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Clôture de la Convention citoyenne pour le climat: pour les 150, le combat ne fait que commencer

Des portraits géants des 150 citoyens et citoyennes de la Convention pour le climat réalisés par l'artiste JR et affichés au palais d'Iéna, à  Paris, au siège du Conseil économique, social et environnemental

Des portraits géants des 150 citoyens et citoyennes de la Convention pour le climat réalisés par l'artiste JR et affichés au palais d'Iéna, à Paris, au siège du Conseil économique, social et environnemental - Bertrand Guay-AFP

Les 150 citoyens et citoyennes de la Convention pour le climat doivent se réunir une dernière fois ce week-end. Au programme: le vote de leurs mesures et la préparation de l'après.

Ils et elles planchent depuis huit mois pour trouver des solutions contre le réchauffement climatique. Les 150 Français et Françaises de la Convention citoyenne pour le climat vont achever ce week-end, de vendredi à dimanche lors de la septième et dernière session, la mission qui leur a été confiée: identifier des mesures permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'au moins 40% d'ici à 2030 par rapport à 1990 "dans un esprit de justice sociale", comme le rappelle la Convention.

Une expérience "complètement dingue"

Pour Sylvain Burquier, l'un de ces 150 tirés au sort - la sélection s'est voulue représentative de la population française - l'expérience de la Convention aura été "complètement dingue", témoigne pour BFMTV.com ce Parisien de 45 ans qui travaille dans le marketing et la communication.

"Cela donne une profondeur de sens phénoménale, c'est même vertigineux. Je me suis retrouvé un matin à l'Assemblée nationale pour discuter de l'une de nos mesures, forcément, ça donne de l'ampleur. C'est un bel exemple de démocratie participative et un exercice d'intelligence collective réussi."

La Convention s'est même invitée dans sa vie de tous les jours: il a co-organisé plusieurs Clim'Apéro afin de sensibiliser le grand public aux enjeux climatiques et assure que durant le confinement, les échanges avec les 149 autres participants ont été "quotidiens". Ce qui lui tient particulièrement à cœur: changer la constitution afin d'intégrer à l'article premier le respect de l'environnement et la cause climatique, comme il nous le racontait déjà il y a plusieurs mois.

"Tout le monde s'est pris au jeu"

En avril dernier, la Convention a transmis certaines de ses propositions à l'exécutif alors que le calendrier a été chamboulé par la crise du coronavirus et le confinement - elle devait initialement s'achever en avril 2020. Parmi ces mesures qui n'ont pas encore été officiellement communiquées: rendre obligatoire la rénovation énergétique de tous les bâtiments d'ici 2040, autoriser les réquisitions de logements et de bureaux vacants ou encore interdire la publicité sur les produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre (GES), comme le révélait Le Monde.

Grégory Oliveira Dos Santos est l'un des autres 150. Cet électricien de 36 ans en formation professionnelle qui réside à Rennes nous racontait en début d'année qu'il s'était jeté "corps et âme" dans la lutte contre le changement climatique depuis le début de la Convention au mois d'octobre, devenant végétarien et passant au vélo.

Échanges par groupes thématiques ou par affinités personnelles sur les réseaux sociaux: la Convention l'a bien occupé pendant le confinement. "On se plaignait qu'on n'avait pas assez de temps lors des week-ends, là, on l'a eu", s'en amuse-t-il presque pour BFMTV.com. Il évoque une "émulation" collective et stimulante - "tout le monde s'est pris au jeu" - qui aura profondément changé ses habitudes de vie. 

"Ce n'est que le début"

Le train de mesures doit ainsi être amendé et adopté ce week-end en assemblée plénière avant d'être officiellement présenté au gouvernement. Au moment d'écrire ces lignes, les modalités de cette session finale n'étaient pas encore tranchées - sur place ou en visio-conférence - un vote venant d'être organisé à ce sujet parmi les participants. 

C'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé lors d'une réunion de travail, en dehors du calendrier officiel, au début du mois d'avril et en plein confinement. Les 150 se sont ainsi réunis par visio-conférence afin d'appeler le gouvernement à ce que "la sortie de crise (...) ne soit pas réalisée au détriment du climat, de l’humain et de la biodiversité", clamaient-ils dans une tribune.

Si Sylvain Burquier se dit "triste" que la Convention s'achève le 21 juin, il assure que cette date signe surtout le commencement de l'après. "Ce n'est que le début. Il va falloir expliquer mais aussi convaincre les représentants politiques et la société civile de l'importance de nos mesures." C'est d'ailleurs pour cela qu'une association a vu le jour.

"Ce n'est pas une amicale d'anciens, ajoute Sylvain Burquier, qui se souvient qu'ils se surnommaient parfois entre eux les 'carbone killers'. On veut être entendu et écouté. Au début, on ne nous prenait pas au sérieux. Pourtant, tout le monde va pouvoir constater que nous remettons un travail sérieux, responsable et documenté."

"Le pari est tenu"

Amandine Roggeman, qui travaille dans le secteur de la culture, fait elle aussi partie des 150 qui devraient se réunir une dernière fois ce week-end. Pour cette Parisienne de 27 ans qui indique avoir toujours été sensible à la cause climatique, "le pari est tenu", confie-t-elle à BFMTV.com.

"Le fond de nos mesures n'est pas forcément révolutionnaire mais il est en phase avec les préoccupations actuelles et les préconisations sont très précises. On a aussi réfléchi aux moyens de les appliquer. Ce qui me préoccupe, c'est comment l'opinion publique et le grand public vont se les approprier."

La jeune femme dresse un bilan plus que positif de sa participation à la Convention. "J'ai appris plein de choses et pas que sur les problématiques environnementales." Les grandes institutions, le fonctionnement des assemblées, le circuit législatif: Amandine Roggeman se dit chanceuse d'avoir pu plonger au cœur de la République.

"Prêcher la bonne parole"

En avril 2019, le chef de l'État avait déclaré: "Ce qui sortira de cette Convention, je m'y engage, sera soumis sans filtre soit au vote du parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe".

Face aux 150 Français et Françaises de la Convention au mois de janvier dernier, Emmanuel Macron s'était à nouveau dit favorable à un référendum sur certaines de leurs propositions.

C'est ce que souhaite Amandine Roggeman: que les mesures des 150 deviennent réalité. La jeune femme, qui se dit apolitique et n'avait par le passé participé qu'à une seule manifestation - une marche pour le climat - se prépare ainsi à continuer de "prêcher la bonne parole" pour lutter contre le changement climatique.

Céline Hussonnois-Alaya