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Kenya: ce qu'il faut savoir sur le massacre de l'université de Garissa

Un soldat kényan évacue une étudiante, le 2 avril, pendant l'attaque de l'université de Garissa.

Un soldat kényan évacue une étudiante, le 2 avril, pendant l'attaque de l'université de Garissa. - Carl de Souza - AFP

L'université kényane de Garissa a été la cible, le 2 avril, d'une attaque de grande ampleur revendiquée par les islamistes somaliens shebab, affiliés à Al-Qaïda, et au cours de laquelle 148 personnes ont trouvé la mort. Qui sont les victimes? Qui sont les shebab, et pourquoi s'en prennent-ils au Kenya? BFMTV.com fait le point.

Cinq jours après la terrible attaque de l'université de Garissa, qui a fait 148 morts, le Kenya reste meurtri. En deuil national depuis samedi soir, le pays a promis une réponse sévère à cet attentat commis par les islamistes somaliens shebab, le pire qu'ait connu le Kenya depuis l'attaque de l'ambassade américaine de Nairobi, en 1998. Alors que ces derniers ont d'ores et déjà menacé de nouvelles attaques, BFMTV.com revient sur les cinq choses à savoir sur l'attentat de Garissa.

> Comment l'attaque s'est-elle déroulée?

Il était 5h30 du matin, jeudi, lorsqu'un commando d'hommes armés est arrivé aux abords de l'université de Garissa, ville située dans l'Est du Kenya, à 150 kilomètres de la frontière somalienne. Après avoir abattu deux gardes à l'entrée, les hommes ont ouvert le feu au hasard à l'intérieur du campus, avant d'entrer dans la résidence universitaire, où plusieurs centaines d'étudiants ont été surpris dans leur sommeil.

"Les coups de feu m'ont réveillé vers 5 heures du matin, je me suis tout de suite enfui, je n'ai même pas eu le temps de mettre mes vêtements, ni de prendre mon téléphone", a ainsi raconté un étudiant. D'autres n'ont pas eu le temps de fuir et sont tombés sous les premières rafales de balles tirées par les assaillants.

A l'intérieur de l'université, les quatre hommes armés, qui portaient des ceintures d'explosifs, ont entrepris de séparer les étudiants en fonction de leur religion, les identifiant selon leurs vêtements. Les jeunes musulmans ont ainsi été laissés libres de repartir, tandis que les autres ont été gardés en otages, et exécutés sommairement. L'attaque s'est terminée seize heures plus tard, par la mort des assaillants et de plusieurs membres des forces de sécurité, dans des échanges nourris de tirs et des explosions.

Un soldat kényan aux abords de l'université de Garissa pendant l'attaque, le 2 avril.
Un soldat kényan aux abords de l'université de Garissa pendant l'attaque, le 2 avril. © Carl de Souza - AFP

> Qui sont les victimes?

Au total, 142 étudiants ont trouvé la mort, ainsi que trois policiers et trois militaires, et 104 personnes ont été blessées. Les quatre assaillants ont également péri. Mais le bilan pourrait s'alourdir, de nombreuses familles restant sans nouvelles de leurs enfants, étudiants à Garissa, depuis le jour de l'attaque. Plusieurs centaines d'entre eux errent ainsi dans la ville, alors que le nom de leur enfant n'apparaît pas sur les listes de rescapés et que le corps reste introuvable à la morgue. 

Au lendemain de l'attaque, des survivants ont raconté comment les shebab se sont amusés avec leurs otages, les faisant ramper dans des mares de sang ou téléphoner à leurs parents pour leur demander de réclamer le retrait des troupes kényanes de Somalie, avant de les tuer. Des étudiants se sont barbouillés du sang de leurs amis exécutés afin de passer pour morts, alors que les islamistes cherchaient, pièce après pièce, des personnes à abattre. D'autres ont survécu en se cachant pendant des heures dans des placards, ou dans les plafonds. 

Une victime de l'attaque de l'université de Garissa, photographiée le 4 avril.
Une victime de l'attaque de l'université de Garissa, photographiée le 4 avril. © Carl de Souza - AFP

> Qui sont les auteurs de ce massacre?

Alors qu'elle était encore en cours, l'attaque a été revendiquée par les islamistes somaliens shebab, qui multiplient les actions au Kenya voisin depuis plusieurs années. Le groupe shebab, qui compterait 5.000 à 9.000 combattants, est à la tête de l'insurrection armée en Somalie, et a proclamé son allégeance à Al-Qaïda en 2010. Si les quatre auteurs de l'assaut contre l'université ont été tués à la fin de l'attaque, six suspects, qui pourraient être des complices, ont d'ores et déjà été arrêtés dans le cadre de l'enquête.

Parmi eux figurent cinq Kényans, et notamment Osman Ali Dagane, un vigile de l'université de Garissa, d'ethnie somali, soupçonné d'avoir aidé les assaillants à entrer sur le campus. L'un des autres suspects, Rashid Charles Meberesero, d'origine tanzanienne, a également été arrêté à l'intérieur de l'université. Il était caché dans le plafond d'un des bâtiments, en possession de grenades.

Le cerveau de l'attaque, lui, court toujours. Les autorités kényanes soupçonnent fortement Mohamed Mohamud, un ex-enseignant qui s'est radicalisé, d'être le donneur d'ordre du massacre. Une récompense de 200.000 euros a été promise par la police contre toute information susceptible de mener à son arrestation. 

> Pourquoi le Kenya est-il visé?

Depuis que l'armée kényane est entrée en Somalie pour combattre les shebab, en octobre 2011, les islamistes somaliens ont multiplié les attentats au Kenya, jusque dans la capitale Nairobi mais aussi sur la côte touristique du pays, notamment à Mombasa, principal port d'Afrique de l'Est. "Les tueurs ordonnaient aux gens d'appeler chez eux pour dire: nous mourons parce que Uhuru (Uhuru Kenyatta, le président kényan, NDLR) persiste à rester en Somalie", a ainsi raconté un survivant de l'attaque de Garissa.

Les shebab ont, entre autres, revendiqué une série de raids nocturnes sur des villages de la côte en juin-juillet 2014, au cours desquels au moins 96 personnes ont été froidement exécutées. Ils sont aussi à l'origine du spectaculaire assaut mené en septembre 2013 contre le centre commercial Westgate de Nairobi, qui a fait 67 morts. Mais le bilan de l'attaque de Garissa est d'ores et déjà le plus lourd depuis l'attentat au camion piégé perpétré contre l'ambassade américaine à Nairobi en 1998 (213 morts) par la nébuleuse al-Qaïda, à laquelle sont affiliés les shebab.

Des rumeurs d'attaques contre l'université de Garissa avaient circulé dans la semaine précédant l'attaque, selon des étudiants. Des avertissements (comme le document ci-dessous) avaient notamment été placardés à travers le campus, mettant en garde contre le risque d'une attaque imminente. Croyant à un poisson d'avril, beaucoup d'étudiants n'avaient pas pris ces rumeurs au sérieux.

Adrienne Sigel, avec AFP