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Exécution ratée: ces "cocktails de la mort" qui font polémique

Salle d'exécution à la prison de Huntville, au Texas, l'Etat qui exécute le plus aux Etats-Unis.

Salle d'exécution à la prison de Huntville, au Texas, l'Etat qui exécute le plus aux Etats-Unis. - -

Mardi, dans l'Oklahoma, un condamné à mort a agonisé trois quarts d'heure avant d'être exécuté. La faute au "cocktail de produits" qui lui a été injecté, jamais testé au préalable.

Mardi soir, peu après 18 heures, Clayton Lockett se voyait injecter le poison qui devait le tuer légalement. Cet homme avait été condamné à mort en 2000 dans l'Etat de l'Oklahoma pour le rapt et le meurtre d'une jeune femme. Mais l'exécution a tourné au fiasco: "les médicaments n'entraient pas dans son système veineux". C'est ce qu'a constaté le directeur des prisons de l'Oklahoma, Robert Patton, qui a fini par ordonner l'arrêt de la procédure. Trop tard pour le condamné, qui a finalement succombé à une "importante crise cardiaque".

Cet incident fait écho à un autre, survenu le 16 janvier dernier dans l'Ohio. Ce jour-là, Dennis McGuire, 53 ans, est exécuté. Mais il n'est déclaré mort qu'après une agonie de 24 minutes. Dans le cas de McGuire comme dans celui de Lockett, la solution qui leur a été injectée, un mélange de trois produits, était testée pour la première fois.

L'Oklahoma et l'Ohio font partie des 35 Etats américains (sur 50) à pratiquer l'exécution par injection létale. Une méthode administrée pour la première fois au Texas en 1982 et adoptée depuis par l'immense majorité des Etats: très vite, ce mode d'exécution a été perçu comme donnant une mort plus "douce" que d'autres méthodes jusque là employées, comme la chaise électrique ou la chambre à gaz.

Trois produits autorisés par la Cour suprême

La question de l'efficacité et de l'"humanité" de cette méthode a néanmoins été plusieurs fois soulevée. Le 27 septembre 2007, deux condamnés à mort du Kentucky, Ralph Baze et Thomas Bowling, en ont contesté devant la Cour suprême des Etats-Unis la constitutionnalité, jugeant que l'injection létale violait le huitième amendement, qui interdit tout "châtiment cruel et inhabituel".

Après six mois de suspension des exécutions, les neuf juges ont finalement jugé constitutionnel le cocktail de trois produits employé dans le Kentucky comme dans de nombreux autres Etats américains: le thiopental, un barbiturique, qui endort le condamné; le bromure de pancuronium, qui paralyse les muscles et stoppe la respiration et le chlorure de potassium, qui arrête les battements du coeur. Autrement dit, les recours portant sur l'inconstitutionnalité de ce "cocktail mortel" n'étaient pas recevables.

Mais début 2011, la firme Hospira, seul laboratoire pharmaceutique américain à produire le thiopental, a décidé d'en abandonner la commercialisation pour raison éthique, après l'avoir suspendue dès septembre 2010. Le laboratoire a ensuite été pressé par des médecins du monde entier de réduire sa production de bromure de pancuronium, le second produit employé dans les exécutions.

Un anesthésiant en rupture de stock

Les différents Etats pratiquant l'injection létale se sont alors tournés vers l'importation de produits en provenance de l'Europe. Mais fin 2011, la Commission européenne a imposé des restrictions sur l'import de ces anesthésiants, afin d'empêcher leur utilisation dans l'exécution d'êtres humains.

La pénurie s'est faite sentir. Un temps, certains Etats se sont tournés vers d'autres, qui disposaient de stocks. Ainsi, le 14 octobre 2010, l'Oklahoma a procédé à une exécution grâce à une dose de thiopental empruntée à l'Etat voisin d'Arkansas.

La loi fédérale n'empêche pas les Etats américains d'employer d'autres produits. Mais dans ce cas, les Etats s'exposent alors à des recours, comme ceux de Baze et Bowling devant la Cour suprême, et au risque de voir in fine leur "cocktail" reconnu inconstitutionnel.

Le recours à des officines

L'Oklahoma, l'Etat de l'exécution "ratée" de mardi, a été le premier à tenter l'expérience. Le 16 décembre 2010, cet Etat a remplacé le thiopental par une autre substance, le pentobarbital, un anesthésiant employé par des vétérinaires. La firme danoise qui le commercialisait, Lundbeck, avait accepté de l'exporter à ces fins. Mais elle s'est finalement ravisée devant les protestations en juillet 2011.

Depuis, la plupart des Etats ont recours, pour ce qui est des anesthésiants, à des sociétés de préparation en pharmacie pour leur concocter des "cocktails" létaux. Or ces officines ne sont pas soumises aux règles strictes établies par la FDA, l'autorité fédérale de contrôle des médicaments, et leurs produits ne sont pas homologués.

A l'automne 2013, trois condamnés à mort du Texas, en vue de leur exécution, ont déposé plainte contre cet Etat pour l'utilisation d'un produit anesthésiant qui n'avait "jamais été utilisé" et présentait, selon eux, un risque de "douleur atroce". La Cour suprême n'a pas jugé leur plainte recevable. Les deux exécutions ratées 2014 en Ohio et en Oklahoma devraient néanmoins remettre la question sur le tapis.

Mathilde Tournier