BFMTV

Agressions sexuelles en Egypte: phénomène de société ou instrument politique?

Des femmes participant à la manifestation qui a conduit à la destitution de Mohamed Morsi, le 3 juillet 2013.

Des femmes participant à la manifestation qui a conduit à la destitution de Mohamed Morsi, le 3 juillet 2013. - -

Alors que le peuple est de nouveau dans la rue, les agressions sexuelles sur des femmes se multiplient, notamment place Tahrir. En Egypte, le harcèlement sexuel est un véritable phénomène de société et peut être interprété comme un instrument politique. Explications.

"Le harcèlement sexuel, c'est un cancer égyptien", affirmait lundi sur BFMTV, Shahinaz Abdel Salam, blogueuse et militante égyptienne. Agressions, gestes déplacés, remarques obscènes sont le lot quotidien des femmes en Egypte. Avec le nouveau soulèvement du peuple depuis le 30 juin, qui a conduit mercredi à la destitution de Mohamed Morsi, les femmes sont plus que jamais victimes d'agressions sexuelles. Aux premiers jours des manifestations 46 agressions sexuelles ont été rapportées. Puis 25 les jours suivants, et enfin 80 le 3 juillet.

HarassMap dresse une carte des agressions dans tout le pays. L'association se penche sur le phénomène depuis 2005 et relève qu’il s’agit d’un problème profond, qui touche toutes les femmes égyptiennes.

Attaques coordonnées et commanditées

Depuis la révolution de 2011, chaque grand rassemblement populaire est l’occasion d’agressions en bande, toujours selon le même mode opératoire. Des hommes, très nombreux, isolent une victime et se massent en plusieurs cercles autour d’elle. Puis ils la déshabillent. Des dizaines de mains se pressent alors sur elle, des doigts la pénètrent. Aalam Wassef, éditeur et plasticien, membre du collectif OPantiSH (Operation Anti Sexual Harassment) rapporte qu’en janvier 2012, à l'occasion du premier anniversaire de la révolution, "des femmes ont été violentées avec des armes, que les agresseurs ont introduites dans leur vagin".

Ces viols collectifs ont été enregistrés, pour la première fois en 2005. Si le phénomène de la "drague obscène dans la rue, qui s’accompagne d’attouchements" existe en Egypte depuis assez longtemps, ces viols collectifs relèvent, eux, de "l’instrument politique" et visent à "teinter d’humiliation un mouvement politique", relève Aalam Wassef.

On parvient même à distinguer, selon le mode opératoire, s’il s’agit d’une attaque coordonnée, commanditée, ou de harcèlement sexuel populaire. Dans le premier cas, les attaques sont simultanées, très intensives, et peuvent commencer "par exemple à 9 heures, pour se terminer tout d’un coup à 23h30". "Dans le cas des attaques spontanées, ajoute-t-il, il est plus facile d’intervenir, car les agresseurs sont moins déterminés."

Selon Aalam Wassef, ces agressions sont pilotées par les Frères musulmans. Elles étaient commanditées par les militaires et la police sous le régime de Moubarak. "Il faut voir à qui elles profitent", précise-t-il. Ces agressions servent à jeter le discrédit sur les manifestants.

Depuis la révolution de 2011, chaque grand rassemblement populaire est l’occasion d’agressions en bandes, toujours selon le même mode opératoire. Des hommes, très nombreux isolent une victime et se massent en plusieurs cercles autour d’elle. Puis il la déshabillent. Des dizaines de mains se pressent sur elle, des doigts la pénètrent. Aalam Wassef, éditeur et plasticien, membre du collectif OPantiSH (Operation Anti Sexual Harassment) rapporte qu’en janvier 2012, des femmes ont été violentées avec des armes, que les agresseurs ont introduites dans leur vagin.

http://interactions.eldis.org/profile/operation-anti-sexual-harassment-opantish

Ces viols collectifs ont été enregistrés pour la première fois en 2005. Si le phénomène de la “drague obscène dans la rue, qui s’accompagne d’attouchements” existe en Egypte depuis assez longtemps ces actes-là relèvent de “l’instrument politique” pour “teinter d’humiliation un mouvement politique”, relève Aalam Wassef. On arrive même à distinguer, selon le mode opératoire, s’il s’agit d’une attaque coordonnée, commanditée, ou de harcèlement sexuel populaire. Dans le premier cas, les attaques sont simultanées, très intensives, et peuvent commencer par exemple à 9 heures, pour se terminer “tout d’un coup” à 23h30. Dans le cas des attaques spontanées, il est plus facile d’intervenir, car les agresseurs sont moins déterminés.

