BFMTV

Le Nigeria adopte une loi condamnant l'homosexualité

Le président nigérian Goodluck Jonathan -ici en septembre 2013 à l'ONU- a promulgué une loi restreignant fortement les droits des homosexuels, ce lundi.

Le président nigérian Goodluck Jonathan -ici en septembre 2013 à l'ONU- a promulgué une loi restreignant fortement les droits des homosexuels, ce lundi. - -

Le président nigérian Goodluck Jonathan a promulgué, lundi, une loi punissant sévèrement l'homosexualité dans son pays, s'attirant les foudres de plusieurs pays occidentaux.

L'homosexualité est désormais sévèrement punie par la loi au Nigeria. Le président nigérian Goodluck Jonathan a provoqué, lundi, de nombreuses critiques sur la scène internationale en promulguant une loi très controversée mais largement soutenue au Nigeria qui restreint fortement les droits des homosexuels.

Adoptée à l'unanimité par les parlementaires nigérians en mai dernier, la loi prévoit une peine de 14 ans de prison en cas de mariage homosexuel et 10 ans d'emprisonnement contre les personnes de même sexe affichant publiquement leur relation.

"Jour tragique"

"Je peux confirmer que le président a promulgué cette loi", a déclaré son porte-parole, Reuben Abati, ajoutant que la promulgation a eu lieu plus tôt ce mois-ci. La loi a été approuvée par le président parce qu'elle "correspond aux croyances culturelles et religieuses" des Nigérians dont "plus de 90% (...) sont opposés au mariage entre personnes de même sexe", a fait valoir Reuben Abati.

Cette loi "restreint dangereusement la liberté d'association, de rassemblement et d'expression des Nigérians", a déploré le secrétaire d'Etat américain John Kerry dans un communiqué. Elle "contredit les engagements légaux du Nigeria au niveau international et mine les réformes démocratiques et les protections en matière de droits de l'Homme inscrites dans sa constitution de 1999", a-t-il ajouté.

"C'est un jour tragique pour les droits de l'Homme au Nigeria", a estimé de son côté le militant gay britannique Peter Tatchell. Pour Jasmine O'Connor, de l'association britannique de défense des droits des homosexuels Stonewall, "cette loi est un coup porté aux lesbiennes, aux gays et aux bisexuels du Nigeria et montre jusqu'où le gouvernement nigérian est prêt à aller en termes de violation des droits de l'Homme".

"Une des sociétés les moins tolérantes au monde"

En décembre, l'ONG Amnesty International avait considéré que si cette loi était adoptée, elle ferait "de la société nigériane une des sociétés les moins tolérantes au monde". Selon cette loi, "les personnes de même sexe qui se lient par un mariage ou un contrat d'union civile commettent un délit et peuvent être conjointement condamnées à une peine de 14 ans de prison chacune".

Le texte prévoit également que "toute personne qui fait fonctionner ou participe à des clubs gays, des sociétés ou des organisations pour homosexuels, ou -directement ou indirectement- affiche publiquement sa relation amoureuse avec une personne de même sexe, commet un crime et encourt une peine de 10 années d'emprisonnement".

En Afrique, une législation sévère sur l'homosexualité

Bon nombre de pays africains disposent de législations interdisant ou réprimant l'homosexualité, à l'exception de l'Afrique du Sud, le seul pays africain à reconnaître les unions entre personnes de même sexe.

En Ouganda, où l'homophobie est très répandue et où la législation réprimait déjà fortement l'homosexualité, le parlement a adopté en décembre un texte qui criminalise la promotion publique de l'homosexualité, y compris les discussions de groupes militants, et prévoit la prison à perpétuité pour les récidivistes. Le texte ougandais, qui doit encore être ratifié par le président Yoweri Museveni, prévoyait la peine de mort dans sa première version.

Au Cameroun voisin, l'homosexualité est considérée comme un délit pénal et les homosexuels risquent jusqu'à 5 ans de prison ferme. Les relations homosexuelles sont déjà sévèrement réprimées au Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, dont la société est très religieuse. Les quelque 170 millions d'habitants se partagent entre chrétiens et musulmans, et une part importante de la population continue aussi à suivre les cultes traditionnels.

A.S. avec AFP