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Les Mandela, portrait d'une famille indigne

Nelson Mandela avec Winnie et l'un de ses petits-enfants, le 21 février 1990 à Soweto.

Nelson Mandela avec Winnie et l'un de ses petits-enfants, le 21 février 1990 à Soweto. - -

Nelson Mandela doit être enterré dimanche, dans son village de Qunu. Que va devenir sa nombreuse famille, maintenant que la figure tutélaire a disparu? Ses enfants et ses petits-enfants n'ont pas attendu sa mort pour commencer à s'entre-déchirer.

Le clan Mandela est apparu uni mardi 10 décembre, en ce jour d'hommages à Madiba. Pourtant, en coulisses, tout ce petit monde se déchire allègrement autour de l'héritage que le défenseur de la paix laisse derrière lui.

On se souvient d'abord, en juillet 2013, alors que Mandela était hospitalisé, des disputes autour des sépultures de trois de ses enfants, exhumées et déplacées par l'aîné de ses petits-fils. La justice avait ordonné, après une plainte de seize autres membres de la famille "de restituer les restes".

La mort de Mandela pourrait attiser la zizanie qui règne au sein de cette grande famille, où chacun essaie comme il peut de tirer parti de ce patronyme écrasant mais lucratif.

Trois mariages et plusieurs enterrements

Nelson Mandela a eu six enfants, avec deux femmes différentes. Seuls trois de ses enfants sont encore vivants. Les trois premiers enfants qu'il a eus avec sa première épouse, Evelyn Ntoko Mase sont morts. Le couple a ainsi perdu une petite fille de neuf mois, un fils dans un accident de voiture et un autre, mort du sida. Seule sa plus jeune fille, Makaziwe est encore en vie.

De son mariage avec Winnie Madikizela, épousée en 1958, sont nées deux filles, Zenani Mandela-Dlamini et Zindzi. Dix-sept petits enfants sont nés, la plupart, pendant qu'il était en prison. Selon un des biographes de Mandela, cité par le Guardian, la "première famille" de Mandela s'est sentie dépossédée lorsqu'il est sorti de prison. Le ressentiment a ainsi grandi entre le deux clans, la famille de Winnie accusant celle de la première femme de vouloir exploiter le nom.

La famille a également souffert de son long emprisonnement et de l'engagement politique du leader de l'ANC, qui lui laissait peu de temps pour sa vie privée.

Plusieurs drames ont par ailleurs récemment frappé le clan, comme la mort de deux des 14 arrières-petits enfants de Mandela, l'un en bas âge, et l'autre, tuée dans un accident de voiture, en marge de la Coupe du monde de football, en 2010.

Pour compliquer encore les choses, Mandela a épousé en troisièmes noces Graça Machel, veuve de l'ancien président du Mozambique. Mais le 10 décembre dernier, dans les tribunes du stade Soccer City, les deux femmes sont tombées dans les bras l'une de l'autre.

La zizanie

Dans le clan, plusieurs figures se détachent. Il y a d'abord la très décriée Winnie Madikizela-Mandela. Membre du Parlement, l'ex-épouse du héros national a eu maille à partir avec la justice pour des exactions commises par ses gardes du corps dans les années 1980, puis pour fraude en 2003.

Il y a ensuite Mandla. Celui qu'un éditorialiste sud-africain a surnommé J. R. Ewing, en référence à la série Dallas, est l'aîné des petits-enfants. Les Sud-Africains avaient été complètement effarés début juillet lorsque Mandla s'était lâché pour régler ses comptes avec une bonne partie de ses parents, lors d'une conférence de presse surréaliste en direct à la télé nationale.

Il avait notamment accusé son frère de coucher avec sa femme. C'est lui également, qui avait fait transférer les corps des trois enfants de Mandela en 2011, vers le village natal de son autre grand-père, Mvezo, à une trentaine de kilomètres de là. Chef traditionnel de cette localité, il y portait un projet grandiose de site touristique avec un mémorial à la gloire de son aïeul.

Si les poursuites pour violation de sépulture ont été abandonnées, Mandla a toujours rendez-vous avec la justice pour avoir pointé son arme pour menacer un automobiliste lors d'une dispute pendant un embouteillage, début octobre. Il avait également défrayé la chronique en raison de ses démêlés conjugaux ou avec ses voisins. Député depuis 2009 sous l'étiquette de l'ANC, le mouvement pour lequel a lutté son grand-père, il n'a en revanche jamais marqué les esprits par ses prises de position politiques.

Selon le Guardian, enfin, il aurait même essayé de vendre les droits de retransmission télé de l'enterrement de son grand-père, ce qu'il nie farouchement.

Vins, t-shirts et téléréalité

Les descendants du leader anti-apartheid ont bien compris le potentiel du nom qu'il portent. Alors que Nelson Mandela avait toujours strictement contrôlé l'utilisation commerciale de son nom en la limitant à des fins caritatives, quatre de ses petits-enfants ont créé la marque de vêtement LWTF Clothing. L'acronyme fait référence à l'autobiographie du grand homme "Long Walk to Freedom" ("Un long chemin vers la liberté" en français) et leurs tee-shirts ne manquent pas d'afficher son portrait ou sa signature.

Plus récemment, c'est Makaziwe, l'aînée de ses enfants, qui s'est lancée dans les affaires, en commercialisant des vins sous l'étiquette "House of Mandela" avec sa fille Tukwini.

Egalement en décalage avec l'image du Nobel de la paix, deux de ses petites-filles ont participé à une émission de téléréalité, intitulée "Being a Mandela", dans laquelle elles évoquent leurs histoires de femmes bien-nées. Elles ont aussi ouvert un compte Twitter des plus édifiants.

Autre froncement de sourcils: sa fille Zenani a été nommée ambassadrice en Argentine alors qu'elle n'a aucune expérience dans la diplomatie.

Fortune familiale

Moins anecdotique, Zenani et sa demi-soeur Makaziwe ont intenté une action en justice pour obtenir l'éviction de trois proches de leur père de la direction de fonds d'investissement qui gèrent une partie la fortune familiale. L'héritage s'élèverait, selon le DailyMail à plus de 10 millions d'euros. Les deux femmes, qui pourtant n'ont a priori pas de problèmes de fins de mois, accusent notamment le très respecté avocat George Bizos -un ami qui avait défendu Mandela sous l'apartheid- d'être entré en force, avec deux autres proches de l'ancien président, dans les affaires de la famille.

Les trois hommes mis en cause ont rappelé à la Cour que Mandela "ne voulait pas qu'elles se mêlent de ses affaires". Elles ont finalement discrètement abandonné l'affaire en octobre.

Magali Rangin avec AFP