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Egypte: pourquoi les Frères musulmans ont échoué

Un graffti anti Morsi, dessiné sur le palais présidentiel, le 2 juillet.

Un graffti anti Morsi, dessiné sur le palais présidentiel, le 2 juillet. - -

Après seulement un an aux commandes du pays, les Frères musulmans ont été écartés du pouvoir. Selon les analystes, ils doivent s'en prendre largement à eux-mêmes pour cet échec.

Les Frères musulmans ont attendu 80 ans pour arriver à la tête de l'Egypte mais ils doivent s'en prendre largement à eux-mêmes pour l'échec, au bout de 12 mois, de leur première expérience du pouvoir, estiment des analystes. Economie, société, politique: tour d'horizon des domaines dans lesquels ils ont échoué.

> L'impossible redressement de l'économie

L'échec des Frères musulmans à redresser la situation socio-économique explique, pour beaucoup, la colère des Egyptiens. Ainsi, lors des grandes manifestations qui ont mené à la destitution de Mohamed Morsi, se trouvaient beaucoup de gens de la classe populaire, et des femmes "non pas en réaction face à l'islamisation, mais plus parce que ce sont elles qui sont le plus confrontées aux difficultés de la vie courante quand elles vont faire les courses et à la dégradation de la situation socio-économique, à l'inflation, etc." analysait le 2 juillet dernier pour BFMTV.com Sophie Pommier, spécialiste de l'Egypte et directrice de la société Méroé.

La situation économique et sociale est catastrophique. "L'Egypte est au bord de l'asphyxie et sous perfusion d'aide internationale. Les prix flambent et les Égyptiens se serrent la ceinture. L’an dernier, les prix ont augmenté de 4,5% en moyenne alors que les revenus des ménages égyptiens baissaient de 11%", analysent Benaouda Abdeddaïm et Laurent Mimouni de BFMBusiness.

"Et si Mohamed Morsi est tenu pour responsable, c'est qu'à aucun moment, son gouvernement n'est parvenu à prouver sa capacité à fixer un cap, quel qu'il soit. Il insiste sur les méfaits des tenants de l'ancien régime, ses legs catastrophiques."

> La dérive autoritaire

Après avoir prêté serment le 30 juin 2012, Mohamed Morsi a cherché à s'imposer davantage sur la scène politique en s'accordant des larges prérogatives en novembre.

Mohamed ElBaradei, figure de l'opposition, l'a alors accusé d'abuser du pouvoir en le qualifiant de "nouveau pharaon". Les premières manifestations de masse contre le président islamiste se sont organisées par la suite.

Il aggrave aussi son cas en poussant les feux pour faire rédiger une Constitution par une commission dominée par les islamistes, dont les travaux ont été boycottés par les libéraux et les chrétiens coptes.

Sur le plan politique, il a aussi été beaucoup reproché à Mohamed Morsi son manque de charisme et de leadership.

> L'isolement politique

Pour l'analyste Nathan Brown, "Morsi et les Frères musulmans ont commis toutes les fautes possibles et imaginables (...) comme se ruer sur le pouvoir et ne pas être capables de bâtir des coalitions avec d'autres". "Ils se sont aliénés de possibles alliés, ont ignoré le mécontentement grandissant et se sont concentrés sur la consolidation de leur pouvoir", poursuit l'analyste.

Le groupe de renseignement américain Stratfor souligne que l'armée a aussi joué un rôle dans la chute du président islamiste.

"Morsi n'a jamais réellement pris le contrôle de l'appareil de gouvernement, en partie parce qu'il était politiquement faible, en partie parce que les Frères musulmans n'étaient pas prêts à exercer le pouvoir et en partie parce que l'armée ne l'a pas laissé faire", écrit le groupe sur son site Internet.

"Les militaires n'ont pas voulu de chaos (...) Ils n'avaient aucune confiance dans les Frères musulmans et ils étaient heureux de les forcer à quitter le pouvoir", ajoute Stratfor.

Magali Rangin avec AFP