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Une campagne d'affichage anti-PMA retirée de plusieurs gares parisiennes

Les affiches de l'association Alliance Vite.

Les affiches de l'association Alliance Vite. - Twitter

Valérie Decamp, la présidente de la société en charge des espaces publicitaires de la SNCF et de la RATP, assure à BFMTV.com que deux publicités de l'association Alliance Vita vont être "retirés dès ce jeudi soir", en caractère de leur caractère "militant". Ces deux affiches n'auraient pas dû être diffusées, affirme également cette dernière.

Sur les réseaux sociaux, la campagne d'affichage contre la PMA et plus largement le projet de loi bioéthique de l'association Alliance Vita fait polémique, depuis que les affiches ont fleuri dans les gares à Paris. 

Contactée jeudi par BFMTV.com, Valérie Decamp, la présidente de Médiatransports, la société en charge des espaces publicitaires de la SNCF et de la RATP, assure que deux visuels sur trois, ceux concernant la maternité et la paternité, "seront retirés dès ce jeudi soir". Ces deux affiches n'auraient pas dû être diffusées, affirme également cette dernière. 

Selon un communiqué d'Alliance Vita, diffusé ce vendredi, la régie publicitaire Exterion Media a également annoncé retirer des affiches de l'association. Son avocat Me Antoine Beauquier a également déposé un "recours en référé d’heure à heure auprès du tribunal judiciaire de Paris pour que soit assurée sans délai la poursuite de cette campagne, et que soit mis fin à la censure dont elle fait l’objet."

"Respecter la maternité"

Sur ces affiches en noir et blanc, on peut lire des slogans très courts et qui ne font jamais allusion à la PMA ou au projet de loi bioéthique, tels que "la société progressera à condition de respecter la maternité" ou "la société progressera à condition de respecter la paternité".

Il faut se rendre sur le site internet de l'association pour comprendre que "respecter la maternité" c'est se battre contre la congélation "des ovocytes" et "[l'artificialisation] de la maternité".

Le slogan "la société progressera à condition de respecter la différence", apposé sur une affiche montrant un enfant handicape, critique une sélection "des enfants à naître selon des critères génétiques ou de capacités physiques". Une critique courante contre le projet de loi bioéthique qui pourrait, selon ses détracteurs, dériver vers l'eugénisme

Capture d'écran du site d'Alliance Vite.
Capture d'écran du site d'Alliance Vite. © -

Tugdual Derville assure que son association a réalisé des affiches "sobres" pour "toucher les consciences" et qu'elle ne voulait pas "rentrer dans tous les détails d'une loi que les Français ne connaissent pas forcément". 

Une diffusion liée à des "dysfonctionnements"

Valérie Decamp explique que "sur les principes de la liberté et neutralité d'expression", son entreprise "diffuse tous types de campagnes. C'est la raison pour laquelle Alliance Vita a parfaitement le droit de communiquer sur nos réseaux.

"Il se trouve que sur les trois visuels proposés par cette association, un seul aurait dû être accepté celui évoquant 'le respect de la différence'. Ce message est neutre et conforme à nos principes. En revanche les deux autres relatifs à la protection de la maternité et à la protection de la paternité peuvent être entendus comme des messages militants. Pour des raisons de dysfonctionnements liés aux grèves actuelles, ces deux visuels ont été diffusés. Ils seront retirés dès ce soir", indique-t-elle.

De son côté, Alexandra Lafay, directrice déléguée de la communication de Médiatransports, explique à BFMTV.com qu'en raison de la convention que sa société a passée avec la SNCF, ils n'ont pas le droit d'afficher des messages "qui dépassent le principe de neutralité". "Ce n'est pas le propos des affiches en soi qui est problématique, c'est leur caractère militant", souligne-t-elle.

Médiatransports et SNCF gares & connexions, ajoutent, ce vendredi, dans un communiqué regretter "profondément cette situation" et assurent avoir "démontré par le passé leurs engagements pour une publicité responsable".

"Les réseaux d’affichage dans les lieux publics dont Médiatransports a la responsabilité révèle une sensibilité très développée. Médiatransports est fermement engagé dans le respect des sensibilités des voyageurs et dans le strict respect des réglementations en vigueur en termes d'affichage dans les lieux publics", poursuit le communiqué.

Un système de contrôle de visuel

Comment une affiche est-elle validée puis diffusée par Médiatransports? La société a "un système de contrôle de visuel qui [lui] impose de respecter la législation ainsi que les principes de déontologie", indique Alexandra Lafay.

Selon les conditions générales de vente diffusées sur son site internet, il est indiqué que: "tout message publicitaire présentant un caractère politique, confessionnel ou dont le texte ou l’illustration serait contraire aux bonnes mœurs ou préjudiciable à l’ordre public est prohibé. Tout message publicitaire présentant un caractère syndical est prohibé dans l’univers des gares."

Une campagne de publicité peut ensuite être envoyée à l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP), qui va émettre un avis non contraignant à son sujet. 

Il est ainsi écrit, toujours dans les conditions générales de vente de Médiatransports, que: "le Régisseur se réserve également la faculté de refuser d’exécuter un affichage et/ou une diffusion suite à consultation de l’ARPP, sans que son refus n’entraîne la résiliation du contrat ni une quelconque indemnité."

Dans le cas présent, la campagne d'Alliance Vita a été soumise à l'ARPP, confirme la directrice déléguée de la communication de Médiatransports, "qui, d'un point de vue déontologique, n'a pas exprimé de réserve particulière car elle ne s'exprime pas sur le bien fondé du message de l'association".

Alliance Vita dénonce une "censure"

Sur son site internet, l'association explique "qu'à quelques jours de la reprise, au Sénat, du débat bioéthique, le 8 janvier 2020 en commission, Alliance Vita a choisi d’alerter l’opinion sur les dangers de cette réforme par une campagne d’affichage inédite, avec, pour commencer, 400 panneaux d’affichages dans les gares parisiennes, transiliens et dans les rues de Paris".

Le délégué général de l'association, Tugdual Derville, contacté par BFMTV.com, assure avoir appris dans les médias que ses affiches allaient être retirées dans les gares et dénonce une "censure". 

"Nous ne pouvons pas accepter que les deux tiers d'une campagne soit retirée. Médiatransports invoque le principe de neutralité, mais des affiches anti-viande pourtant diffusées l'année dernière ne sont pas neutres", justifie-t-il.

Toujours dans ses conditions générales de vente, la société en charge des espaces publicitaires de la SNCF et de la RATP assure qu'elle peut, à tout moment, "refuser d'afficher/de diffuser ou interrompre tout affichage/toute diffusion d'une publicité contraire aux lois et réglementations en vigueur ou susceptible de porter atteinte à l’image ou aux intérêts des Opérateurs, incompatible avec l’objet du service public auquel le domaine public est affecté ou avec les principes fondamentaux du service public, et ce, sans avoir à en justifier et sans que le Preneur ne puisse prétendre à aucune indemnité à ce titre."

Anne Hidalgo "choquée" et "indignée"

Reste que les affiches ont choqué de nombreux internautes, et pas les moindres. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a indiqué sur Twitter être "profondément choquée et indignée par cette campagne anti-IVG et anti-PMA à la Gare du Nord et dans plusieurs autres lieux de la capitale".

Le conseiller régional Ile-de-France Maxime des Gayets et la conseillère régionale du PCF Céline Malaisé ont eux aussi exprimé leur indignation sur le réseau social.

Le projet de loi bioéthique, qui contient l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, a été largement adopté par l'Assemblement nationale en octobre dernier. 

Clément Boutin