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Hellboy, Wolverine, Superman... les super-héros s’exposent à Paris

Superman

Superman - Tanino Liberatore / galerie Huberty Greyne

Le dessinateur italien Tanino Liberatore expose à Paris une série d’illustrations mettant en scène des super-héros.

Le dessinateur italien Tanino Liberatore, connu pour sa série RanXerox, notamment scénarisée par Alain Chabat, expose à Paris une série d’illustrations mettant en scène des super-héros. La Chose, Green Lanter, Hellboy, Wolverine, Elektra… Toutes les figures mythologiques de la culture populaire américaine sont présentes à la galerie Huberty & Breyne jusqu’au 20 octobre.

Plutôt que de les mettre en scène en plein combat, Liberatore a choisi de représenter leurs portraits: "Je n’ai jamais vu des personnages qui tapent et parlent autant en même temps. C’est quand même incroyable. Je voulais dessiner au contraire un symbole du caractère du personnage, ce que je pouvais uniquement obtenir en dessinant le visage ou la partie haute du corps. Pour certains, j’ai fait tout le corps, mais je me suis vraiment intéressé à l’expression du visage et des mains. J’essaye de représenter les tripes du super-héros." Liberatore prend beaucoup de plaisir à représenter les veines sur les mains: "Dessiner des veines n’est pas aussi simple que cela y paraît. Il ne faut jamais oublier qu’il y a la peau dessus. Beaucoup de monde oublie ça."

"Ma génération a beaucoup détesté les super-héros"

Plus que les histoires, c’est le dessin des comics américains qui a marqué durablement Liberatore. Il se souvient en particulier du style de Gil Kane dans Green Lantern, le super-héros cosmique dont l’anneau détient une puissance sans précédent. Dans ces aventures, ce sont les mains, bien sûr, du héros qui ont attiré son regard: "Ce qui me plaisait, c’était la manière dont Gil Kane dessinait les mains. Il avait un trait à la Mœbius, mais avant Mœbius, à la fois ligne claire et très réaliste. C’était froid comme dessin. C’était quand même quelqu’un qui dessinait très bien."

Né en 1953, Tanino Liberatore n’était pas "un grand lecteur de super-héros" pendant sa jeunesse et il se souvient avoir lu "un peu" Superman, qui s’appelait alors Nembo Kid en Italie. "Ma génération a été beaucoup influencée par les super-héros pendant l’enfance et les a beaucoup détestés ensuite à l’adolescence, parce qu’ils représentaient l’Amérique. On vient de 68, c’était important… Les super héros ont toujours été présents, même d’une manière critique. Je ne les connais pas tous, mais j’aime bien l’imagerie."

Superman, Wolverine, Elektra et La Chose
Superman, Wolverine, Elektra et La Chose © Tanino Liberatore / galerie Huberty Greyne

Quand il a commencé les aventures de son personnage fétiche, Ranx, il reconnaît avoir réalisé certaines planches dans le style des comics. "Cette exposition, c’est un peu pour faire comprendre, même si je n’étais pas un grand lecteur de super-héros à l’époque, qu’ils ont influencé mon dessin", précise-t-il, avant d’ajouter qu’il a puisé autant dans les comics que dans la représentation cinématographique des super-héros. En particulier pour Mystique, personnage phare de la saga X-Men incarné au cinéma par Jennifer Lawrence et Rebecca Romijn.

"Même si je dessine une tasse de thé, il y a du sexe dedans"

Parmi les nouveaux super-héros, nés dans les années 1990, Hellboy est son préféré. "J’adore comment Mike Mignola le dessine. Il est très fort. Il a trouvé une synthèse. Dessiner des super-héros comme lui le fait n’est pas évident. Il y a très bien réussi. C’est un des dessinateurs que je préfère." Liberatore loue aussi le travail de Frank Miller, dont il a lu les Batman. Il a rencontré un jour le maître américain et lui a proposé l’idée de faire un projet ensemble. Reste à trouver le temps...

Autre maître auquel peut faire penser son travail: les peintures d’Alex Ross, qui mettent en scène telles des divinités Superman ou encore Wonder Woman. "Je trouve qu’il est très fort. Techniquement, c’est un monstre", estime le maître italien, avant d’ajouter: "Son dessin est un peu plus fade que le mien”. Et ce n’est pas uniquement parce que les illustrations de Liberatore regorgent de sexe: "Liberatore et le sexe, c’est un peu une légende", s’exclame-t-il. "Dans les trois Ranxerox, il y a cinq six pages de sexe, mais tout le reste donne l’idée de sexe car je suis un malade sexuel: même si je dessine une tasse de thé, il y a du sexe dedans."

Hellboy, Green Lantern, Batman et Hulk
Hellboy, Green Lantern, Batman et Hulk © Tanino Liberatore / Galerie Huberty & Breyne

Liberatore a réalisé ses dessins au fusain et à la craie: “Après Lucy, un album fait entièrement à l’ordinateur, je me suis remis à ce que j’utilisais au lycée. Je n’avais pas utilisé le fusain depuis le lycée. Maintenant c’est ce que je préfère. Il faut faire attention. Il faut savoir comment l’utiliser”, prévient-il, avant d’ajouter qu’il a pris beaucoup de plaisir à utiliser “quelque chose de traditionnel d’une manière non traditionnelle”.

"Il y a trop de titres et trop de merde"

Contrairement à ses débuts, il travaille désormais sur des grands formats: “à l’époque, j’aimais bien les miniatures. Je faisais des dessins avec plein de détails et maintenant je préfère que ce soit de plus en plus grand et de moins en moins rempli, épuré au maximum, mais ça ne veut pas dire que je travaille moins. C’est un rapport différent au dessin. Avant je me demandais ce qu’on représentait, maintenant il est plus intéressant de se demander comment on le représente. Le geste est plus intéressant que le sujet."

Ces dessins seront bientôt vendus. Liberatore ne peut s’empêcher d’être ému: “Je suis triste quand mes dessins sont vendus. C’est quand même quelque chose qui m’appartient. Je me suis fait une raison. Je n’ai plus de dessins à moi. J’ai vendu, donné. Il ne reste pas grand-chose.” Liberatore, qui se consacre à l’illustration depuis plusieurs années, n’envisage pas de revenir de sitôt à la BD: “Il ne faut jamais dire jamais, mais, pour l’instant, je me sens beaucoup plus libre et épanoui avec ce que j’ai fait récemment: la version illustrée des Fleurs du mal, l’exposition avec Ranx et celle-là.”

Si la BD lui plaît toujours, il indique qu’elle n’offre plus “les mêmes conditions économiques” qu’à ses débuts: “Quand j’ai commencé, il y avait la prépublication dans les magazines, qui te donnaient la possibilité de vivre pendant que tu travaillais. Et après, une fois terminé l’album, si l’album marchait, tu gagnais encore de l’argent. Maintenant, l’argent qu’ils te donnent est l’avance sur l’album. Et ce qu’ils t’ont donné représente plus que ce que tu vas gagner en vendant l’album. C’est un peu frustrant. Et il y a trop de titres et trop de merde.”

Jérôme Lachasse