers disent avoir entendu un grand bruit après lequel le ferry s'est soudainement arrêté, ce qui pourrait signifier que le navire a heurté le fond ou percuté un objet immergé. Des experts évoquent aussi la possibilité que la cargaison du ferry, qui transportait 150 véhicules, se soit déplacée, déséquilibrant irrémédiablement le navire. Le capitaine a affirmé qu'il n'avait pas heurté un rocher.

Entouré d'équipes de télévision dans les bureaux des garde-côtes, il a présenté jeudi ses excuses. "Je suis vraiment désolé pour les passagers, les victimes et les familles", a-t-il déclaré. Les parents des lycéens accusent d'incompétence le gouvernement, les secours et l'équipage du bateau.

Un passager a pu filmer le début du naufrage avec son téléphone portable.

Vingt-cinq corps repêchés

Vingt-cinq corps ont été retrouvés, selon le bilan donné dans la nuit par les garde-côtes. Sur les 475 personnes qui étaient à bord, dont plus de 300 lycéens, 179 personnes sont saines et sauves. Il en manque 271 à l'appel.

Quelque 500 plongeurs ont été déployés sur le site, mais de violents courants et une mauvaise visibilité freinent leurs efforts pour pénétrer dans le bâtiment, dont seule la quille sort désormais de l'eau. Faute de parvenir à pénétrer dans la coque, les secours injectent de l'air dans la salle de restaurant où certains passagers pourraient avoir trouvé refuge, quand bien même l'espoir de retrouver des survivants s'amenuise à mesure que les heures passent et que le ferry s'enfonce dans la mer, profonde à cet endroit d'une cinquantaine de mètres. Les autorités envisageaient d'utiliser vendredi un petit sous-marin sans équipage pour l'inspecter.

Colère des familles de victimes

Réunies dans un gymnase, sur l'île de Jindo, des familles de victimes du naufrage laissent éclater leur désespoir, le 18 avril.
Réunies dans un gymnase, sur l'île de Jindo, des familles de victimes du naufrage laissent éclater leur désespoir, le 18 avril. © -

La colère des proches des victimes et disparus s'amplifie tous les jours. Les parents, dévorés d'angoisse et de chagrin, critiquent violemment les autorités, accusées d'indifférence et de tromperie. "Le gouvernement a menti, hier", a déclaré vendredi un homme, qui dit parler au nom de tous les parents, dans une intervention retransmise en direct à la télévision sud-coréenne.

Il affirme n'avoir vu sur le site du drame que quelques embarcations et plongeurs, loin des 500 plongeurs, 169 bateaux et 29 aéronefs que les autorités affirment avoir envoyé sur les lieux. Avec d'autres parents, il s'était rendu sur place jeudi, sur un bateau affrété par les secours pour les proches des victimes.

Dans le gymnase de Jindo, l'île voisine du lieu du drame qui accueille des centaines de proches des disparus, un écran retransmet les efforts des secouristes, mais les parents ont vite cessé de regarder ces images, noyées dans le brouillard. Les proches regrettent aussi amèrement que les passagers aient reçu la consigne de ne pas bouger de leur siège ou leur cabine après que le ferry s'est immobilisé, à la suite d'un choc. Trente à quarante minutes plus tard, le bateau a commencé à piquer du nez mais il était trop tard pour beaucoup d'occupants, incapables de ramper le long des corridors en oblique, où l'eau entrait à flots.

A.S. avec AFP