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Amérique du Nord

Trump révoque l'habilitation secret défense de l'ancien chef de la CIA

L'ancien directeur de la CIA John Brennan, en mai 2017.

L'ancien directeur de la CIA John Brennan, en mai 2017. - Saul Loeb - AFP

Alors que les anciens chefs du renseignement américain gardent traditionnellement accès aux informations classées, Donald Trump a suspendu ce droit pour John Brennan, qui dirigeait la CIA sous Barack Obama.

Une entorse à la tradition. Le président américain Donald Trump a révoqué l'habilitation secret défense de l'ancien chef de la CIA John Brennan, un ancien proche conseiller du président démocrate Barack Obama, et qui se montre très critique envers l'actuel locataire de la Maison Blanche. 

Une tradition remise en cause

Cette habilitation, dont la révocation a été annoncée mercredi par la porte-parole de l'exécutif Sarah Sanders, donne aux hauts responsables qui en bénéficient accès à des informations sensibles et confidentielles, même après avoir cessé leurs fonctions.

Dans un communiqué, Donald Trump justifie sa décision par "les risques que font courir la conduite et le comportement erratiques" de John Brennan.

"Historiquement, les anciens chefs du renseignement et des agences de sécurité étaient autorisés à conserver un accès aux informations classées secret défense", a rappelé Sarah Sanders, en soulignant que cette tradition est désormais remise en cause. "John Brennan a des antécédents qui jettent un doute sur son objectivité et sa crédibilité", a-t-elle encore assuré. 

Dans la soirée, citant l'auteur d'un nouveau livre assurant que Barack Obama a tenté de saboter sa campagne présidentielle, Donald Trump a tweeté: "John Brennan est une tache sur le Pays, nous méritons mieux que cela".

"Abus de pouvoir"

John Brennan a réagi en évoquant une décision "faisant partie d'une volonté plus large de supprimer la liberté d'expression et de punir les critiques", et en condamnant un "abus de pouvoir" du président américain. 

"Si les habilitations secret défense venaient à devenir un outil politique entre les mains d'individus comme Donald Trump, cela enverrait, je pense, un message très inquiétant aux membres actuels du gouvernement, peut-être aux anciens responsables qui bénéficient toujours de leur habilitation, ainsi qu'à la prochaine génération de professionnels du renseignement et de la sécurité nationale", a-t-il déclaré sur MSNBC.

Une tentative de diversion?

Un sénateur démocrate, Mark Warner, a estimé qu'avec son annonce de mercredi, la Maison Blanche avait tenté d'opérer une diversion, le président étant empêtré dans une polémique déclenchée par une ancienne conseillère en relations publiques, Omarosa Manigault Newman, qui a dressé ces derniers jours le portrait acide d'un Donald Trump "raciste" et "misogyne". Ce sénateur a évoqué une stratégie de "détournement de l'attention".

Patron de la CIA de 2013 à 2017, John Brennan avait éreinté Donald Trump après sa rencontre à Helsinki avec son homologue russe Vladimir Poutine, au cours de laquelle le président américain avait adopté une posture conciliante vis-à-vis du maître du Kremlin.

Il avait estimé que la "performance" de Donald Trump à Helsinki n'était "rien de moins qu'un acte de trahison". "Non seulement les propos de Trump étaient imbéciles, mais il est totalement dans les mains de Poutine", avait-il tweeté. John Brennan a par ailleurs à de maintes reprises réaffirmé la réalité d'une ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016, réfutant les doutes avancés par Donald Trump sur la question.

D'autres anciens responsables bientôt concernés?

Sarah Sanders a précisé que le président américain envisageait de retirer leur habilitation à d'autres anciens hauts fonctionnaires de l'ère Obama, dont l'ex-chef de la police fédérale (FBI) James Comey, devenu sa bête noire.

Une même révocation pourrait être appliquée à James Clapper, directeur du renseignement jusqu'à début 2017, ainsi qu'à Michael Hayden, ex-patron de l'Agence nationale de sécurité (NSA) puis de la CIA.

Sont également menacés Susan Rice, qui était conseillère de Barack Obama pour la sécurité nationale, et Andrew McCabe, ancien adjoint puis directeur par intérim du FBI jusqu'en août 2017. Tous ont ouvertement critiqué le président républicain depuis sa prise de fonctions en janvier 2017.

A.S. avec AFP