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Comment la France a apporté du sang neuf à Mickey et Minnie

Mickey revisité par des dessinateurs français

Mickey revisité par des dessinateurs français - Glénat

La France propose depuis plusieurs années des histoires originales de Mickey, loin des canons de Disney. Une exception culturelle racontée par les auteurs chanceux de ces aventures inédites.

Si la Finlande, l’Italie ou encore l’Allemagne sont dingos de Mickey, la France est l’unique pays au monde où les dessinateurs peuvent raconter une de ses aventures sans s’astreindre au style Disney. Une révolution. Pendant des décennies, les studios Disney ont toujours privilégié une uniformisation graphique et l’anonymat des histoires, si bien que les noms de maîtres comme Floyd Gottfredson, Carl Barks et Don Rosa ont longtemps été absents des pages du Journal de Spirou et de Picsou Magazine

Depuis quelques années, les éditions Glénat ont noué un partenariat avec Disney. Hormis la publication des histoires classiques, Glénat a laissé, avec la bénédiction de Disney, carte blanche aux dessinateurs francophones, de Régis Loisel à Cosey en passant par Alexis Nesme, Tébo et Keramidas. Chacun a pu proposer des albums aux styles très différents les uns des autres.

Mickey et l’océan perdu de Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni met ainsi en scène un univers steampunk loin de l’image proprette que peut avoir Mickey dans l’imaginaire collectif. Dans Horrifikland, Alexis Nesme et Lewis Trondheim plongent Mickey, Dingo et Donald dans un parc d’attraction hanté, le tout enrobé dans un univers en 3D évoquant à la fois Tim Burton et les films d’épouvante de la Hammer avec Christopher Lee. 

"Cela donne des choses nouvelles, intéressantes. Comme tout a déjà été raconté sur le personnage, Disney a besoin de sang neuf", note Pieter De Poortere, auteur d’un très amusant Super Mickey sorti en septembre. "C'est très rare que Disney autorise des créations originales. C’est sans doute parce que les choses les plus intéressantes dans le monde de la BD se passent maintenant en France que Disney a donné l’autorisation."
Les Mickey Mouse de Cosey
Les Mickey Mouse de Cosey © Glénat

"Minnie est bien plus drôle que Mickey"

Cosey, qui a inauguré la collection avec Une mystérieuse mélodie, récidive ce mois-ci avec Minnie et le secret de Tante Miranda. Fan de Disney depuis son plus jeune âge, le dessinateur helvète a profité de cette carte blanche pour assouvir son rêve d’enfance: "Au départ, je voulais me fondre dans le style Disney, parce que ça faisait partie de mon rêve. Dans les années 1970, j’avais même envisagé de vivre à Los Angeles pour travailler au studio Disney." Cosey a essayé d’être un peu plus personnel dans le deuxième tome, qui raconte les aventures de Minnie dans le Grand Nord à la recherche de Bigfoot, le cousin américain du Yéti: 

"Ce n’était plus un premier essai. J’avais donc moins de crispation, moins de stress. Quand j'ai fait Une mystérieuse mélodie, je ne voulais pas trahir mon rêve. J’étais un peu coincé. Avec Minnie et le secret de Tante Miranda, j’ai pu me laisser aller et prendre beaucoup de plaisir. Les couleurs, en particulier les jaunes et les bleus, sont plus personnelles. Pour le dessin et le scénario, en revanche, j’ai essayé de faire du Disney. Je cherche vraiment à faire l’album que j’aimerais ou que j’aurais aimé lire. Je ne cherche pas à afficher ma griffe. Du tout. Si elle apparaît, c’est involontaire." 

Le dessinateur, Grand Prix d’Angoulême en 2017, ajoute: "Ce qui m’amuse, également, dans ces albums, c’est de faire ce qui n’a pas été fait, montrer ce qui n’a pas été montré. Sinon, à quoi bon? Dans le premier, l’idée était de raconter la rencontre de Minnie et Mickey, alors qu'ils sont toujours fiancés. Dans celui-ci, c’était d'offrir le premier rôle à Minnie. Elle est bien plus drôle que Mickey. Elle a plus de caractère. Elle est contradictoire. Elle peut être timide." 

Super Mickey par Pieter de Poortere
Super Mickey par Pieter de Poortere © Glénat

"Mickey est un peu trop sage aujourd'hui"

Adepte avec sa série Dickie d'un humour assez noir, voire trash, Pieter De Poortere est moins délicat qu’un Cosey. Et loin de l’univers de Mickey, au premier regard. Et pourtant. Son graphisme tout en rondeur, ainsi que ses histoires muettes, se sont parfaitement adaptés à l’univers de Walt Disney. "J'ai beaucoup étudié l'univers de Mickey", raconte Pieter De Poortere. "J'ai regardé de vieux exemplaires de Mickey des années 1950 pour étudier le style. Je n'ai pas rencontré beaucoup de difficultés pour trouver le bon style, pour adapter les personnages Disney dans mon style. Ils sont très purs, très clairs."

Comme beaucoup de dessinateurs de la collection, il a voulu retrouver le Mickey des années 1930, celui dessiné par Floyd Gottfredson: "Je n'aime pas trop le Mickey plus tardif. Je préfère celui des débuts. Ses histoires étaient plus absurdes. Mickey est un peu trop sage aujourd'hui. Il y avait beaucoup plus de possibilités avec le personnage avant la Seconde Guerre mondiale. Il y a maintenant beaucoup de règles. Tu ne reçois aucune indication avant de dessiner. Tu découvres tout une fois que c'est terminé", poursuit Pieter De Poortere, qui a voulu faire de Mickey un anti-héros, mais s’est heurté à la résistance de Disney.

Il a fait comme Loisel ou encore Lewis Trondheim: il a rusé. "Je me suis reporté sur le personnage de Dingo. C'est lui qui a le caractère qui ressemble le plus à mon personnage de Dickie. Quand certaines choses tournent mal, c'est à cause de lui. C'est intéressant pour trouver des blagues. Je voulais un album très drôle." Cosey s’est lui aussi heurté aux exigences de Disney, mais estime qu'elles lui ont permis d’aboutir à une meilleure histoire: "Des dialogues ont été refusés et, en creusant, j’ai trouvé mieux. Mais, d’autres fois, certaines demandes sont ridicules: j’ai dû remplacer du café par du thé!" 

Jérôme Lachasse