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Tunisie: les raisons de la colère

Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, à Tunis, le 8 février dernier.

Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, à Tunis, le 8 février dernier. - -

Le Premier ministre tunisien a qualifié de "terroriste" le groupe salafiste Ansar Ashariaa, jugé responsable des heurts qui ont fait un mort et une quinzaine de blessés dimanche à Tunis.

Au lendemain de violents affontements dans la banlieue de Tunis, le Premier ministre tunisien a annoncé l'arrestation de 200 islamistes. BFMTV.com fait le point sur les raisons de ces violences.

> Que s'est-il passé dimanche à Tunis?

Des affrontements ont éclaté ce week-end en banlieue de Tunis entre les forces de l'ordre et des militants salafistes, après l'interdiction d'un congrès salafiste. Des centaines de salafistes, qui ont érigé des barricades à l'aide de pneus en feu dans les rues de Kairouan, ont alors jeté des pierres sur les policiers qui ont répondu par des tirs de gaz lacrymogènes. Des blindés de la garde nationale sont arrivés en renfort ainsi que des camions de l'armée tunisienne pour tenter de disperser les militants salafistes.

"Quinze policiers ont été blessés, trois grièvement dont un en réanimation. Trois manifestants ont été blessés et un est mort", a résumé le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mohamed Ali Aroui. L'hôpital Mongi Slim a précisé que le manifestant, Moez Dahmani né en 1986, avait été tué par balle.Dans la soirée des heurts sporadiques avaient encore lieu mais la police semblait contrôler ces quartiers.

Ce lundi, le Premier ministre Ali Larayedh a annoncé l'arrestation de quelque 200 islamistes d'Ansar Ashariaa, dans une déclaration publiée par le quotidien arabe Al-Hayat.

> Qui a déclenché ces affrontements?

Pour le gouvernement, ce sont les militants d'Ansar Ashariaa qui ont déclenché les violents heurts dimanche dans les rues de la banlieue ouest de Tunis. "Ansar Ashariaa est une organisation illégale qui défie et provoque l'autorité de l'État", a précisé le Premier ministre, Ali Larayedh à la télévision publique. Ce groupe "est en relation et est impliqué dans le terrorisme", a ajouté ce haut responsable du parti islamiste Ennahda.

La semaine dernière, son chef en fuite Abou Iyadh, un vétéran d'Al-Qaïda en Afghanistan libéré de prison à la faveur de l'amnistie post-révolutionnaire, a menacé le gouvernement d'une "guerre", accusant Ennahda de mener une politique anti-islam. Le chef du mouvement a également déclaré dans un enregistrement que ses partisans ne pouvaient être "vaincus" malgré la "persécution" dont ils sont victimes, selon un enregistrement diffusé tard dimanche soir, qui semble avoir été enregistré avant les violences.

C'est la première fois qu’Ali Larayedh, bête noire des salafistes, qualifie Ansar Ashariaa de "terroriste". Ce groupe est pourtant considéré depuis longtemps comme proche d'Al-Qaïda, alors que la Tunisie connaît un essor des groupuscules jihadistes depuis la révolution de 2011. Ansar Ashariaa est également accusé par les autorités de l'attaque de l'ambassade américaine à Tunis en septembre 2012.

> Que réclame cette organisation ?

C’est faute d'avoir pu tenir son congrès à Kairouan, à 150 km de Tunis, bouclée par un impressionnant dispositif de sécurité, qu’Ansar Ashariaa a appelé ses partisans à se rassembler Cité Ettadhamen, un bastion salafiste à 15 km à l'ouest de la capitale. Le gouvernement avait interdit le congrès en estimant qu'il représentait une "menace".

> Quelle est la position du gouvernement?

Ennahda a longtemps été accusé de laxisme face aux groupuscules jihadistes. Il a considérablement durci sa position depuis que 16 militaires et gendarmes ont été blessés entre fin avril et début mai par des mines posées par des groupes armés liés à Al-Qaïda à la frontière avec l'Algérie.

Ansar Ashariaa "exerce la violence, s'oppose à l'Etat et se rebelle", a accusé le Premier ministre dans Al-Hayat. En réponse, "nous allons y faire face avec une extrême fermeté, mais dans le cadre de la loi. Nous serons inflexibles", a prévenu Ali Larayedh.

Depuis la révolution, la Tunisie a vu se multiplier les violences salafistes. Le pays est aussi déstabilisé par une profonde crise politique et le développement de conflits sociaux dus à la misère. L'état d'urgence est en vigueur dans le pays depuis la chute de Ben Ali.


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A.D. avec AFP