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Sous-marin argentin disparu: "C'est une course contre la montre"

Jean-Louis Vichot, vice-amiral et ancien commandant des forces maritimes françaises dans le Pacifique, a livré ses inquiétudes à BFMTV quant au sort des 44 membres d'équipage du sous-marin argentin qui a disparu depuis cinq jours.

Toujours aucune trace du sous-marin militaire argentin San Juan qui a disparu il y a cinq jours entre le port d'Ushuaia et la ville de Mar del Plata. Quelque 44 membres d'équipage se trouvent à bord. Lors de sa dernière communication avec sa base mercredi dernier, le bâtiment a signalé une avarie. Le commandement lui a alors demandé de changer de cap. 

Si l'on ne sait pas de quelle avarie il s'agit, une avarie de transmission serait l'hypothèse la plus favorable, estime pour BFMTV Jean-Louis Vichot, vice-amiral et ancien commandant des forces maritimes françaises dans le Pacifique. "Cela signifie que le sous-marin est resté est étanche, sa sécurité est assurée. S'il dispose de sa propulsion, il a de bonnes chances de survie."

Le sous-marin se trouve cependant dans des circonstances particulières. "La mer est démontée, il est à l'est de la côte d'Amérique latine en plein milieu d'une forte dépression avec des vagues de 6 à 7 mètres." Le San Juan se trouve-t-il à la surface ou en profondeur?

"S'il le peut, il est plutôt sous l'eau, ajoute le militaire qui a commandé les équipages de plusieurs sous-marins nucléaires français. Quand on est dans une mer démontée, la position normale pour un sous-marin c'est d'être en plongée, c'est là qu'il est le plus à l'aise."

Le sous-marin a-t-il coulé?

Difficile de savoir ce qu'il s'est passé exactement. "La durée normale d'interruption d'émission est de quarante-huit heures. Il devait signaler sa position tous les deux jours. C'est parce qu'il n'a pas signalé sa position qu'il a été porté disparu", explique Jean-Louis Vichot.

"Le premier problème qui se pose, c'est de savoir s'il est étanche, si de l'eau n'est pas entrée. Le deuxième, c'est de savoir si les gens ont encore de l'air pour respirer, un incendie aurait pu par exemple les en priver. Et enfin, s'il est encore en état de flotter."

S'il a coulé, les chances de survie de son équipage dépendent de la profondeur. "Il se trouve actuellement dans une zone sur le tombant. C'est-à-dire sur la pente de l'océan, entre des zones où les fonds sont de quelques centaines de mètres, sur lesquelles il peut se poser sans encombres, et quelques milliers de mètres. L'hypothèse la plus favorable, c'est qu'il ait coulé à quelques centaines de mètres." Il serait alors possible d'aller chercher les membres d'équipage. Encore faut-il localiser le navire.

"S'il est en surface, avec l'amélioration des conditions météorologiques et les moyens mis en place, on va le trouver. S'il est en plongée, cela risque de prendre beaucoup plus de temps."

Le militaire évoque la tragédie du Koursk, ce sous-marin nucléaire russe qui a sombré en 2000 au nord de la Norvège lors d'un exercice avec ses 118 hommes à bord. "On a mis plusieurs jours à le retrouver et c'était trop tard." Pour localiser un sous-marin, des sonars sont utilisés. "Ce sont des appareils de détection qui utilisent des ondes sonores qui se propagent sous l'eau. Mais leur portée n'est pas considérable, cela peut prendre beaucoup de temps."

"Le volume d'air est limité"

Du côté des marins à bord, ils sont préparés à ce genre d'incident. "On apprend à vivre en atmosphère confinée, à régénérer l'air, à limiter sa consommation en réduisant son activité, comme en dormant." Jean-Louis Vichot a lui-même connu des situations difficiles. "On ne navigue pas vingt-deux ans en sous-marin sans vivre ce genre d'incident." Et reconnaît que des ruptures d'émission "pendant quelques jours" peuvent se produire.

Quelles sont les chances de survie des marins? "Le volume d'air est limité", précise Jean-Louis Vichot, qui donne une estimation de "cinq à six jours encore". "C'est une course contre la montre." La marine argentine a annoncé avoir reçu sept appels de détresse par des bases navales argentines, ravivant l'espoir de retrouver le sous-marin, mais aucun d'entre eux ne provenait du navire. Le bâtiment est par ailleurs équipé de bouées de détresse.

"Si le sous-marin est en difficulté, il peut larguer cette bouée qui va arriver à la surface et émettre un signal. Pour le moment, on n'a pas repéré ce signal de détresse. Ce qui peut laisser penser qu'il y a encore beaucoup d'espoir", espère le vice-amiral.

Céline Hussonnois-Alaya