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Purges monstres, manifestations, soupçons de torture: la Turquie sous tension

Alors que des milliers de Turcs ont manifesté dimanche pour rappeler leur attachement à la démocratie, Amnesty International affirme que des actes de torture ont été commis après la tentative de putsch manquée, qui a provoqué des purges massives.

La Turquie sous tension. Des milliers de Turcs se sont réunis dimanche place Taksim, dans le centre d'Istanbul, pour dire leur attachement à la démocratie, mais aussi leur opposition à l'état d'urgence décrété par le président Erdogan après le putsch manqué.

C'est le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple - social-démocrate et laïc - qui avait appelé à ce rassemblement. S'y était rallié le parti islamo-conservateur du chef de l'Etat, dont les partisans descendent par dizaines de milliers dans les rues chaque soir. 

"Non au coup d'état, oui à la démocratie"

Mais dans la mer de drapeaux rouges turcs dominaient les portraits de Mustapha Kemal, Atatürk, le père de la République et la figure tutélaire des militants du CHP. "Nous défendons la république et la démocratie", "La souveraineté appartient au peuple sans conditions", "Non au coup d'état, oui à la démocratie", proclamaient des pancartes.

Au-delà du rejet des putschistes, de nombreuses personnes semblaient déterminées à exprimer leur inquiétude après l'instauration de l'état d'urgence ainsi que leur opposition au président: "Ni le coup, ni le diktat, le pouvoir au peuple !", "La Turquie est laïque et le restera !", "Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal". 

L'immense esplanade de Taksim est traditionnellement le théâtre des grandes luttes pour la démocratie. Elle a été le siège en 2013 de violentes manifestations qui avaient ébranlé le pouvoir.

Des purges massives

Ce rassemblement est intervenu huit jours après la tentative de coup d'Etat qui a fait au moins 290 morts et déclenché des purges massives dans l'armée, la justice, l'enseignement et les médias par un pouvoir turc totalement pris par surprise.

"Les Turcs ont échappé à une dictature militaire mais on a vu des purges avec des chiffres monstrueux qui dépassent 60.000 fonctionnaires, a analysé sur BFMTV Emre Emir, rédacteur en chef de Zaman France. On assiste à une punition collective."

Le président a annoncé avoir fermé un millier d'écoles, plus d'une centaine de résidences étudiantes, 15 universités, 104 fondations, 35 centres hospitaliers, près de 1.200 organisations caritatives et 19 syndicats. Le journaliste dénonce même un fichage de la population qui n'a aucun lien avec la tentative de coup d'Etat.

Dernières mesures en date, la Turquie, où l'état d'urgence a été instauré jeudi pour la première fois en quinze ans, a porté de quatre à 30 jours la durée des gardes à vue. Plus de 13.000 personnes ont été placées en garde à vue et 5.800 sont toujours en détention.

Des viols et l'usage de la torture

Par ailleurs, Amnesty International a ajouté de nouvelles préoccupations quant à la brutalité de la purge, en indiquant disposer de "preuves crédibles" attestant de tortures. Selon l'ONG, "la police turque à Ankara et Istanbul maintenait des détenus dans des positions douloureuses pendant des périodes pouvant aller jusqu'à 48 heures". L'organisation a également évoqué des privations de nourriture et d'eau, des injures, menaces et, "dans les cas les plus graves", des coups, des viols et l'usage de la torture.

Mais dans une tribune, le Premier ministre - qui avait pourtant annoncé "suspendre la Convention européenne des droits de l'Homme" - a assuré que "la Turquie veille sur la démocratie dans tout le pays". "Cette veille continuera tant que les éléments antidémocratiques n'auront pas été purgés."

C.H.A. avec AFP