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Présidentielle américaine: Alexandria Ocasio-Cortez accélère son soutien à Bernie Sanders, en perte de vitesse

Ilhan Omar, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez à Washington D.C., le 24 juin 2019

Ilhan Omar, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez à Washington D.C., le 24 juin 2019 - Saul Loeb / AFP

Alors qu'il était sur son lit d'hôpital après sa crise cardiaque, le candidat à l'investiture démocrate a reçu le soutien de la très médiatique élue du Bronx. Le timing du ralliement illustre toutefois la difficulté dans laquelle se trouve actuellement le sénateur du Vermont.

Dans le creux de la vague après sa crise cardiaque, Bernie Sanders est-il en train de vivre un tournant dans sa campagne pour l'investiture démocrate? Cette semaine, la presse américaine a révélé qu'Alexandria Ocasio-Cortez, la charismatique députée de l'État de New York, comptait soutenir officiellement le sénateur du Vermont dans le cadre de l'élection présidentielle de 2020.

Celle qui est communément surnommée AOC n'est pas la seule à envisager de rallier Bernie Sanders, qui en est à sa deuxième tentative présidentielle. Ilhan Omar, élue du Minnesota née en Somalie et violemment attaquée par le président Donald Trump, devrait également annoncer son soutien, tout comme Rashida Tlaib, du Michigan. Ces trois femmes composent, avec Ayanna Pressley (Massachussetts), le courant situé le plus à gauche du parti démocrate américain, le "Squad". 

À gauche, Warren prend le large

Comme le rapporte le site Politico, Alexandria Ocasio-Cortez a pris sa décision après plusieurs mois de rapprochement avec le candidat qui se qualifie lui-même de "socialiste", mot à très forte connotation politique aux États-Unis. Les deux se sont rencontrés à plusieurs reprises à Burlington, dans le Vermont, où réside le sénateur démocrate. Ce dernier a appris la nouvelle alors qu'il était encore dans son lit d'hôpital. La députée du Bronx est censée officialiser son soutien lors d'un déplacement commun prévu samedi à New York.

Ces ralliements surviennent à un moment crucial pour Bernie Sanders. Après son souci de santé, l'élu de 78 ans a brutalement chuté dans les sondages. Si l'on s'en tient aux chiffres de l'institut de sondage RealClearPolitics, ses intentions de vote sont passées de 19% le 1er octobre à 13% deux semaines plus tard.

Si ce recul de six points paraît raisonnable, le bond effectué par sa rivale Elizabeth Warren, lui, est beaucoup plus impressionnant. Initialement troisième dans l'ordre d'arrivée des favoris pour l'investiture, la sénatrice du Massachusetts, qui occupe un créneau idéologique similaire à celui de Bernie Sanders - sans toutefois reprendre le terme de "socialiste" - pointe désormais en tête. Située à 21% des intentions de vote le 1er octobre, elle en recueillait 29% dans l'enquête effectuée au niveau national le 16 octobre.

Fait plus notable encore, Elizabeth Warren a dépassé Joe Biden dans les sondages, notamment dans des États clés comme l'Iowa ou le New Hampshire. Malmené par ses adversaires démocrates pour ses positions jugées trop timorées, que cela soit sur la couverture maladie ou sur la question migratoire, puis déstabilisé par la polémique autour de son fils Hunter, l’ancien vice-président cherche un second souffle.

Une élection de septuagénaires

L’émotion des membres de l’équipe de campagne de Bernie Sanders est à la mesure de la surprise que constitue le choix d’Alexandria Ocasio-Cortez.

"Pensez donc au courage d'une personne qui dit, 'Vous savez, je suis consciente de ce que vous venez de traverser, mais j'ai tellement confiance en vous et je suis convaincue que vous serez celui qui mènera la bataille en laquelle je crois. Je suis avec vous'", a raconté à Politico le directeur de campagne du candidat. 

La crise cardiaque dont Bernie Sanders a été victime a fait émerger, à nouveau et de façon beaucoup plus appuyée, les interrogations autour de son état de santé. Des interrogations menant, en bout de course, à celle concernant son aptitude à achever un éventuel bail à la Maison Blanche. Et ce d'autant plus que cette élection présidentielle 2020 se joue principalement entre des prétendants et un sortant âgés de plus de 70 ans. Bernie Sanders, rival tenace de Hillary Clinton lors de la primaire de 2016, souffre par ailleurs de la concurrence d'Elizabeth Warren sur ses thèmes de prédilection.

Enfin, le timing des soutiens d'Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar et Rashida Tlaib en dit long sur la mauvaise passe que traverse le sénateur du Vermont. D'ordinaire, le ralliement de personnalités politiques aussi médiatiques se fait beaucoup plus tardivement dans le processus d'une primaire. 

La cohérence, une bouée de sauvetage?

Au-delà de la popularité de ces trois députées auprès de l'électorat urbain jeune, Bernie Sanders peut néanmoins s'appuyer sur un élément presque mécanique. Le statut de favorite qu'est en train de se bâtir Elizabeth Warren rend cette dernière beaucoup plus vulnérable aux attaques de ses adversaires.

Ce phénomène s'est manifesté lors du dernier débat télévisé entre démocrates, lors duquel des outsiders comme Pete Buttigieg, Beto O'Rourke ou Amy Klobuchar ont reproché à la sénatrice du Massachusetts sa raideur. Ils l'ont également accusée à maintes reprises d'entretenir le flou autour de ses propositions phares. Notamment celle d'instaurer une assurance-maladie universelle, qu'elle dit vouloir financer principalement en augmentant les impôts des grandes fortunes et des sociétés, sans offrir davantage de précisions. 

A contrario, Bernie Sanders assume, lui, d'annoncer une hausse générale des impôts, y compris ceux des classes moyennes, pour financer son programme. Une telle cohérence, même si elle rebute une grande partie des électeurs modérés ou indécis sur le fond, peut être une planche de salut pour ce vétéran du Congrès. Il va toutefois devoir vite en tirer profit et illustrer de façon visible sa capacité à rebondir, quand bien même ses collectes de fonds lui ont permis d'amasser un impressionnant trésor de guerre. Les démocrates n'ont plus que huit mois pour présenter un candidat en mesure de battre un Donald Trump redoutable en campagne. 

Jules Pecnard