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Ouganda: l'UE "regrette" l'adoption d'une loi anti-homosexualité

Des membres de la communauté homosexuelle ougandaise transportent une image de l'activiste gay David Kato, durant ses funérailles près de Mataba, en 2011.

Des membres de la communauté homosexuelle ougandaise transportent une image de l'activiste gay David Kato, durant ses funérailles près de Mataba, en 2011. - -

Le Parlement ougandais a adopté vendredi un projet de loi durcissant la répression de l'homosexualité et prévoyant la prison à perpétuité pour les récidivistes.

"C'est une victoire pour l'Ouganda. Je suis heureux que le Parlement ait voté contre le mal". Le député David Bahati se réjouit de la nouvelle législation en vigueur dans son pays. Bien que le projet ait été largement critiqué dans les démocraties occidentales et par les défenseurs des droits de l'homme, le parlement ougandais a adopté un projet de loi qui durcit la répression de l'homosexualité.

Le texte a été voté à une majorité écrasante dans un pays profondément marqué par le christianisme. "Parce que nous sommes une nation qui craint Dieu, nous accordons une valeur holistique à la vie. C'est en raison de ces valeurs que les parlementaires ont adopté le projet de loi, quelle que soit l'opinion du monde extérieur", a déclaré David Bahati.

Il a ajouté qu'une clause extrêmement controversée sur la peine de mort avait été supprimée de la version finale. Le projet qui remonte à 2009 avait été mis entre parenthèses après une levée internationale de boucliers. Le président américain Barack Obama l'avait qualifié d'"odieux".

Le texte prévoyait à l'origine d'introduire la peine de mort pour quiconque serait surpris pour une seconde fois au cours d'un acte homosexuel, de même que pour des rapports dont un des partenaires serait mineur ou porteur du virus VIH du sida.

L'homosexualité est déjà interdite en Ouganda mais la nouvelle loi durcit les peines et criminalise la promotion publique de l'homosexualité, y compris les discussions de groupes militants.

"Des conséquences catastrophiques sur la communauté LBGTI"

"Je regrette l'adoption de la loi anti-homosexualité en Ouganda", a réagi dans un communiqué la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton. "J'exhorte les autorités ougandaises de s'assurer du respect du principe de la non-discrimination, garanti par la constitution ougandaise, et de préserver un climat de tolérance pour toutes les minorités" dans le pays, ajoute la représentante de la diplomatie de l'UE.

"Cette loi discriminatoire, qui non seulement criminalise les mariages de personnes de même sexe, mais rend illégal le fait d'exposer publiquement sa préférence, et interdit à la communauté lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et intersexuelle (dont la sexualité est physiologiquement non déterminée, ndlr)doit être rejetée par le président", a déclaré Aster van Kregten, directeur adjoint d'Amnesty international pour l'Afrique. "Si le président signe la loi, cela fera de la société nigériane une des sociétés les moins tolérantes dans le monde, et cela aura des conséquences catastrophiques sur la communauté LBGTI et les organisations de droits de l'homme", a-t-il ajouté.

Leslie Lefkow de Human Rights Watch a appelé le président Museveni "à ne pas signer la loi anti-homosexuelle abjecte qui vient d'être adoptée".

Viols collectifs de lesbiennes

L'homophobie est très répandue dans ce pays où le christianisme protestant de style américain fait de nouveaux adeptes. Les hommes et femmes homosexuels y sont fréquemment soumis à des menaces ou subissent des violences.

Des militants des droits de l'homme y ont rapporté des cas de viols collectifs de lesbiennes. En 2011, un militant des droits des homosexuels, David Kato, avait été poignardé à mort à son domicile après la publication dans un journal de noms, photos et adresses d'homosexuels vivant en Ouganda sous le titre: "Pendez-les".

Le texte a été voté au lendemain d'une autre législation anti-pornographie qui interdit tout ce laisserait voir des zones érogènes "comme les seins, les cuisses, les fesses".

Les spectacles d'artistes dénudés seront de ce fait interdits à la télévision ougandaise et ce que les internautes regardent sur l'internet sera soumis à surveillance. L'an dernier, le président Museveni avait provoqué un scandale en déclarant à des collégiennes de "porter un cadenas sur ses parties intimes" jusqu'au mariage.

E.B. avec AFP