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Que se passe-t-il au Venezuela?

Un manifestant affronte des policiers antiémeutes le 22 février, à Caracas.

Un manifestant affronte des policiers antiémeutes le 22 février, à Caracas. - -

Le Venezuela fait face, depuis quelques semaines, à la plus importante crise de l'après-Chavez. Partie d'un mouvement de contestation étudiant, la grogne s'est transformée en un affront entre partisans et opposants au président Nicolas Maduro. Explications.

Trois semaines de protestations émaillées de violences meurtrières. Le Venezuela est confronté, depuis le début du mois de février, à une vague de manifestations massives lancée par les étudiants, mais qui se sont rapidement transformées en affrontements entre pro et anti-gouvernement, attisés par la violente répression policière.

Confronté à la première crise importante depuis son arrivée au pouvoir en avril 2013, après la mort du charismatique Hugo Chavez, le président Nicolas Maduro tente de calmer la grogne par un dialogue national, entamé ce mercredi. D'où sont parties les violences? Que réclament les manifestants? BFMTV.com fait le point sur la situation.

> Quand et pourquoi ont commencé les manifestations?

Tout est parti d'un mouvement estudiantin localisé. Les premières manifestations se sont déroulées le 4 février à San Cristobal, une ville de moins de 500.000 habitants située à l'ouest du pays, pour protester contre l'insécurité régnant sur le campus universitaire, où une étudiante a été victime d'une tentative de viol.

Mais le mouvement s'est rapidement étendu à d'autres villes, dont la capitale, Caracas, se transformant en une grogne généralisée contre le pouvoir en place, la vie chère, l'inflation record qui a atteint 56,3% en 2013, les pénuries à répétition des denrées de première nécessité et l'insécurité croissante à travers le pays (plus de 24.000 meurtres recensés en 2013, le Venezuela est le pays le plus dangereux d'Amérique du Sud).

> Quand ont débuté les violences?

Des manifestants reçoivent du gaz lacrymogène, le 22 février, à Caracas.
Des manifestants reçoivent du gaz lacrymogène, le 22 février, à Caracas. © -

Les premiers incidents graves ont éclaté le 6 février, lorsque des jeunes aux visages masqués ont attaqué à coups de pierres et de cocktails Molotov le siège du gouvernement de l'Etat de Tachira, dans l'Ouest. Mais les violences meurtrières ont commencé le mercredi 12, lors d'une manifestation à Caracas.

Ce jour-là, des incidents ont éclaté en marge de la marche entre étudiants et jeunes pro-gouvernement, faisant trois morts, tous les trois par balles. Depuis cette date, des manifestations sont organisées chaque jour, suivies, en soirée, de troubles provoqués par des groupes d'étudiants radicaux, réprimés à coups de tirs de grenades lacrymogène par la police et les forces antiémeutes, qui ont multiplié les arrestations d'opposants. En moins de deux semaines, les heurts entre jeunes et forces de l'ordre ont fait un total de quatorze morts, dont au moins huit par balles, et 140 blessés.

> Qui soutient le mouvement?

Leopoldo Lopez entouré de supporters, le 12 février, à Caracas.
Leopoldo Lopez entouré de supporters, le 12 février, à Caracas. © -

Les manifestations étudiantes sont soutenues par la frange radicale de la coalition d'opposition au président Maduro, la Table de l'unité démocratique (MUD). Y figurent plusieurs personnalités politiques qui sont depuis devenues des figures du mouvement contestataire, parmi lesquelles le dirigeant du parti Volonté populaire, Leopoldo Lopez (photo ci-contre), antichaviste radical de 42 ans qui privilégie une stratégie d'affrontement avec le pouvoir. Dans la ligne de mire des autorités, qui l'ont qualifié de "fasciste", il a depuis été arrêté et écroué pour "incitation à la violence".

Henrique Capriles s'adresse à la foule, le 22 février, à Caracas.
Henrique Capriles s'adresse à la foule, le 22 février, à Caracas. © -

De son côté, la principale figure de l'opposition Henrique Capriles (photo ci-contre), candidat en 2012 face à Chavez et en 2013 face à Maduro, s'est, dans un premier temps, démarqué de cette ligne radicale, en estimant que les conditions pour exiger le départ du président, voulu par les manifestants, n'étaient "pas réunies".

Mais cette dernière semaine, l'opposant a finalement appelé les anti-gouvernement à se mobiliser contre les groupes armés non identifiés envoyés pour les intimider, contre les accusations de "fascisme" prononcées par le pouvoir envers les manifestants et pour la libération des manifestants arrêtés. Samedi dernier, 50.000 personnes ont marché à Caracas, à l'appel de Capriles.

> Quelle est la position du gouvernement?

Nicolas Maduro s'adresse à ses partisans, le 24 février.
Nicolas Maduro s'adresse à ses partisans, le 24 février. © -

Pour contrer ce mouvement, le pouvoir en place a rapidement appelé ses partisans à manifester, faisant descendre des milliers de personnes dans la rue. Le président Nicolas Maduro a par ailleurs dénoncé une tentative de coup d'Etat soutenue par les Etats-Unis et l'ancien président colombien Alvaro Uribe, et annoncé, le 16 février, l'expulsion de trois agents consulaires américains. Par ailleurs, Maduro a menacé de bloquer la diffusion de la chaîne d'information américaine CNN, l'accusant de chercher à montrer que le pays se trouve en état de "guerre civile".

Réfutant les accusations d'ingérence proférées par le président vénézuélien, Washington a condamné la "violence inacceptable" et appelé le gouvernement à libérer les manifestants arrêtés et "engager un véritable dialogue".

> Quelle solution à cette crise?

Pour tenter de mettre fin à ces trois semaines de protestation qui risquent de fragiliser son pouvoir, Nicolas Maduro lance, ce mercredi, un dialogue national à vocation de conférence "pour la paix", et auquel "tous les courants sociaux, politiques, corporatistes, religieux" sont invités. Son principal opposant Henrique Capriles a d'ores et déjà annoncé qu'il n'y participerait pas, se disant lassé des "mensonges" du président et de la répression policière contre la jeunesse.

De son côté, le président a affirmé être convaincu que "de grands accords vont être conclus" lors de cette conférence, qui intervient alors que le mouvement de protestation semble commencer à s'essoufler. Ainsi, mardi, seuls quelques dizaines de jeunes ont répondu présent à Caracas, mais les affrontements avec les forces de l'ordre se poursuivaient.

Adrienne Sigel et avec AFP