BFMTV

Tunisie: un élu d'opposition tué, appel à la grève générale

Le fille du député tunisien Mohamed Brahmi, assassiné devant son domicile jeudi, devant l'hôpital où a été transporté son père.

Le fille du député tunisien Mohamed Brahmi, assassiné devant son domicile jeudi, devant l'hôpital où a été transporté son père. - -

Le député Mohamed Brahmi a été criblé de balles jeudi à Tunis. C'est le second assassinat du genre, après celui de l'opposant Chokri Belaïd en février dernier. Un appel à la grève générale a été lancé par la principale centrale syndicale.

La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre. Très vite, des dizaines de Tunisiens se sont rassemblés à Tunis et dans la région de Sidi Bouzid pour dénoncer l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi, figure de la gauche laïque, accusant le parti islamiste Ennahda au pouvoir.

La principale centrale syndicale tunisienne (UGTT) a décrété une grève générale vendredi dans tout le pays. "L'Union générale des travailleurs tunisiens annonce une grève générale vendredi dans tout le territoire tunisien contre le terrorisme, la violence et les meurtres", a indiqué ce syndicat dans un communiqué. Dénonçant un "crime odieux", la centrale syndicale a annoncé également "l'organisation des funérailles nationales pour le martyr".

La famille Brahmi accuse les islamistes au pouvoir

La famille de Mohamed Brahmi a accusé le parti islamiste au pouvoir Ennahda d'être responsable du meurtre alors que le chef de ce mouvement a dénoncé ceux qui veulent mener le pays vers une "guerre civile". "J'accuse Ennahda, ce sont eux qui l'ont tué", a déclaré en pleurs Chhiba Brahmi, la soeur du défunt, sans avancer de preuves.

"Notre famille avait le sentiment que Mohamed allait connaître le même sort que Chokri Belaïd", a-t-elle ajouté, citant l'opposant anti-islamiste également assassiné par balles le 6 février dernier.

"Assez! assez! Nous ne pouvons plus vivre avec les barbus", a lancé chhiba, 50 ans, au domicile familial dans la campagne de Sidi Bouzid, berceau de la révolte qui a conduit à la chute de l'ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali.

Le parti Ennadha a rejeté ces accusations dans un communiqué et son chef a qualifié le meurtre de "catastrophe pour la Tunisie et de grand choc pour la transition démocratique".

Rassemblements dans tout le pays

"La Tunisie est libre, les frères dégagent", ont scandé des Tunisiens en colère, en référence au lien d'Ennahda avec la confrérie des Frères musulmans en Egypte. "Ghannouchi assassin", "A bas le parti des frères (musulmans) à bas les tortionnaires du peuple", "Ennahda doit tomber aujourd'hui", "l'Assemblée constituante doit être dissoute", ont crié les manifestants en colère qui ont commencé à se rassembler sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre de Tunis aussitôt la nouvelle de l'assassinat connue.

Dans le même temps, des manifestations ont éclaté à Sidi Bouzid, ville natale de Mohamed Brahmi, où des centaines ont laissé éclaté leur colère contre le chef du parti d'Ennahda Rached Ghannouchi.

Dans la même région, des milliers ont envahi les rues de Menzel Bouzaiene, avant de mettre le feu au siège local du parti Ennahda.

L'"effroi" de François Hollande

Le président François Hollande a condamné "avec la plus grande fermeté" cet assassinat, et "demandé que la lumière soit faite au plus vite sur ce meurtre, comme sur celui (de) Chokri Belaïd."

"Ma première réaction c'est l'effroi pour cet assassinat qui touche un démocrate qui s'engageait pour l'avenir de son pays", a déclaré le président de la République française. "Ceux qui ont commis cet acte odieux veulent atteindre la Tunisie dans son ensemble" et la France dans ces circonstances "doit être aux côtés du peuple tunisien", a-t-il ajouté depuis la Slovénie.

A bout portant

C'est le second assassinat du genre en Tunisie, après celui de l'opposant Chokri Belaïd le 6 février dernier. Le député Mohamed Brahmi, a été assassiné jeudi par balles devant son domicile à Tunis, ont annoncé des médias officiels et les responsables de son parti.

"Allah Akbar (Dieu est grand), Mohamed Brahmi a été tué, son corps a été criblé de balles devant son épouse et ses enfants", a déclaré, en pleurs, à la radio, Mohsen Nabti, membre du bureau politique du Mouvement populaire, une petite formation de gauche.

La télévision Watanya a précisé que Mohamed Brahmi avait été abattu par onze balles tirées à bout portant par des inconnus.

L'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd, tué également par balles le 6 février, avait provoqué une grave crise politique dans le pays. Le crime a été imputé à un gropuscule islamiste radical.

S. A. et C.P. avec AFP