 Selon Aalam Wassef, ces agressions sont pilotées tantôt par les Frères musulmans, tantôt par les militaires et la police sous le régime de Moubarak. Il faut voir à qui elles profitent. Ces agressions servent à jeter le discrédit sur les manifestants.

Depuis la révolution de 2011, chaque grand rassemblement populaire est l’occasion d’agressions en bandes, toujours selon le même mode opératoire. Des hommes, très nombreux isolent une victime et se massent en plusieurs cercles autour d’elle. Puis il la déshabillent. Des dizaines de mains se pressent sur elle, des doigts la pénètrent. Aalam Wassef, éditeur et plasticien, membre du collectif OPantiSH (Operation Anti Sexual Harassment) rapporte qu’en janvier 2012, des femmes ont été violentées avec des armes, que les agresseurs ont introduites dans leur vagin.

http://interactions.eldis.org/profile/operation-anti-sexual-harassment-opantish

Ces viols collectifs ont été enregistrés pour la première fois en 2005. Si le phénomène de la “drague obscène dans la rue, qui s’accompagne d’attouchements” existe en Egypte depuis assez longtemps ces actes-là relèvent de “l’instrument politique” pour “teinter d’humiliation un mouvement politique”, relève Aalam Wassef. On arrive même à distinguer, selon le mode opératoire, s’il s’agit d’une attaque coordonnée, commanditée, ou de harcèlement sexuel populaire. Dans le premier cas, les attaques sont simultanées, très intensives, et peuvent commencer par exemple à 9 heures, pour se terminer “tout d’un coup” à 23h30. Dans le cas des attaques spontanées, il est plus facile d’intervenir, car les agresseurs sont moins déterminés.

Selon Aalam Wassef, ces agressions sont pilotées tantôt par les Frères musulmans, tantôt par les militaires et la police sous le régime de Moubarak. Il faut voir à qui elles profitent. Ces agressions servent à jeter le discrédit sur les manifestants.

"L'impunité qui encourage les violences sexuelles"

"Le caractère systématique et organisé, laisse penser que c'est instrumentalisé par certains groupes", confirme Stéphanie David, qui dirige au Caire le bureau Maghreb et Moyen Orient de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH). Ajoutant qu’il peut s’agir de partisans de l’ancien régime qui veulent montrer à quel point le peuple a besoin d’eux pour assurer la sécurité. Ou d’islamistes qui veulent renvoyer les femmes dans leur foyer. Elle confirme que la "violence à l’égard des femmes dans la sphère publique prend de l’ampleur depuis la révolution, qui a marqué une libération de la parole et des actes".

Amnesty International relevait ainsi en février 2013, que c'est "l'impunité qui encourage les violences sexuelles". Pour Amnesty, "l'absence de sanction envers les auteurs d'actes de harcèlement et d'agressions sexuelles en Égypte a encouragé des attaques violentes contre les femmes ces derniers mois, dans le secteur de la place Tahrir".

Ce que confirme Stéphanie David, qui évoque la difficulté de déposer plainte pour une victime. "Lorsque les femmes se présentent dans un commissariat, elles sont confrontées à des hommes uniquement, qui leur demandent des preuves. Mais aussi l’identité de l’agresseur, ce que bien sûr elles ignorent". Une brigade dédiée à ces agressions et constituée de femmes est cependant en train d’être constituée. Par ailleurs, en Egypte, les agressions comme celle que l'on observe place Tahrir "n'entrent pas dans la qualification pénale de viol", souligne Stéphanie David.

Enfin, "les autorités refusent de prendre des mesures pour y remédier et refusent de le qualifier de phénomène."

Frustration sexuelle

La frustration sexuelle justifie aussi ce climat. L’Egypte est un pays où "il n’y a pas eu de libération sexuelle, où il y a une oppression des jeunes hommes et des jeunes femmes sur la question de l’amour et des relations sexuelles, analyse Aalam Wassef. Il faut être marié pour avoir des relations sexuelles, pour se marier il faut réunir les conditions économiques qui le permettent. Dans un pays où le chômage est galopant. Les gens se marient à l’âge de 30 ans."

Pour Stéphanie David, cette frustration sexuelle est également entretenue par le fait que les femmes en Egypte sont excisées. "Il y a chez les jeunes gens et particulièrement chez les hommes un début de prise de conscience que le manque d’engagement sexuel chez les femmes est lié à l’excision", témoigne Stéphanie David.

Mais malgré son interdiction en 2008, on observe en effet un regain de l'excision, certains médecins continuant de la pratiquer. Les études les plus récentes, qui remontent à 2008, font état de 96% de femmes excisées.

Magali Rangin