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"Bouteflika maintenu en vie artificiellement": l'ex-ambassadeur de France choque l'Algérie

Bernard Bajolet à l'Elysée le 9 janvier 2015.

Bernard Bajolet à l'Elysée le 9 janvier 2015. - PATRICK KOVARIK / AFP

L'ancien ambassadeur de France et ex-patron de la DGSE dit souhaiter "longue vie" au dirigeant algérien, très affaibli depuis un AVC en 2013.

Coup de froid sur les relations franco-algériennes. Dans le cadre de la promotion de ses mémoires de diplomate, Le soleil ne se lève plus à l’Est, Bernard Bajolet, l'ancien ambassadeur de France à Alger, a tenu des propos sur Abdelaziz Bouteflika qui ont choqué l'Algérie. "Le président Bouteflika, avec tout le respect que j'éprouve pour lui, est maintenu en vie artificiellement", a déclaré le 20 septembre dans un entretien au Figaro celui qui a dirigé la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure, soit le service français de renseignements extérieur), de 2013 à 2017. Quatre jours plus tard, il tentait de s'expliquer dans L'Obs

"Soyons clair, je souhaite longue vie au président Bouteflika: je ne suggère donc pas qu’on le débranche. Mais cette momification du pouvoir algérien sert certains groupes qui, ainsi, se maintiennent au sommet et espèrent continuer à se maintenir et à s’enrichir", affirme Bernard Bajolet, qui travaille désormais dans le privé. 

Comme le souligne notamment le quotidien algérien El Watan, "sachant que l’homme reste très proche de la présidence française et effectuerait même des missions 'officieuses'", cette sortie "peu diplomate laisse présager un refroidissement dans les relations entre Alger et Paris". Evoquant même une "guerre froide" entre les deux pays, El Watan s'étonne de l'absence d'une réponse officielle de la part des autorités algériennes, qui gardent pour le moment le silence.

La France se désolidarise, l'Algérie reste muette

"Cette dernière déclaration a, sans doute, eu l’effet d’un choc pour les représentants du pouvoir algérien qui, visiblement toujours groggy, peinent à formuler une réponse", avance le journal, qui rappelle que la publication en 2016 d'un tweet de Manuel Valls montrant une photo d'Abdelaziz Bouteflika très affaibli avait déjà fâché l'Algérie, où l'hypothèse de la candidature du chef de l'Etat à un 5ème mandat monopolise actuellement le débat politique. La France, elle, a répondu par le biais de son actuel ambassadeur, Xavier Driencourt.

"Il (Bernard Bajolet NDLR) n’engage en aucun cas, je dis bien en aucun cas, le gouvernement, le Président et l’Administration française. Il s’exprime en son nom personnel", a-t-il réagi, rapporte le quotidien Liberté.

Abdelaziz Bouteflika, dont l'état de santé fait l'objet de spéculations récurrentes, a présidé mercredi le troisième Conseil des ministres de l'année, selon la télévision d'Etat qui en a diffusé quelques images. Agé de 81 ans et souffrant des séquelles d'un accident vasculaire cérébral (AVC) dont il a été victime en 2013, le président algérien ne s'exprime plus en public et ne fait que de rares apparitions hors de sa résidence médicalisée. Il apparaît de temps en temps à la télévision d'Etat, notamment quand il reçoit des dignitaires étrangers, la dernière fois à l'occasion de la visite de la chancelière allemande Angela Merkel, le 17 septembre.

Angela Merkel et Abdelaziz Bouteflika le 17 septembre 2018.
Angela Merkel et Abdelaziz Bouteflika le 17 septembre 2018. © Handout / APS / AFP
Charlie Vandekerkhove