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Amérique du Nord

Trump déçu de ne pas pouvoir diriger les Etats-Unis comme ses affaires

Les collaborateurs du président américain décrivent ses trois premières semaines au pouvoir comme un "coup dur" pour le milliardaire.

Les collaborateurs du président américain décrivent ses trois premières semaines au pouvoir comme un "coup dur" pour le milliardaire. - Mandel Ngan / AFP

De nombreux proches collaborateurs du président américain décrivent ses trois premières semaines au pouvoir comme un "revers" et un "coup dur" pour le milliardaire.

Entre surprise et colère. Donald Trump, investi président des Etats-Unis il y a à peine trois semaines, semble avoir du mal à vivre la transition entre ses anciennes responsabilités, à la tête de son empire industriel, et les nouvelles, à la tête de la première puissance mondiale. C'est ce dont témoignent de nombreux collaborateurs du président, plus d'une vingtaine, interrogés anonymement par Politico.

"Les alliés du nouveau président disent qu'il a été surpris de constater que le gouvernement ne pouvait pas être dirigé comme son entreprise", résume le site américain.

Dans un long article, Politico décrit les coulisses de la Maison Blanche et dresse le portrait éloquent d'un président aux abois, qui passe le plus clair de son temps à travailler dans le bureau Ovale, et fait régner une ambiance mêlant méfiance et paranoïa parmi ses équipes. "Son humeur a oscillé entre la surprise et la colère alors qu’il s’est trouvé confronté aux réalités prévisibles de la direction d’un pays", durant les trois semaines qui ont suivi son investiture, écrit Politico, qui ajoute: 

"Les premiers jours mouvementés de la nouvelle administration ont été un revers pour un président qui, en tant que businessman milliardaire, s’est vendu à ses votants comme étant le seul qualifié pour réparer ce qui rendait le pays malade". 

La transition est un "coup dur" pour le président

A en croire ses proches, il est devenu évident que la transition est pour lui "un coup dur". D'après leurs témoignages, le président semble mal à l'aise dans ses nouvelles fonctions, et se pense en parallèle intouchable. "Trump pose souvent des questions simples à propos de politique, de projets et du personnel. Et quand les discussions s’embourbent dans des détails, le président est connu pour changer rapidement de sujet, pour paraître 'en contrôle tout le temps', ou pour renvoyer les questions de détails à son stratège en chef, Steve Bannon, son beau-fils Jared Kushner ou au président de la Chambre des représentants, Paul Ryan", décrit Politico.

"En privé, Trump a exprimé ses doutes quant à la capacité de juges, de bureaucrates ou de législateurs de l’empêcher momentanément ou complètement d’attribuer des postes ou de mettre des politiques en pratique", poursuit le site d'informations. 

La tension du président est palpable, d'après ses assistants, et contamine le personnel de la Maison Blanche, du fait notamment de l'habitude qu'aurait Donald Trump de manipuler ses collaborateurs pour éviter les reproches ou s'attirer au contraire de la reconnaissance dès qu'il en a la possibilité. Dans ces différents entretiens réalisés par le site, la Maison Blanche apparaît comme un "lieu de travail où les tâches ne sont pas claires et où la fatigue explose".

Paranoïa et méfiance

Les assistants du président disent d'ailleurs souhaiter - le sujet est devenu parmi eux une blague récurrente - qu'il passe plus de temps dans sa luxueuse résidence de Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride (où il a invité le président japonais Shinzo Abe à passer le week-end), car il y est plus détendu et plus à l'aise. 

Une anecdote en particulier témoigne aussi du climat de paranoïa ambiante. Quand le contenu des conversations téléphoniques houleuses entre Donald Trump et plusieurs chefs d’Etat étrangers (dont ceux du Mexique et de l'Australie) a fuité, provoquant sa colère, une enquête a été menée en interne, sans qu'on sache si cela a été fait de manière officielle ou officieuse, ni par qui les investigations ont été menées. L’administration envisage depuis de limiter aux assistants l’accès aux appels ou à leurs retranscriptions. Ces fuites ont créé un climat où les collaborateurs font désormais "très attention à qui ils s'adressent", comme en témoigne un officiel cité par Politico

La rumeur d'un renouvellement du staff présidentiel

Des crispations se font particulièrement sentir au sein du NSC, le Conseil de sécurité nationale, qui dépend directement du président américain et qui le conseille sur les questions de sécurité nationale et de politique étrangère. Or, plusieurs de ses membres considèrent que Donald Trump n’a pas la capacité de nuance nécessaire pour gérer les sujets délicats abordés lors de ces conversations téléphoniques, et qu’il a "politisé" cette agence en nommant le suprématiste blanc Steve Bannon comme chef stratégique du conseil. 

A Washington, la rumeur d'un renouvellement complet du staff du président circule. Mais ses plus fidèles soutiens continuent de croire en lui.

"Je ne suis pas déçu par le travail du président jusqu’à présent; il agit comme de nombreux bons PDG que je connais et j’espère qu’il continuera à gouverner le pays d’une manière diamétralement opposée à celle qu’on a pu voir par le passé", explique à Politico Michael Caputo, un de ses assistants de campagne.

Christopher Ruddy, un ami de Donald Trump à la tête d'un média conservateur, concède que "diriger le gouvernement fédéral est quelque chose de nouveau pour lui, c'est certain". Mais il ajoute: "Je pense que s'il a démontré quelque chose au cours de sa vie, c'est qu'il apprend très vite et s'adapte rapidement. Il ne faut pas sous-estimer cet homme", conclut-il. Reste à savoir si Donald Trump se montrera à la hauteur de cette analyse. 

Charlie Vandekerkhove