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Afrique du Sud: les dépouilles de trois enfants de Mandela exhumés

Nelson Mandela, le 17 juin 2010.

Nelson Mandela, le 17 juin 2010. - -

Les dépouilles de trois enfants de Nelson Mandela ont été exhumées mercredi sur décision de justice pour être transférées à Qunu. C'est dans ce village du sud du pays que le père de la nation sud-africaine a souhaité être enterré.

Cest le dernier épisode d'un douloureux conflit familial. Alors que le monde entier s'attend à la disparition prochaine de Nelson Mandela, les corps d'une fille morte bébé en 1948 et de deux fils morts en 1969 et 2005, ont été exhumés du village natal du père de la nation arc-en-ciel, Mvezo.

L'aîné de ses petits-fils, Mandla, les avaient transférés en 2011 contre l'avis du reste de la famille. Ses proches accusent Mandla de vouloir créer un site touristique autour du caveau familial dans le village dont il est le chef.

"L'exhumation est terminée, les restes sont en train d'être transportés à la morgue de Mthatha, la grande ville des environs. Ils y resteront jusqu'à leur remise en terre jeudi", a déclaré ce mercredi soir le porte-parole de la police régionale.

"Manipulation de sépultures"

L'exhumation a été réalisée sur ordre du tribunal de Mthatha, qui a exigé le retour des trois tombes dans le carré familial de Qunu, le village d'enfance du héros de la lutte anti-apartheid où il a dit à plusieurs reprises vouloir être inhumé.

Le tribunal avait été saisi la semaine dernière d'un recours en référé par quinze membres de la famille, dont l'épouse de Nelson Mandela, Graça Machel, et sa fille aînée Makaziwe, après qu'une réunion de famille eut échoué à convaincre Mandla de rendre les corps.

Les plaignants ont justifié l'urgence de leur requête par le risque de "mort prochaine" du Nobel de la Paix. "Il est placé sous assistance respiratoire. L'anticipation d'une mort prochaine est basée sur des motifs véritables et sérieux", ont-ils écrit dans les documents transmis à la Cour.

Une enquête de police ouverte

Pour eux, en transférant les corps de son père, de sa tante et de son oncle, Mandla a voulu "forcer" la famille à enterrer Nelson Mandela à Mvezo. En tant qu'aîné des garçons, Mandela a le statut de chef traditionnel dans ce village où il porte un grand projet de site touristique.

"Un tel site historique a le potentiel de générer beaucoup de gains. Il y a des preuves qui suggèrent que Mandla a déjà commencé des travaux à Mvezo", ont déploré les plaignants. Des huttes à toit de chaume, destinées à abriter des touristes, un centre culturel ou encore un centre de conférence sont en effet en construction dans le village.

La querelle familiale a atteint un tel degré que des membres de la famille ont même déposé une plainte contre Mandla pour "manipulation de sépulture". La police a ouvert une enquête.

"Des divisions de mauvais goûts"

Dans un communiqué, Mandla, 39 ans, qui est également un député du parti au pouvoir, a juré ne pas être contre le rapatriement des corps, mais a ajouté qu'il continuerait "à se battre pour ses droits à faire valoir sa version de l'histoire."

Le commentateur politique Daniel Silke qualifie ces divisions de "tragiques" et "de mauvais goût". "Elles peuvent être liées à des gains financiers et à l'exploitation du nom de Mandela", a-t-il notamment expliqué, ajoutant qu'il était difficile d'en connaître la raison exacte.

L'état de santé du prix Nobel de la paix 1993, âgé de presque 95 ans, est décrit depuis plus d'une semaine comme "critique, mais stable". Il avait été hospitalisé en urgence le 8 juin après une récidive de l'infection pulmonaire qui le tourmente depuis deux ans et demi.

Nelson Mandela a trois enfants encore vivants, dix-sept petits enfants et douze arrières petits-enfants.

E.B. avec AFP