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Après la fusillade dans un lycée de Floride, des camarades des victimes s'expriment contre le port d'armes

Des Américains rendent hommage aux victimes de la tuerie du lycée Marjory Stoneman Douglas, le 15 février 2018 à Parkland, en Floride.

Des Américains rendent hommage aux victimes de la tuerie du lycée Marjory Stoneman Douglas, le 15 février 2018 à Parkland, en Floride. - Rhona Wise - AFP

Après qu'un homme de 19 ans a tué 17 personnes et en a blessé une quinzaine d'autres mercredi dans un lycée de Floride, les camarades des victimes n'ont pas hésité à prendre position dans le débat sur le port d'armes aux Etats-Unis.

Aux côtés des noms de Columbine, Viriginia Tech ou Sandy Hook s'inscrira désormais celui de Marjory Stoneman Douglas. Celui d'un établissement scolaire théâtre d'une énième fusillade sur le sol américain, où 17 personnes ont perdu la vie le mercredi dernier.

Parmi les victimes, que le journal Miami Herald a commencé à recenser, quelques adultes, mais surtout des adolescents âgés d'une quinzaine d'années à peine.

Pendant et après la tragédie, qui entre dans le triste palmarès des dix fusillades les plus meurtrières de l'histoire des Etats-Unis, les camarades de ces jeunes victimes se sont exprimés, beaucoup: par SMS, sur les réseaux sociaux, et plus tard auprès des médias.

Nombre de ces lycéens n'ont pas tardé à aborder frontalement la question du contrôle des armes aux Etats-Unis. L'un d'entre eux, David Hogg, élève de Terminale à Marjory Stoneman, a même commencé pendant la fusillade. Alors qu'il était confiné dans une classe, ce lycéen a interviewé plusieurs de ses camarades.

"Que retiendra-t-on de moi si je meurs ici?"

"Pendant que j'étais là-dedans, je me suis demandé: 'Quel impact j'aurai eu? Que retiendra-t-on de moi si je meurs ici?' Et la seule chose qui m'est venue à l'esprit, c'est de filmer et raconter à d'autres ce qui se passait. En tant qu'aspirant journaliste, c'est la seule chose à laquelle je pensais: enregistrer les histoires des autres. Si nous mourrons tous, la vidéo survivra, et c'est comme ça que notre message sera transmis, sur le changement que nous voulons", a expliqué à Time Magazine le jeune homme, qui travaille pour la télévision de l'école et collabore à un journal local.

Dans une de ces courtes interviews, une jeune fille confie à David Hogg avoir été pro-armes jusque là, avoir voulu faire partie de la NRA et apprendre à tirer à ses 18 ans.

"Je ne veux plus jamais être derrière une arme", déclare-t-elle dans la vidéo. "Je ne veux pas être la personne derrière une balle, je ne veux pas être celle qui pointe cette balle vers quelqu'un. D'avoir eu une balle pointée vers moi, mon école, mes camarades, mes profs, cela m'a vraiment ouvert les yeux sur le fait que nous avons besoin de mieux réguler les armes dans notre pays", affirme-t-elle.

"Est-ce que la gauche peut laisser les familles faire leur deuil pendant 24 heures avant de ramener leurs arguments contre les armes et ceux qui les possèdent? Les armes ne sont pas le sujet ici, le problème est un déséquilibré", a réagi sur Twitter Tomi Lahren, une commentatrice de la chaîne Fox News, sur Twitter.

"Vous n'étiez pas là, vous ne pouvez pas savoir"

La réponse n'a pas tardé à se faire entendre de la part des lycéens eux-mêmes.

"Je me suis cachée dans un placard pendant deux heures. C'était à propos des armes. Vous n'étiez pas là, vous ne pouvez pas savoir. Les armes donnent à des gens le pouvoir de tuer d'autres gens. C'EST à propos des armes et des personnes qui ont brutalement perdu la vie à cause d'elles", lui a lancé Carly Novell.

Cette jeune fille a aussi partagé sur Twitter l'histoire de son grand-père, qui en 1949 avait aussi dû se cacher dans un placard pour échapper à la première fusillade de masse de l'histoire moderne des Etats-Unis.

"Près de 70 ans plus tard, j'ai aussi dû me cacher dans un placard pour échapper à un meurtrier. Ces événements ne devraient pas se répéter. Quelque chose doit changer", a-t-elle commenté.

Un débat soutenu par un responsable éducatif local, Robert W. Runcie, dans Time Magazine: "Là, maintenant, c'est le bon moment pour parler de lois adaptées sur la régulation des armes dans notre pays. Nos étudiants le demandent."

"J'exige que nous agissions maintenant"

Sur CNN, Cameron Kasky, un lycéen de 17 ans, livre également un avis tranché et motivé sur la question.

"Je demande, non, j'exige, que nous agissions maintenant. Pourquoi? Parce qu'en fin de compte, mes camarades et moi avons partagé une expérience commune - celle d'être abandonnés par les politiques, qui n'ont pas réussi à tenir les armes éloignées de nos écoles", critique-t-il vertement.

D'autres adolescents sont plus réservés, comme Taylor Benson qui concède volontiers au New Yorker "ne pas vraiment comprendre ce qu'ils disent quand ils parlent de Donald Trump". "Mais je suis heureuse que des enfants s'expriment. Quelqu'un doit le faire", ajoute-t-elle.

Un Donald Trump qui, lors d'un discours adressé à la nation américaine jeudi, a adressé ses pensées aux familles et proches des victimes mais n'a pas abordé une seule fois la question des armes.

Liv Audigane