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Jean Jouzel: "Il faudrait 10.000 éoliennes en France en 2020"

Le climatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du groupe scientifique du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), est ce mercredi matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC, alors que 150 Etats doivent signer ce vendredi à New York l'accord de Paris sur le climat, dont les principes ont été arrêtés en décembre dernier au terme de la Cop 21.

Invité mercredi matin sur BFMTV et RMC, Jean Jouzel, climatologue et glaciologue, rappelle que "les trois premiers mois de l'année ont été les trois premiers mois les plus chauds depuis que nous avons des données, depuis un peu plus de 150 ans".

"Nous sommes dans un contexte de réchauffement climatique assez lent, mais malheureusement inéluctable, et que nous allons essayer de limiter à deux degrés dans le long terme, mais c'est extrêmement difficile", prévient Jean Jouzel.

"L'élévation du niveau de la mer est irréversible"

Jusqu'ici, "les émissions de gaz à effet de serre n'ont pas cessé d'augmenter. Elles commencent à stagner, et il faudrait, pour que les choses, aillent bien, que ces émission commencent à diminuer en 2020 au plus tard. Et de façon très rapide: elles devraient être divisées par trois entre 2020 et 2050. Donc c'est un changement complet de mode de développement qu'il faut mettre en place pour éviter des conséquences très importantes", met en garde le climatologue.

Si rien n'est fait contre le réchauffement climatique, ou trop peu, "les extrêmes climatiques risquent de devenir plus extrêmes. Les inondations dans certaines régions, les sécheresses dans d'autres, par exemple le pourtour méditerranéen. Les réfugiés climatiques, ça existe, tous les problèmes de sécurité alimentaire, les problèmes de pollution sont exacerbés. L'élévation du niveau de la mer, 30 cm par siècle, va s'accélérer et ne s'arrêtera jamais à échelle de vie humaine. Donc ce sont des phénomènes irréversibles avec des risques très importants", insiste le climatologue.

"Tous les étés plus chauds qu'en 2003"

"A la fin du siècle, si rien n'est fait contre le réchauffement climatique, tous les étés seraient plus chauds que 2003, et nous pourrions aller vers des étés de 5, 6 ou 7 degrés plus chauds que 2003", prévient encore Jean Jouzel. "Et ceci en Ile-de-France, pas à l'autre bout du monde. Ce sont des risques qui sont chez nous".

"Les trois quarts des émissions des gaz à effet de serre sont liés à notre système énergétique, les 20% restants à l'agriculture. Donc il faut jouer sur ces leviers. L'utilisation des combustibles fossiles doit rapidement diminuer. Nous n'avons plus qu'une vingtaine d'années d'utilisation des combustibles fossiles: gaz, pétrole, charbon, si on veut rester en-dessous de deux degrés. C'est un changement complet de mode de développement".

"Il faudrait cent éoliennes par département"

Or, en matière d'énergies renouvelables en France, "on prend du retard", regrette Jean Jouzel. "Il y a un objectif inscrit: on doit atteindre 23% d'énergies renouvelables à l'horizon 2020, c'est tout près et on aura du mal à y être. Il faudrait à l'horizon 2020 10.000 éoliennes en France, soit une centaine par département, ce n'est pas inaccessible".

Aujourd'hui, la fonte des glaces à l'échelle mondiale est une réalité. Une question obsède les scientifiques: "Quelle va être la contribution de l'Antarctique et du Groenland à l'élévation du niveau de la mer?", se demande Jean Jouzel. "On pense entre 50 cm et 1 mètre à la fin du siècle. C'est énorme, mais ça pourrait être plus". Les conséquences risquent d'être très importantes pour les nombreuses populations des zones littorales sur toute la planète, y compris en France.