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Algérie: la candidature de Bouteflika pas encore confirmée par le président

Abdelaziz Bouteflika à un bureau de vote, le 23 novembre 2017 à Alger.

Abdelaziz Bouteflika à un bureau de vote, le 23 novembre 2017 à Alger. - Ryad Kramdi - AFP

Malgré une phrase remarquée du secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) dimanche, le président algérien n'est encore pas officiellement candidat à sa succession. Pour la quatrième fois.

Abdelaziz Bouteflika est-il candidat à sa propre succession? Pour le moment, non, malgré les propos tenus par le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) ce dimanche. 

Djamel Ould Abbes a d'abord affirmé que le candidat du parti pour les élections présidentielles de 2019 serait Abdelaziz Bouteflika, malgré une santé déclinante et près de 20 ans passés à la tête du pays. 

Le chef de l'Etat, affaibli par les séquelles d'un accident vasculaire cérébral qui le maintient cloué depuis 2013 dans un fauteuil roulant et largement privé de la parole, n'a lui toujours pas fait part officiellement de ses intentions.

Pourtant, si elle semble donner une idée des intentions du président algérien, la phrase du secrétaire général ne vaut pas candidature officielle. Les propos du patron du FLN ont été relayés par l'agence de presse d'Etat algérienne APS, mais télévision et radio nationales sont restés assez discrètes.

"La sortie d'Ould Abbes est l'annonce que Bouteflika briguera un 5e mandat", estimait ce lundi le quotidien francophone Liberté. Pour le site d'information TSA (Tout sur l'Algérie) "à première vue, c'est le scénario de (la présidentielle de) 2014 qui est en train de se répéter".

"Pas encore de réponse" de Bouteflika

"Avec d'abord de sérieux doutes sur la santé du chef de l'État et sa capacité à poursuivre sa mission à la tête du pays, puis des appels incessants (...) à la 'continuité', suivis de l'annonce par le FLN du nom de son candidat", écrit TSA.

Le même site écrit pourtant que Djamel Ould Abbes a clarifié ses propos par la suite: 

"On n'a pas encore reçu de réponse (de Bouteflika). On a sollicité le président au nom de 700.000 militants, 120 mouhafedhs, 500 membres du Comité central, 161 députés, 48 sénateurs, au nom de tous les élus, c'est le vœu, le souhait du FLN que le président poursuive sa mission", a expliqué le secrétaire général du parti à des journalistes. 

"On ne peut pas considérer qu'il est candidat"

En 2014, le président n'avait officiellement déposé sa candidature que dans les derniers jours avant la date limite. Professeur de sciences politiques à l'université d'Alger, Chérif Driss reste prudent: "Tant que Bouteflika ne s'est pas prononcé, on ne peut pas considérer qu'il est candidat", explique-t-il à l'AFP.

"Entre l'annonce d'Ould Abbes et le moment où Bouteflika rendra publique sa candidature - s'il décide de briguer un cinquième mandat - il peut se passer beaucoup de choses", note-t-il. TSA souligne que "l'évolution de l'état de santé du président demeure la grande inconnue" d'ici à la présidentielle.

L'idée que le patron du FLN ait été chargé d'annoncer la candidature de l'intéressé est totalement écartée par les analystes.

"On ne peut pas déléguer à quelqu'un d'autre l'annonce d'une candidature à la présidence", souligne Chérif Driss.

Ancien professeur à l'Ecole nationale supérieure des Sciences politiques d'Alger, Mohamed Hennad assure que "Ould Abbes ne joue aucun rôle dans la prise de décision" sur un éventuel cinquième mandat et que "personne ne lui a rien demandé".

Une surenchère de loyauté au sein du parti?

Il n'est pas exclu que les propos du secrétaire général, intervenant au lendemain de déclarations d'allégeance au chef de l'Etat de deux autres partis, soient l'aboutissement d'une surenchère au sein du camp présidentiel.

"Il y a des raisons de croire que les chefs des partis de la majorité ne font que jouer à qui se montrera le plus fidèle au président", souligne TSA.

Samedi, Seddik Chihab, porte-parole du Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia, principal allié au Parlement du FLN, avait estimé "impossible de trouver un président de consensus autre que Bouteflika" et qualifié de "nécessité politique", le maintien de ce dernier à la tête de l'Etat.

"Tant qu'il est en vie, Bouteflika est candidat"

Le même jour, Amara Benyounes, président du Mouvement populaire algérien (MPA) affirmait le "soutien (...) absolu, sans conditions" de son parti au chef de l'Etat.

"Le FLN a toujours eu cette stratégie de prendre les devants", analyse Chérif Driss, "avec son annonce, Ould Abbes veut couper l'herbe sous le pied de ses alliés, il veut être la locomotive et faire des autres les wagons".

"En plus, Ould Abbes est contesté au sein de son parti, par son annonce il veut dire à ses opposants: 'C'est moi le secrétaire légitime du FLN, qui parle au nom du président du parti qui n'est autre que le président de la République'", ajoute-t-il.

Peu d'analystes en revanche doutent de l'intention d'Abdelaziz Bouteflika de se représenter. "Tant qu'il est en vie, Bouteflika est candidat" à un cinquième mandat, résume Mohamed Hennad.

L.A., avec AFP