BFMTV

Crash du Boeing en Iran: après les accusations, comment va se dérouler l'enquête?

De nombreux pays, dont la France - constructeur du moteur de l'avion - devraient participer aux investigations. Si le Canada, les Etats-Unis ou encore le Royaume-Uni ont déclaré que le crash avait été provoqué par un tir de missile iranien, l'Iran réfute cette théorie.

Un Boeing de la compagnie Ukraine International Airlines s’est écrasé mercredi près de Téhéran, peu après son décollage. Le crash a fait 176 victimes, principalement des Iraniens et des Canadiens, mais également des Ukrainiens, des Afghans, des Britanniques et des Suédois. Sur fond de tensions diplomatiques entre l’Iran et les États-Unis, plusieurs pays, dont le Canada, ont déclaré que l’avion avait été touché par un tir de missile iranien, qui aurait pu être accidentel.

Malgré une vidéo qui semble montrer que l’appareil a bel et bien été frappé par ce qui ressemble à un missile, le gouvernement iranien a réfuté ces allégations. “Une chose est sûre, cet avion n'a pas été touché par un missile", a déclaré le président de l'Organisation de l'aviation civile iranienne (CAO), Ali Abedzadeh, lors d'une conférence de presse à Téhéran ce vendredi. L’enquête a d’ores et déjà débuté en Iran. Elle devrait permettre de faire la lumière sur les causes du drame.

L’Ukraine et les États-Unis participent à l’enquête

Le crash ayant eu lieu en Iran, la responsabilité des investigations incombe aux autorités iraniennes, conformément aux dispositions de la convention de Chicago sur l’Organisation de l’aviation civile internationale. Cette dernière stipule également que le pays où a été conçu et construit l'appareil (ici, il s’agit des Etats-Unis) et celui de l'exploitant (soit l’Ukraine, qui réclame des preuves) "ont chacun la faculté de désigner un représentant accrédité qui participera à l'enquête".

Près d’une cinquantaine d’experts ukrainiens sont ainsi arrivés en Iran pour prendre part aux investigations. Malgré des relations irano-américaines très tendues, les autorités aériennes civiles de l’Iran ont également invité les Etats-Unis à se joindre à l’enquête via son agence en charge de la sécurité des transports, la NTSB. Cette dernière a désigné un représentant attitré aux investigations. Le ministère des Affaires étrangères iranien a également demandé à Boeing, le constructeur de l'aéronef, de "participer" lui-aussi. Des experts du géant de l’aéronautique devraient se rendre sur place.

Téhéran indique également être prêt à associer à l'enquête des experts de tous les pays ayant perdu des ressortissants dans la catastrophe, ce qui inclut l’Afghanistan, le Royaume-Uni et la Suède. Le Bureau canadien de la sécurité des transports a quant à lui précisé jeudi avoir accepté une invitation de l'autorité de l'aviation civile iranienne à se joindre à l'enquête.

La France "disponible" pour prendre part aux investigations

Si aucun de ses ressortissants ne se trouvait à bord de l’appareil qui s’est écrasé mercredi matin, la France pourrait tout de même participer aux investigations. Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement iranien, Ali Rabii, a en effet indiqué qu’en tant que pays du fabricant du moteur de l'appareil (via l'industriel Safran), la France "peut prendre part à l'enquête".

Sur les ondes de RTL, Jean-Yves Le Drian a ainsi assuré ce vendredi que l'Hexagone était “disponible pour contribuer à l'expertise nécessaire” concernant cette catastrophe aérienne.

Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) français a indiqué avoir été "officiellement notifié de l'événement par l'Iran et désigné un représentant accrédité pour participer à l'enquête". Cette notification est "purement administrative et ne présage pas d'une autre demande de la part des autorités iraniennes", a cependant précisé le Bureau, qui ajoute qu'il n'y a pas eu à ce stade de demande de la part de l'Iran.

Les boîtes noires analysées par la France?

La France pourrait tout de même être chargée d’analyser les boîtes noires de l’appareil, qui ont été retrouvées peu de temps après l’accident. Seuls quelques pays, dont les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou la France ont en effet les capacités techniques de les décrypter. 

Le président de l'Organisation de l'aviation civile iranienne, Ali Abedzadeh, a indiqué que les boîtes noires, retrouvées dès mercredi, seraient envoyées "à l'étranger". Ali Abedzadeh a cependant déclaré que l’Iran ne remettrait pas ces enregistreurs de vol aux États-Unis, et que leur analyse pourrait incomber aux experts français. "Si des mesures plus spécialisées sont nécessaires pour extraire et analyser des informations, nous pouvons le faire en France ou dans d'autres pays."

L’avion touché par un missile air-sol iranien?

Les premiers éléments de l’enquête tendent à montrer que les conditions météo, bonnes lors du décollage de l’avion, n’ont pas joué de rôle dans la catastrophe. Le contrôle technique effectué récemment sur le Boeing n’avait par ailleurs pas permis de relever de problème particulier concernant l’état de l’appareil, ce qui rend moins plausible la thèse d’un problème purement mécanique.

De son côté, le Canada - tout comme les États-Unis et le Royaume-Uni - assure que l’avion et ses 176 passagers ont été touchés par un missile iranien.

"Nous avons des informations de sources multiples, notamment de nos alliés et de nos propres services", qui "indiquent que l'avion a été abattu par un missile sol-air iranien", a déclaré Justin Trudeau jeudi, lors d'une conférence de presse.

La nuit du crash, le système de défense anti-aérien iranien était en alerte, dans l’attente d’une possible réplique des États-Unis. L’armée iranienne venait en effet de lancer des missiles en direction de bases américaines, situées en Irak. Outre l’analyse des boîtes noires, “ce qui va être dans l'immédiat plus important, c'est l'examen des débris de l'avion”, précise Paul Troadec, ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses. Ces derniers pourraient donner aux enquêteurs des indications cruciales sur les causes du crash.

Juliette Mitoyen avec AFP