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Tunisie: une journaliste franco-tunisienne menacée par la justice

Hind Meddeb, journaliste franco-tunisienne, veut se battre pour "toutes les libertés" en Tunisie.

Hind Meddeb, journaliste franco-tunisienne, veut se battre pour "toutes les libertés" en Tunisie. - -

La journaliste franco-tunisienne Hind Meddeb et deux rappeurs tunisiens ont été entendus par la justice de leur pays lundi après des heurts avec la police. La jeune femme se dit inquiète du recul des libertés et a décidé de venir en France.

De lourds chefs d'accusation ont été déposés lundi par le chef de la police tunisienne contre une jeune journaliste franco-tunisienne, Hind Meddeb, et deux autres rappeurs. On leur reproche notamment d'avoir publiquement soutenu un rappeur, Weld El 15, condamné jeudi dernier à deux ans de prison.

Tous trois risquent de six mois à un an de prison. Le juge d'instruction devra examiner leurs dossiers le 7 octobre prochain, et décider ou non d'une mise en examen et d'un éventuel procès.

Inquiète de son sort, la journaliste ne s'est pas présentée à l'audience, contrairement aux rappeurs, et a quitté le pays dimanche pour la France. "Etant donné les vices de procédure et l’absence d’information sur les chefs d’inculpation qui étaient retenus contre moi, vu les dernières décisions de la justice tunisienne, indulgente avec les salafistes, féroce avec les artistes [...], j’ai décidé de ne pas me présenter à l’audience du 17 juin et de continuer à partir de Paris ma lutte pour les libertés [...] pour que nous ne retournions pas à la dictature", a-t-elle écrit sur Facebook.

Le parti Ennahda accusé de limiter la liberté d'expression

Les faits qui lui sont reprochés remontent à jeudi dernier. Weld El 15, rappeur tunisien, était jugé pour avoir traité de "chiens" des policiers, dans une chanson dénonçant les brutalités des forces de l'ordre en Tunisie. Des paroles qui lui ont valu d'être condamné à deux ans de prison ferme pour "outrage à la pudeur" et "outrage à un fonctionnaire".

"J'ai alors exprimé avec d’autres mon indignation", écrit la journaliste sur Facebook. "Nous avons aussitôt été violemment bousculés par les policiers, très nombreux dans la salle d’audience. Ils m’ont saisie par le bras et m’ont poussée violemment vers la sortie. C’est là que j’ai manifesté ma colère en disant: "Maintenant, je comprends mieux le sens de la chanson pour laquelle Weld el 15 vient d’être condamné.""

Les ONG de défense des droits de l'Homme ont vivement dénoncé la sévérité de la sanction infligée à Weld El 15, la qualifiant d'atteinte à la liberté d'expression. Le rappeur, emprisonné dans la banlieue de Tunis, "est dans un sale état, il a le moral à zéro", a indiqué Me Mrabet qui a fait appel de la condamnation et attend que la date du procès soit fixée.

Le parti islamiste Ennahda au pouvoir est régulièrement accusé par ses détracteurs de vouloir instrumentaliser la justice et limiter la liberté d'expression acquise après la révolution de janvier 2011.

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Alexandra Gonzalez