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Avant-après: la folie destructrice de Boko Haram au Nigeria sur photos satellite

A gauche, une photo prise le 2 janvier, avant l'attaque. A droite, une photo prise le 7 janvier, après l'attaque. En rouge, la végétation.

A gauche, une photo prise le 2 janvier, avant l'attaque. A droite, une photo prise le 7 janvier, après l'attaque. En rouge, la végétation. - Digital Globe ; montage BFMTV

La secte islamiste mène depuis le 3 janvier une vague d'offensives meurtrières dans le nord-est du pays, qui a entraîné la mort d'au moins 2.000 personnes et la destruction de plusieurs villages. Parce qu'il est extrêmement dangereux de s'y rendre, Amnesty International a trouvé le seul moyen de se faire une idée précise des dégâts: la photo satellite. Le résultat est effrayant.

Cela fait déjà six ans que la secte islamiste Boko Haram mène ses offensives meurtrières au Nigeria, une insurrection qui a fait au moins 13.000 victimes parmi la population civile. Elle est notamment responsable de l'enlèvement très médiatisé près de 300 lycéennes dont on n'a jamais retrouvé la trace, en avril 2014, et de l'assassinat d'une femme en plein accouchement. Pourtant, les récentes attaques qui se sont déroulées à l'extrême nord-est du pays comptent parmi les plus violentes et destructrices que la secte islamiste ait jamais perpétrées. Cette folie meurtrière, qui a commencé le 3 janvier, a mené à la destruction de quinze villes et villages, à la mort de 2.000 personnes et au déplacement de 20.000 autres.

Il est difficile de se faire une idée précise de l'ampleur du désastre, la région est devenue si dangereuse que peu de journalistes ou d'humanitaires s'y risquent. Ainsi, très peu de témoignages, et encore moins d'images nous parviennent. Pourtant, Amnesty International a trouvé un moyen de rendre compte en images de l'ampleur des destructions.

Un constat effrayant

A l'image de l'Unosat, l'agence de l'ONU chargée d'étudier les conséquences des conflits ou des catastrophes naturelles en comparant des photos satellite, Amnesty International a commandé les images de certaines zones, à des dates précises, à l'opérateur satellite Digital Globe. L'ONG parvient ainsi, en comparant les images avant et après le passage des meurtriers de la secte, à relever les bâtiments détruits. Le constat est effrayant.

>> Photos satellite de Baga et de Doro Baga prises après l'attaque, le 7 janvier. 

Les points jaunes correspondent à des bâtiments partiellement ou complètement détruits. (Crédit: Digital Globe ; montage BFMTV)

Les analystes d'Amnesty International ont relevé la destruction partielle ou totale de 3.700 structures sur seulement deux villes nichées contre le lac Tchad, Baga et Doro Baga. La plupart ont été tout simplement brûlées. Ce n'est là qu'une vision très limitée des destructions puisque ces offensives ont touché de nombreux villages dans la région.

A Doron Baga, plus de 3.100 structures détruites ont été relevées, soit la majeure partie de la superficie de cette ville de 4km2. 

>> A gauche, une photo prise le 2 janvier, avant l'attaque. A droite, une photo prise le 7 janvier, après l'attaque. Cliquez sur le bouton et balayez l'image pour comparer.

En rouge, la végétation. (Crédit: Digital Globe)

Les bâteaux de pêche, qui apparaissent sur le premier et plus du tout sur le deuxième, corroborent les témoignages de fuite en bateau que l'ONG avait déjà reçus.

>> A gauche, une photo prise le 2 janvier, avant l'attaque. A droite, une photo prise le 7 janvier, après l'attaque. Cliquez sur le bouton et balayez l'image pour comparer.

Après l'attaque, les bateaux ont disparu. (Crédit: Digital Globe)

A Baga, village d'une superficie de 2km2, 620 structures ont été endommagées ou détruites. En parlant de ces deux offensives, Daniel Eyre, spécialiste du Nigeria, indique à Amnesty International que "sur toutes les attaques de Boko Haram analysées par Amnesty International, celle-ci est la plus massive et la plus destructrice à ce jour. Il s'agit de violences délibérées contre des civils, dont les maisons, centres médicaux et écoles sont désormais des ruines calcinées".

>> A gauche, une photo prise le 2 janvier, avant l'attaque. A droite, une photo prise le 7 janvier, après l'attaque. Cliquez sur le bouton et balayez l'image pour comparer.

En rouge, la végétation. En brun, les bâtiments calcinés. (Crédit: Digital Globe)

Cet aperçu des destructions, ajouté aux témoignages recueillis par l'ONG, donne un effrayant panorama de la situation. Un homme d'une cinquantaine d'années, originaire de Baga et survivant des massacres, témoigne: "Ils ont tué énormément de gens. J'ai vu peut-être 100 personnes se faire tuer à Baga à ce moment-là. J'ai couru vers la brousse. Ils continuaient à tirer et à tuer alors que nous courions". Le témoignage d'une femme évoque des "cadavres à perte de vue". Les témoins racontent que les membres de la secte ont chassé les fuyards dans la brousse afin de les retenir prisonniers, en particulier les femmes les plus jeunes. Pour l'ONG, qui appelle à une réaction du gouvernement nigérian, la situation des populations civiles est devenue critique.