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Filtre biodégradable, recyclage des mégots: comment lutter contre cette pollution omniprésente?

Des mégots de cigarette (photo d'illustration)

Des mégots de cigarette (photo d'illustration) - Patrik Stollarz-AFP

Les mégots représentent l'un des principaux déchets plastiques retrouvés dans la nature. Le filtre compostable ou le recyclage des mégots sont-ils des solutions envisageables?

C'est l'un des principaux si ce n'est le principal déchet plastique retrouvé dans la nature. Huit millions de mégots sont jetés chaque minute dans le monde. Le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert va ainsi déposer ce jeudi une proposition de loi afin d'interdire les cigarettes dont les filtres ne seraient pas compostables.

Car ce déchet est particulièrement dangereux: il contient plusieurs milliers de substances chimiques - dont de la nicotine, de l'ammoniac, du cadmium, de l'arsenic, du mercure ou encore du plomb - et certaines sont particulièrement toxiques pour l'environnement. Compter ainsi plus d'une décennie pour qu'il se dégrade, sachant qu'un seul mégot peut polluer jusqu'à 500 litres d'eau.

Biodégradable mais pas sans impact

La cigarette avec filtre biodégradable, la panacée? Guy César, ancien ingénieur agronome, spécialiste des matériaux biodégradables et président des associations SerpBio et PolyBioAid, est actuellement en train d'en tester un modèle. Celui-ci serait bel et bien biodégradable "par voie d'enfouissement en compostage industriel à 58°C", précise-t-il à BFMTV.com. "On ne m'a pas demandé de mener le test sur sol réel ou en compostage domestique mais je ne peux pas garantir que cela fonctionnerait ou pas dans d'autres conditions."

Il y a quelques années, des cigarettes avec filtres biodégradables ont été lancées sur le marché français. Mais ont rapidement disparu faute de ventes suffisantes. Sans compter que biodégradable - c'est-à-dire susceptible de se décomposer dans un environnement favorable - ne signifie pas pour autant sans impact pour l'environnement. Pour le Comité national contre le tabagisme, un filtre compostable ou biodégradable reste un leurre.

"Du point de vue sanitaire, le filtre ne se justifie pas. C'est donc un déchet inutile, assure le service presse de l'association à BFMTV.com. Car même s'il est biodégradable, il contiendra toujours les produits toxiques présents dans la fumée."

Même point de vue pour Surfrider, qui milite en faveur de la protection des océans. "En réalité, un mégot se fragmente, se décompose et dissémine sa pollution impactant la faune, la flore et les eaux, ce qui provoque une pollution chimique, expliquait à BFMTV.com Diane Beaumenay, chargée de mission européenne au sein de l'association. Ses microparticules de plastique ne disparaissent jamais."

Du côté du ministère de la Transition écologique et solidaire, remplacer les filtres existants par des filtres biodégradables est considéré comme une fausse bonne idée. "Le problème, c'est que cela risque de disséminer encore plus de substances toxiques dans la nature en déculpabilisant les fumeurs. C'est l'inverse de ce qu'il faut faire, assure-t-on à BFMTV.com. Il faut bien comprendre que quand on jette un mégot, on jette du plastique. C'est un déchet dangereux au même titre que d'autre produits chimiques."

Des mégots recyclés en mobilier urbain

L'autre possibilité, c'est le recyclage des mégots. Un rapport de l'Ineris publié fin 2017 concluait que les filières de valorisation étaient encore "au stade embryonnaire". La collecte et le recyclage ne sont en effet pas encore organisés à grande échelle mais une entreprise française s'est fixé pour objectif de recycler un tiers des mégots jetés chaque année.

Installée à côté de Brest, MéGO propose de collecter et traiter les mégots pour les transformer en matière plastique permettant de confectionner du mobilier urbain mais aussi des cendriers et des dispositifs pour les zones fumeurs.

À l'heure actuelle, sa capacité est de 400 à 500 tonnes par an. Mais elle vise avec sa future seconde usine 3000 à 4000 tonnes annuelles. "Notre capacité augmente et nous sommes passés de 15 kilos à 35-50 kilos de mégots traités par jour", assure à BFMTV.com son dirigeant, Bastien Lucas. Sa principale difficulté reste paradoxalement la collecte de mégots. Il dénonce le "manque cruel" de points de collectes visibles.

"La loi qui a interdit de fumer dans les lieux à usage collectif a mis tous les fumeurs dehors mais n'a pas prévu de dispositifs pour récolter les mégots. Il y a encore tout à faire. Sans compter que le tri est mal fait. Un mégot qui n'est pas jeté dans un cendrier ne peut être recyclé."

Les industriels du tabac mis à contribution

Si de nombreuses entreprises ou collectivités sont déjà partenaires, notamment les magasins Franprix de la capitale ou l'Assemblée nationale, Bastien Lucas remarque que le nerf de la guerre reste le financement. "Cela coûte d'installer des points de collecte. Qui doit payer? Les collectivités? Les fabricants? Les consommateurs?" s'interroge-t-il. Pour le moment, les industriels du tabac ont refusé tout engagement chiffré lors des discussions avec la secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire.

Brune Poirson souhaite pourtant qu'ils prennent en charge la gestion des déchets de leurs cigarettes au nom du principe pollueur-payeur. Le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, qui doit être examiné en fin d'année à l'Assemblée, prévoit d'ailleurs que les producteurs contribuent à la gestion des mégots et aux campagnes de prévention et de collecte à partir de 2021.

"Il est temps que l'industrie du tabac assume le coût de ses déchets aujourd'hui à la charge de nos collectivités et donc de tous les contribuables. (...) S'il convient d'appeler les fumeurs au civisme en faisant le bon geste pour l'environnement en jetant leurs mégots dans une poubelle, il est aussi de la responsabilité des cigarettiers de participer financièrement à la collecte et à l'élimination de leurs déchets", déclarait-elle après une rencontre avec les industriels du tabac.

Car les campagnes d'information afin d'inciter au civisme des fumeurs ont du mal à prendre. De même pour les contraventions pour jets de mégots alors que la Ville de Paris en a dressé quelque 8163 au premier trimestre de l'année 2019, assure le service presse à BFMTV.com. En France, chaque année, 20.000 à 25.000 tonnes de mégots finissent dans les rivières, la mer ou sur les plages.

Céline Hussonnois-Alaya