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Tunisie: 19 artistes devant la justice après avoir été agressés

Le Kef, ville tunisienne, compte de nombreux monuments, dont un théâtre, où se déroulait la représentation samedi soir.

Le Kef, ville tunisienne, compte de nombreux monuments, dont un théâtre, où se déroulait la représentation samedi soir. - -

Samedi, en Tunisie, des heurts ont éclaté entre des salafistes et des comédiens à l'issue d'une pièce de théâtre. Dix-neuf des comédiens ont été arrêtés et seront déférés lundi devant la justice.

Dix-neuf artistes tunisiens, agressés durant un spectacle par des salafistes, seront déférés lundi devant la justice qui les accuse d'atteinte à la pudeur. Un comité de soutien dénonce une nouvelle atteinte à la liberté artistique, quelques semaines après la condamnation d'un rappeur pour le texte d'une chanson.

Les artistes participaient samedi soir à un spectacle dans un petit théâtre de la ville du Kef, à l'ouest du pays, lorsque des salafistes les ont agressés. La police est alors intervenue et a interpellé les acteurs, qui seront déférés lundi matin devant le procureur selon leur avocat, Ghazi Mrabet.

Selon la même source, le ministère public veut engager des poursuites pour "atteinte à la pudeur", un délit passible de six mois de prison ferme. Les militants salafistes ne seraient pour leur part pas inquiétés. La nature exacte des faits reprochés à la troupe sera connue à cette occasion, le ministère de la Justice refusant systématiquement de donner aux médias des informations sur les procédures judiciaires.

La mort de Chokri Belaïd, sujet sensible

Le spectacle, intitulé Guetlouh ("Ils l'ont tué"), rendait hommage à Chokri Belaïd, un farouche opposant anti-islamiste assassiné, selon la police, par la mouvance salafiste en février dernier. "Ce sont les salafistes qui agressent, qui violentent, mais ce sont les artistes qu'on arrête", a dénoncé Leila Toubel, femme de théâtre à l'origine du comité de soutien.

Cette affaire intervient juste après celle du rappeur tunisien Weld El 15, condamné pour une chanson insultant la police à deux ans de prison ferme, une peine réduite à six mois avec sursis en appel. Les militants des droits de l'Homme avaient dénoncé alors une atteinte à la liberté artistique et d'expression. Les artistes tunisiens sont régulièrement la cible d'attaques de la mouvance salafiste.

En juin 2012, des islamistes radicaux avaient attaqué une exposition près de Tunis, déclenchant des troubles dans plusieurs villes qui avaient fait un mort et plus d'une centaine de blessés. Ce même été, cette mouvance s'en était aussi pris à plusieurs spectacles lors de festivals culturels.

Alexandra Gonzalez avec AFP