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Nouvelle journée sanglante en Egypte, au moins 75 morts

Les violences ont fait au moins 75 morts en Egypte, vendredi.

Les violences ont fait au moins 75 morts en Egypte, vendredi. - -

Au moins 75 personnes, selon un bilan provisoire et non officiel, ont trouvé la mort, vendredi, en Egypte, dans de nouveaux affrontements entre l'armée et les manifestants pro-Morsi.

Un "vendredi de la colère" marqué par le chaos et les violences meurtrières, en Egypte. Les violences entre partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi, mobilisés par milliers, et forces de l'ordre autorisées à tirer ont fait au moins 75 morts vendredi à travers le pays, avec des quartiers entiers transformés en champs de bataille. Un appel des islamistes à manifester samedi fait craindre une nouvelle escalade.

Les islamistes appellent à des manifestations quotidiennes

Une heure après l'entrée en vigueur du couvre-feu nocturne, la coalition islamiste pro-Morsi a appelé ses partisans à mettre fin aux manifestations vers 18 heures GMT, mais des images diffusées en direct par des télévisions privées montraient encore des heurts et des incendies dans la soirée.

La coalition a toutefois appelé à des manifestations quotidiennes durant une semaine à compter de samedi pour dénoncer le "massacre" de mercredi, journée la plus sanglante depuis la chute du régime Moubarak en février 2011 avec 578 morts et plus de 3.000 blessés, en majorité des islamistes tués dans la dispersion par l'armée et la police de leurs camps au Caire.

Le pouvoir en lutte contre un "complot terroriste"

Le pouvoir mis en place par l'armée après la destitution de Mohamed Morsi le 3 juillet affirme désormais se battre contre un "complot terroriste malveillant des Frères musulmans", la confrérie du président déchu, et a autorisé ses hommes à ouvrir le feu sur les manifestants.

Face à cette escalade, qui fait craindre que le pays -sous état d'urgence et où un couvre-feu nocturne est imposé dans 14 des 27 provinces- ne bascule dans le chaos, des pays européens ont dit envisager de réexaminer leurs relations avec Le Caire.

Tirs d'arme automatique, au moins 75 morts

Dans la capitale verrouillée par l'armée déployée en masse et quadrillée par des "comités populaires" pro-pouvoir, des tirs d'armes automatiques ont été entendus dans l'après-midi dans différents quartiers, notamment autour de la place Ramsès où étaient massés des milliers de pro-Morsi.

Dans deux morgues improvisées dans des mosquées attenantes, un correspondant de l'AFP et des témoins ont compté au moins 39 corps. En outre, des sources médicales et de sécurité ont affirmé que 31 personnes avaient été tuées dans différentes provinces, sans évoquer de bilan pour Le Caire.

Et dans la soirée, à Suez, cinq personnes ont été tuées par les forces de l'ordre et des dizaines blessées lors d'une manifestation bravant le couvre-feu, selon des sources de sécurité. Le parti de la Liberté et de la Justice, le bras politique des Frères musulmans, a pour sa part fait état de 130 morts dans la capitale seule.

Des tirs ont également été entendus dans d'autres grandes villes du pays où les pro-Morsi manifestaient comme à Alexandrie (nord), Beni Soueif et Fayoum au sud du Caire, et dans la ville touristique de Hurghada sur la mer Rouge.

L'Occident appelle à la retenue

Alors que de nombreux pays occidentaux ont condamné le bain de sang de mercredi et la poursuite des violences, les 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont appelé jeudi soir à un "maximum de retenue" en Egypte.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a invité les Etats membres de l'Union européenne à prendre "des mesures appropriées", alors qu'une réunion des représentants des 28 États membres est prévue lundi à Bruxelles.

Les Etats-Unis ont de leur côté annulé des exercices militaires communs et incité leurs ressortissants à quitter l'Egypte, sans aller jusqu'à interrompre l'aide annuelle (1,5 milliard de dollars) versée en grande partie à la toute-puissante armée de leur allié.

La Turquie a rappelé pour consultations son ambassadeur en Egypte. Le Caire a aussitôt rappelé son représentant à Ankara et annulé des manoeuvres navales prévues avec la Turquie pour protester contre son "ingérence".

A.S. avec AFP